Brigitte Studer

  • Le 7 février 1971 les Suissesses obtiennent le droit de vote. Pour que les femmes suisses accèdent à un droit accordé aux hommes en 1848 déjà, il aura fallu 120 ans et plus de 90 votations - communales, cantonales, fédérales. Pour y arriver, les femmes se sont organisées et largement mobilisées, parfois soutenues par des hommes féministes. Elles ont écrit des essais et des pamphlets, fait campagne, donné des conférences, pétitionné. Pendant tout ce temps, la ligne de partage pour l'accès aux droits démocratiques reste une ligne de genre, qui accorde à tous les hommes ce dont toutes les femmes sont exclues.

    Cette exclusion, dite "naturelle" par certains, est contestée et débattue pendant plus d'un siècle. La citoyenneté politique forme en effet le coeur des démocraties modernes. Son rôle pour la constitution de l'État, de la société et de la chose publique est fondamental.

    L'exemple de la Suisse démontre de manière remarquable à quel point le concept et la pratique de la citoyenneté sont historiquement marqués par la différenciation de genre. Le particularisme suisse, ce retard, est un révélateur non seulement des principes, mais aussi des usages et des représentations de la démocratie moderne. Fondamentalement, l'histoire du suffrage féminin met en lumière le fait que la définition de la démocratie est un enjeu politique et sociétal, objet de luttes et de controverses parfois extrêmement violentes.

  • Contrairement à ce que l'on pense généralement, la société soviétique des années trente n'a pas retenti que de paroles officielles.
    De fait, elle a accordé une large place au discours individuel et, plus encore, au discours de soi. Pour encourager cette pratique, elle en a réinventé les formes et aménagé les lieux d'expression : du journal intime à l'autocritique publique, en passant par l'autorapport, l'autobiographie de parti ou encore le journal de production. Inscrites dans les routines administratives de la bureaucratie et du parti soviétiques, ces pratiques permettaient à l'appareil d'État de connaître et de reconnaître ses sujets, remplissant ainsi une fonction d'objectivation.
    Cependant, l'acte de parler de soi est ambigu : forme de dévoilement donnée à autrui, il est aussi, selon l'hypothèse de Michel Foucault, un acte de subjectivation. Cette tension conceptuelle s'inscrit au coeur du présent ouvrage. Elle permet de réviser l'interprétation du stalinisme comme un système uniquement coercitif, comme un ensemble de moyens de contrôle et d'interventions arbitraires dans la vie des citoyens, interprétation qui ne tient compte ni de la genèse historique ni de la composante dynamique de tout régime politique, aussi despotique soit-il.
    L'enjeu des contributions ici réunies est plutôt d comprendre comment le système stalinien d'avant 1945 a pu s'imposer, même obtenir l'approbation, la participation et la loyauté non seulement des membres du parti, mais aussi d'une grande partie de la population.

  • Ce livre analyse les normes légales et les critères qui ont structuré l'acquisition, le refus et le retrait de la nationalité suisse de 1848 à nos jours. Il prend en compte l'impact du discours des experts et des agents de l'État, ainsi que les interventions des acteurs sociaux et il met en lumière les procédures politico-administratives à travers l'analyse de nombreux cas.
    Dans un contexte de forte mobilité des populations, la politique de naturalisation constitue un des éléments clés de l'intégration, mais aussi de l'évolution de la société nationale. Cette politique pose non seulement la question de l'appartenance et de la notion de citoyenneté, mais elle apparaît également comme un instrument de gestion de la société nationale et de la population du pays.
    Contribution importante à la recherche internationale sur un thème sensible et d'une grande actualité politique en Suisse comme en Europe, la perspective historique de cet ouvrage met en lumière les enjeux du débat actuel et permet de concevoir une politique de naturalisation adéquate.

  • Notre enquête part d'une équation qui, pour être évidente dès le départ, ne pouvait être résolue qu'avec les outils de l'histoire transnationale. Le communisme après Octobre 1917 s'incarna, de 1919 à 1943, dans une Internationale organisée et polarisée par Moscou. Il sécréta aussi un nouvel internationalisme autour de nombreuses causes, provoquant des moments globaux de protestation et une myriade d'organisations à portée révolutionnaire, antifasciste et anti-impérialiste.
    En quoi le Komintern fut-il une start-up pour des projets et des combats d'envergure globale qui marquent encore le monde contemporain? C'est l'objet de ce dossier que de tenter d'apporter des réponses à cette question.

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