Nous

  • Dans Le corps miroir, la pensée explore à reculons le temps du commencement de l'univers. Cette exploration interroge la possibilité narrative, quand celle-ci est radicalement privée du témoignage d'un sujet. Provoquant une explosion du récit, sorti des gonds du « sujet » narrateur et de l'« objet » narré, Jean-Pierre Faye explore l'hypothèse d'une pensée narrative qui ne calcule ni ne juge, mais se transforme. La pensée narrative pousse le langage en avant des concepts qui la fixent, elle provoque en elle-même une espèce d'ébranlement de l'intelligence, toujours moins figurative, toujours plus dynamique, dont la trace est gardée dans les mots comme le dépôt mobile d'un processus infini de transformation.

    « Supprimez le corps de femme et d'homme, il n'y a plus de corps d'univers : il n'y a plus de lever du soleil, ni crépuscule ni aube ne donnent de mesure du temps et l'univers entier cesse de savoir son âge, qui maintenant atteint le chiffre - fictif?? - de treize milliards sept cent mille années. »

  • « Toutes les bonnes doctrines sont inutiles. Vous devez changer votre vie. ».
    Ludwig Wittgenstein.

    Biographie intellectuelle de référence, le Ludwig Wittgenstein de Christiane Chauviré est l'introduction la plus claire et la plus incisive à la pensée de cette figure rebelle de la philosophie du vingtième siècle. C'est aussi le récit d'une vie tourmentée et marquée par une extraordinaire exigence éthique. Le livre retrace la vie de Wittgenstein et son développement intellectuel parallèlement, en alternant les épisodes vécus et une présentation des principaux aspects de sa philosophie : le dicible et l'indicible, l'éthique, l'esthétique, les jeux de langage.

    « Ses écrits théoriques, de par leur valeur littéraire et leur '?élévation?' morale, exigent une autre approche que celles des philosophes académiques?; la beauté abstraite de son écriture, simple et ramassée, l'énergie morale, le courage, l'exigence, la tension intellectuelle que l'on sent à chaque ligne demandent qu'on les aborde comme on aborderait ceux d'un poète, d'un mystique ou d'un moraliste. »

  • La première partie du livre est une analyse frontale de ce que Badiou considère comme étant le « chef-d'oeuvre unique » de Wittgenstein : le Tractatus logico philosophicus. Il y est question des limites de la pensée et du langage, de l'assimilation de l'éthique et de l'esthétique, ainsi que de la question de l'« acte » anti-philosophique.
    La seconde partie est une étude des « langues » de Wittgenstein. C'est aussi et surtout une tentative de réfutation de ce qu'on nomme habituellement le « second » Wittgenstein, qui n'est, pour Badiou, qu'une glose affadie du Tractatus.
    « Dans les années quarante, Wittgenstein, requis comme souvent par un disciple potentiel de fixer une orientation doctrinale, déclare : ' Toutes les bonnes doctrines sont inutiles. Vous devez changer votre vie. ' On pourrait avancer que cette importance unilatérale du ' changer la vie ' est le côté Rimbaud de Wittgenstein, cependant que le soin du montage, la disposition sur la page, l'inessentielle massivité syntaxique, est son côté Mallarmé. Le Tractatus, c'est une peu Une saison en enfer écrit dans la forme de Un coup de dés jamais... » « Il n'est pas déraisonnable de soutenir que Wittgenstein a été un héros de notre temps. Mais à la condition d'examiner rigoureusement de quelle cause il a été le héros, comment il la soutint, et comment à ses propres yeux il se perdit dans l'impossibilité, mal masquée par une sorte d'insolence spéculative, de l'acte inouï dont il entretenait la promesse. »

  • Précisions est écrit intégralement à partir de matériaux prélevés dans les notes en bas de page de très nombreux livres. Benoît Casas y pratique une écriture-montage faite de sauts, de coupes, d'interruptions, de mises en rapport improbables, et fait ainsi livre du traitement de la chose apparemment la plus sèche, la plus académique, la plus anti-poétique : la note de bas de page. Livre-bibliothèque, Précisions se compose entièrement de fragments de notes réelles dont les sources et thèmes sont multiples, et certaines insistantes, comme le romantisme allemand, Mallarmé, la pensée présocratique, celle d'Aby Warburg ou de Walter Benjamin. Ces morceaux de notes sont agencés pour composer les 366 poèmes (selon le modèle pétrarquiste du Chansonnier) d'un livrelabyrinthe, où les annotations se suivent souvent sans rapport immédiat mais se répondent à distance, se croisent et tissent différents fils de signification. Ces multiples fragments peuvent être des détails de pensée, des remarques marginales, des éclats biographiques ou bibliographiques. On y trouve des courts-circuits spéculatifs, des éléments d'inconscient, des amorces de récits, des énigmes crées par l'absence des textes dont les notes sont issues. On s'y confronte à du nonsense, de l'imprévu, de l'humour, et des divagations. De ce montage d'extraits littéraux surgit un livre surprenant, véritable dédale, où l'érudition côtoie la « folie » caractéristique des précisions reléguées en bas de page, en marge des livres. Mais de cette suite de notes, numérotées en continu sur l'ensemble du livre, s'esquisse aussi une autobiographie en miettes, où s'atteste une pensée à la fois impersonnelle et subjective. Précisions est un poème critique, le lieu d'une pensée en fragments. Tout à la fois livre inclassable, livre des contradictions (koan zen ou traité anarchiste ?, érudition ou dadaïsme ?) et geste antiphilosophique. Peut-être propose-t-il avant tout : une expérience de lecture inédite.

  • Depuis son tout premier livre, le travail de Luc Bénazet, exigeant et novateur, est publié aux éditions Nous. Dans Incidents, son quatrième livre, l'auteur pousse encore plus loin la pratique des « accidents de la lettre ». L'ouvrage est composé en deux parties. Ordre des mots et désordre des lettres trament la première, « Journal des paroles », tandis que la seconde, « Le temps réel », quitte l'amarre du mot et s'aventure dans une forme née pour suivre, sans réserve, la sonorité des lettres comme telles, et rendre ainsi la valeur phonique des paroles. Le jeu de la formation et le jeu de la déformation constituent, page après page, un mouvement de poésie. De l'écart entre les deux surgit une aire, une aire de potentialités : le jeu d'écriture rencontre le jeu des lectures.
    « J'ai reconnu l'art, l'écriture de Luc Bénazet, sa force, sa radicalité. Écriture symptomatique, parce qu'elle est marquée par la bouche qui ne peut pas s'ouvrir, peut-être, et dire, peut-être, du moins articuler naturellement ou machinalement. Qui ne peut pas énoncer, qui ne peut formuler, mais qui peut souffler, entre les lèvres, de l'air. Souffler du souffle, du vide, de la respiration, de la vie, de la parole malmenée. » (Jean Daive) « Je lis. Aujourd'hui, poésie : de Luc Bénazet, La vie des noms, aux éditions Nous. Ses poèmes disent ce qu'ils disent en le disant ; je ne vais pas paraphraser. Mais je retiens un vers (je lis cela comme un vers) qui marque pour moi parfaitement une distance de la poésie à la prose : On ne voudrait pas n'être pas en dehors des choses. » (Jacques Roubaud, dans le journal Libération)

  • La respiration qui entre et sort par les noms et par la phrase n'est pas la respiration véritable, mais le rythme véritable du souffle est en relation avec elle.

  • Peut-on dire qu'aujourd'hui la psychanalyse est dépassée ?
    Cela pourrait sembler le cas.
    Néanmoins, le service funèbre pourrait bien se révéler prématuré, étant célébré pour un patient qui a encore une longue vie devant lui. A l'opposé des vérités "d'évidence" avancées par les critiques de Freud, je me propose de démontrer que c'est aujourd'hui seulement que le temps de la psychanalyse est venu. A la lumière de Lacan, à travers ce qu'il appelait son "retour à Freud", les vues cruciales de Freud apparaissent finalement dans leur véritable dimension.
    Lacan était un lecteur et un interprète vorace ; pour lui, la psychanalyse elle-même est une méthode pour lire les textes, qu'ils soient oraux (le discours du patient) ou écrits Il n'y a donc pas de meilleure manière de lire Lacan, que de pratiquer son mode de lecture et de lire les textes des autres avec Lacan.

  • Un À supposer. est un poème en prose composé d'une phrase unique très développée, initiée par la formule :
    « À supposer qu'on me demande ici de. » L'origine est moins proustienne que mallarméenne : maints sonnets de Mallarmé sont clairement des défis à n'y faire qu'une seule phrase.
    Les À supposer. font partie d'une famille de textes à démarreur propices à la série. Joe Brainard et ses I remember, Georges Perec et ses Je me souviens sont les fleurons les plus récents de ce mode d'écriture.
    Pas de ponctuation forte au milieu de la phrase, qui laisserait entendre qu'il y a plusieurs phrases.
    Un À supposer. sérieux compte au moins 1 000 signes (200 mots).
    J'ai d'abord pensé que les À supposer. étaient surtout des poèmes en prose. Je le pense toujours, mais ce sont aussi des essais. C'est la première manière que j'ai trouvée pour contraindre l'écriture de l'art de l'essai, et peut-être créer une forme.

  • Poèmes au conditionnel, les Poèmepoèmes fondent une métapoésie radicale et dérisoire, conforme au programme du titre : poèmes sur le poème, poèmes du poème, le nec plus ultra d'une poésie drôlement « conceptuelle ». La poésie d'Oskar Pastior est d'une radicalité intraitable et ses opérations de langue d'une subtilité vertigineuse. Tout son style est dans le raffinement à la fois méticuleux et sauvage d'une mise en jeu des langues qui nous assujettissent.


    Extrait :
    Le poème-dialecte se nourrit de racines de langue de rossignols et de cuisses de grenouilles mais il aime tellement les monts-usambara qu'il en a honte d'autre part on ne doit pas croiser un poème-dialecte sans le saluer de ma part une fois un ventriloque l'avait kidnappé et voulait le faire parler derrière un mur blanc en galles du sud sans rien avoir en contrepartie mais maintenant on peut écrire ce qu'on veut

  • Vouloir éclairer le " rapport de la pensée à l'action " oblige sans doute à suivre quelques détours. Mais il faut aussi, ultimement, revenir à ce reste : il y a ce qui est dit dans les mots, il y a ce qui se fait dans les actes, et " entre " les deux, autre chose parfois que l'évidence d'un gouffre incomblable. [ ] Ma visée n'est ni de système, ni d'innovation, mais simplement d'insistance : il me semble nécessaire de reconduire la philosophie, et la politique elle-même, au point qu'elles ont illégitimement évacué, qui est celui de la nécessité de l'acte, en tant que cette nécessité pose problème à et pour la pensée. A un commencement correspond une rupture subjective, une conversion, un choix d'existence. Mais, comme y insistait Kierkegaard, le choix doit être constamment renouvelé. C'est dire que de nouveaux actes doivent venir opérer ce renouvellement, des actes qui sont à chaque fois la vérification de la tenue d'un commencement en même temps que la seule forme d'épreuve possible de l'existence même du futur. Le temps presse : il y a bien une pression, une précipitation du temps. Le choix politique s'accompagne de la perception de cette précipitation. Choisir la politique, c'est oeuvrer à l'accomplissement, au déblocage du temps révolutionnaire, de notre temps.

  • Articuler, le titre est transparent et possède plusieurs sens :
    1. Les relations de nos vies.
    Dire quelles sont, à travers nos états de langue, les relations de nos vies, les unes aux autres, et celles que nous appelons, pour un nouveau partage.
    2. Un travail de la bouche.
    Ces pages proposent rien moins que l'inédit d'une expérience : de la poésie improvisée. Les lettres sont jetées hors les mots, le vers se poursuit d'une prise en compte de ses accidents. De la lecture à voix haute, une parole naît.
    3. Une logique de la phrase.
    Quel est le pouvoir d'une phrase ? Inventer ses objets, ne pas les prendre dans une réalité qui lui serait extérieure et antérieure, et tenir à l'écart les discours des maîtres.
    Articuler entrelace ainsi trois motifs, dont la progression est commune.
    Articuler est le troisième livre de Luc Bénazet aux éditions Nous.
    Construire une réalité commune, est-ce / une tâche ? Surmonter le temps / de son épuisement, et / l'effacement de ses figures, penser / son humanité / et son inhumanité. Lorsque chacun de nous / est séparé d'une réalité qui nous serait donnée en même temps qu'elle serait dicible par nous, - / lorsque sa défaite est notre épuisement, puisje une langue, une s'entend ?
    Luc

  • Et s'il y avait une série de noms qui ne sont que rarement, voire jamais, cités par Lacan, mais qui sont secrètement liés à sa pensée et qui sont déterminants pour la comprendre vraiment??

    Shakespeare, Henry James, Mozart, Kafka, Busoni : et si ces autres noms nous donnaient la clé pour accéder à ce que Jacques-Alain Miller appelle l'« autre Lacan », à la dimension de la pensée lacanienne qui fait voler en éclats l'image reçue de la « théorie lacanienne » et dont les conséquences - philosophiques et politiques - sont bien plus radicales que ce que l'on présuppose habituellement ?

  • Une voix et rien d'autre est une théorie de la voix, objet saisi depuis des angles aussi divers que la philosophie, la psychanalyse, la linguistique, l'éthique, la politique et la littérature. Une voix et rien d'autre est le premier livre de Mladen Dolar traduit en français.

    L'analyste doit rester silencieux, au moins en principe et la plupart du temps. Mais un étrange renversement se produit : c'est l'analyste, avec son silence, qui devient l'incarnation de la voix en tant qu'objet. Il est la personnification, l'incorporation de la voix, une voix silencieuse et aphone. C'est la voix qui ne dit rien et la voix qui ne peut être dite. C'est la voix silencieuse d'un appel, un appel à répondre, à assumer sa position de sujet. On est invité à parler, et on dirait tout ce qui nous vient à l'esprit pour interrompre le silence, pour réduire cette voix au silence, pour réduire le silence au silence ; mais peut-être le processus entier de l'analyse est-il une manière d'apprendre à assumer cette voix. C'est la voix dans laquelle la voix linguistique, la voix éthique et la voix politique joignent leurs forces, coïncidant dans leur dimension de pure énonciation. Elles sont nouées ensemble autour de ce noyau central de l'objet voix, de son vide, et en réponse à cet objet, notre destin en tant que sujets linguistiques, éthiques, politiques doit être mis en pièces et rassemblé, traversé et assumé.

  • Dans le monde du capitalisme, l'horizon est vide. La route sur laquelle marchent les foules mondialisées est la route vers nulle part. Bien sûr, nous sommes tenus de croire qu'il n'en est pas ainsi. Nous devons faire comme si les choses pouvaient ou devaient continuer - en allant seulement de plus en plus vite. Mais nous sommes sans doute nombreux à être lassés de ce jeu. Nombreux, aussi, à espérer la possibilité d'un retournement.


    Extrait :
    Est-il encore possible de concevoir un retournement de la situation mondiale, à partir duquel seulement pourrait se dessiner un nouvel horizon?? Qu'il puisse y avoir un « horizon inverse » : cela ne signifie pas que nous devons concevoir une de ces « alternatives » que le capitalisme pourrait tourner à son avantage. S'il y a alternative, celle-ci doit être formulée dans toute sa radicalité : voulons-nous la route mortifère promise par le capital, l'accélération sur fond de vide - en espérant ne pas trop mal s'en tirer de son côté. Ou bien voulons-nous dessiner une forme de la vie commune qui préserve la possibilité même du futur??
    Le fait même de poser cette question oblige à redéfinir la politique - celle qui vise l'instauration de l'égalité. Sa visée ne se limite pas à une « redistribution des richesses » : elle est de transformer les relations jusque dans la vie la plus ordinaire. Son enjeu est de restituer à la vie ordinaire la possibilité de tenir la promesse qu'elle contient : être le lieu du bonheur.

  • NEcrit

    Luc Bénazet

    Les éditions NOUS ont le plaisir de présenter nÉcrit, premier livre de Luc Bénazet. Le néologisme qui donne le titre au livre est une contraction entre "écrit" et la marque de la négation. Dans cet ouvrage une dimension affirmative, nourrie d'enjeux psychanalytiques et existentiels, s'accompagne d'un mouvement formel visible. Parmi les questions à l'oeuvre, il y a en effet celle du passage de n/écrit à l'écrit : progrès vers une position d'écriture qui fait face aux obstacles rencontrés dans la marche.
    Il est important de noter que c'est la première fois que les éditions NOUS publient le premier livre d'un auteur.

empty