Ecole Hautes Etudes En Sciences Sociales

  • Suivant aux marges de son territoire la formation de l'URSS, nouvel état de l'entre-deuxguerres, l'auteur saisit les multiples facettes des frontières, lieu de confrontation et de coopération, où interagissent individus, administrations et idéologies. C'est une contribution majeure à l'histoire de la reconstruction européenne de l'après-Première Guerre mondiale et à une autre histoire politique soviétique.

    Malgré la haute tension politique que couvre la période 1920-1940, moitié sortie de guerre, moitié veillée de guerre, la frontière russe n'est pas seulement un lieu de confrontation, elle est tout à la fois front, vitrine, interaction. Partant du nouvel état des lieux territorial et national qui résulte en 1920 de l'effondrement des Empires, de la révolution bolchevique et de la guerre civile jusqu'à sa révision par Staline en 1939-1940 à l'ombre du pacte germanosoviétique, Sabine Dullin saisit les différentes facettes politiques de la frontière.
    Variant les échelles, du local au national, et insérant la matérialité de la frontière dans sa dimension idéologique, politique et culturelle, l'auteur dresse un tableau de la politique soviétique des frontières aussi bien dans la rhétorique révolutionnaire, la banalité du quotidien - les anecdotes des gardes-frontières, les histoires de contrebande -, et les infimes détails des pratiques administratives que dans les opérations policières ou annexionnistes les plus violentes. Elle propose ainsi une relecture des grandes inflexions de l'histoire soviétique de l'entre-deux-guerres, et souligne le caractère spécifique de la frontière soviétique.
    Les limites d'un territoire offrent un poste privilégié d'observation des processus d'interaction, de mimétisme institutionnel ou au contraire de blocage et d'incompatibilité. La frontière épaisse s'invente, avec en toile de fond une méfiance radicale à l'égard d'un voisin dont on cherche à se prémunir et que l'on voudrait rendre identique à soi.

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