Nous

  • C'est du propre

    Jacques Barbaut

    Quatrième livre de Jacques Barbaut aux éditions Nous, C'est du propre explore la question du nom. Nom propre, prénom, anthroponyme, nom de famille, nom de scène : ce livre emprunte, sous la forme d'une anthologie malicieuse et savante, drôle et profonde, autant à divers textes critiques (Genette, Barthes, Starobinski, Richard...) et philosophiques (Derrida, Lacan, Deleuze & Guattari...), qu'aux figures littéraires qui se confrontèrent aux questions du pseudonyme ou du « nom d'artiste » (Céline, Gracq...), de l'« hétéronyme » (Pessoa, Gary...), aux enjeux de la nomination des personnages (et lieux) fictifs de leurs romans (Balzac, Proust...) ou qui écrivirent à partir des associations et rêveries que leur propre nom suscita (Ponge, Quignard...) Comme les autres livres de Jacques Barbaut aux éditions Nous (qui portaient sur la lettre A, sur l'année 1960, sur la lettre H), C'est du propre accueille citations, collages, fragments, extraits de publications de toute nature, jeux typographiques, calligrammes, listes, rassemblant les fantaisies (arbitraire du signifié et échos des signifiants) et effets de l'onomastique. C'est du propre mêle l'érudition la plus étendue à un humour permanent. Le lecteur est happé dans un labyrinthe fascinant de réflexions sur les pouvoirs du nom.

  • Chant tacite

    Emmanuel Laugier

    Chant tacite, le deuxième livre d'Emmanuel Laugier aux éditions Nous (après Ltmw, paru en 2013), est un livre ambitieux : se donnant à lire sous la forme d'un journal en poèmes, il s'est élaboré à partir de l'ordre des jours et de leur succession sur toute l'étendue d'une année civile. Les choses les plus ordinaires (impressions, descriptions, réflexions, constats), s'entremêlent parfois au regard porté sur d'autres arts (dont la photographie, le cinéma, la peinture), comme aux événements les plus communs qui constituent et forment le « sentiment de l'existence ». Chant tacite tresse ainsi différentes temporalités (du temps présent au plus lointain passé), et tisse, par la succession des poèmes, une durée spécifique. Les expériences sensibles qui s'écrivent sont toujours issues de la traversée de lieux, de saisons, de voyages - réels, projetés ou remémorés.

  • Noir de l'Égée est le résultat de plusieurs séjours en Grèce et en Sicile. Au coeur de ce livre compact et incisif, la Grèce contemporaine et la situation des « migrants » qui y transitent. L'écriture intrique les notes aux souvenirs, les composants documentaires aux faits constatés, les paroles échangées aux perceptions géographiques. Elle offre l'horizon du poème à ce dont la Méditerranée est encore aujourd'hui le théâtre.

    Ali dit - On ne pouvait pas faire de sport . j'ai regardé sur une télévision cachée . comment font les champions . et j'ai essayé de faire la même chose dans ma tête . je vais devenir champion de lancer du disque

  • L'audace

    Pascale Petit

    L'audace, c'est l'autobiographie en direct d'une héroïne de conte de fée qui attend son heure, son histoire, son prince ou sa princesse, son lecteur ou sa lectrice, enfin. Mais c'est une héroïne sans histoire qui parle simplement d'une expérience intime, introspective, féminine d'une façon à la fois moderne et démodée, un peu dubitative, un peu désabusée. Elle donne des indices, libelle des messages, s'amuse des paradoxes, conduit dans des impasses. Elle s'amuse de l'ambivalence, de la quête et du dérobement. Une tension s'installe, peut-on capter dans un livre une voix et le silence de son lecteur?? L'audace est peut-être le projet de ces captations.

    « Un défi est lancé. J'attends l'heure et le jour de ton retour. Je respecte le temps. L'étiquette est déjà prête : « Méfie-toi de l'héroïne qui dort » té.

  • Demande au muet, disciple est une série de dialogues courts où un maître, d'une intelligence relative, répond à son disciple, guère plus malin. Néanmoins, de temps à autres, tout comme une montre arrêtée finit par donner l'heure exacte, un jaillissement du sens, une fulgurance de la pensée ne sont pas impossibles. Oscillant entre nonsense et sagesse, ils traitent du monde avec l'absolu sérieux et la distance ironique qui conviennent.
    La qualité de la réflexion est variable. Disons-le : certains confinent au génie. Et même les plus médiocres ont une qualité : ils sont courts. Ces « dialogues socratiques de qualité », écrits au fil des ans, ont régulièrement été lus aux Jeudis de l'Oulipo, avec Frédéric Forte dans le rôle difficile du disciple.

  • Au nord du futur (qui prend son titre d'après une citation de Paul Celan) est composé de trois « chapitres » ou trois « temps » qui se complètent, se font écho, s'articulent, faisant ainsi, en quelque sorte, une composition au sens musical du terme. Au nord du futur revisite les traces d'un passé commun douloureux à partir d'un point d'énonciation situé dans le futur. L'objectif de cette entreprise est de réinvestir la pensée utopique à travers une forme d'écriture qui traduise les enjeux du monde contemporain. Au terme d'un parcours à travers les égarements historiques du siècle précédent, l'ambition de ces textes est de proposer une vision de l'espèce non dénuée d'espoir, mais qui en souligne la fragilité et qui tient compte avec lucidité des échecs passés.
    Ce livre est également une expérience de « poésie conversationnelle et méditative », avec son souci de transparence, de vivacité, de clarté et de netteté. Le texte s'adresse à un « tu », non identifié et variable, incluant le lecteur.

  • 141 poèmes qui évoquent l'écologie à travers l'exploration des lieux de métamorphose de l'eau, de l'air, de la terre, de l'art, des choses et des animaux.

  • La jonction

    Martin Rueff

    La jonction rassemble deux textes très différents par leur registre et leurs objets. Le livre conjoint le traitement du corps et du symbole, du mythe et du contemporain, il frappe surtout par la manière dont une érudition actualisée se donne de façon frontale, par une écriture directe et un renouvellement des enjeux.
    La jonction unit deux textes sur lesquels Martin Rueff a longuement travaillé depuis 2008 : « L'Amer fait peau neuve » et « L'Enrouement d'Actéon ». Ce ne sont pas de parties thématiques, mais de « petits univers complets ». « L'Amer fait peau neuve » est une rêverie concertée sur le bleu et les bleus - le bleu du manteau de Marie qui a été utilisé pour le drapeau européen (l'affaire est insensée) ; le bleu de la mer méditerranéenne où s'achève un destin de l'Europe. Mais le poème dérive vers une autre forme de bleus - les hématomes, où la formation des bleus devient une allégorie de la formation (naturelle) des poèmes. « L'Enrouement d'Actéon » est une reprise du mythe d'Actéon, mais aussi une réinvention de la tradition de ses interprétations. Chaque figure du mythe a droit à son poème. C'est aussi un poème contre le devenir animal d'une certaine poétique contemporaine. « La voix animale est une possibilité du langage poétique, une fiction sensible qui est aussi une rêverie des limites. [...] Le poème est aussi un geste critique. »

  • Depuis le plus jeune âge, l'auteur éprouve l'indocilité de son corps et, contrairement à ce que son entourage pouvait espérer, la maturité n'a rien arrangé. Aujourd'hui encore, son corps refuse obstinément de se plier aux consignes, et notamment à celle-ci : apprendre à rester à sa place et à ne pas dépasser les limites. Dans ce livre, il a décidé d'être plus que jamais à l'écoute de ce corps. C'est ensemble qu'ils ont écrit ces quelques poèmes du débordement.

    « Dans pas longtemps mon corps sera une clameur, mon corps sera un million. »

  • Vie de HB

    Marie Cosnay

    HB est né à Grenoble, le 23 janvier 1783. Ce portrait d'Henry Beyle, mené par lui-même et ses doubles romanesques, est aussi faux qu'il est possible d'être faux, aussi faux qu'il est nécessaire d'être faux. Quelques éléments figurent l'homme, par petites touches : la couleur bleu, une épée, le pic d'une montagne, la passion pour Mélanie (ou n'importe qui d'autre), les mathématiques, une chanteuse à qui il manque la dent de devant, le nom d'un peintre, des questions : avec qui faire l'amour, est-on gai ou profondément colleté au néant ? Portrait impressionniste d'Henry Beyle et multitude des mouvements : fatigue, affreuses migraines, gravelle, apoplexie nerveuse, idées sans les mots, faiblesse dans la jambe, ennui, ennui pour son sujet, stupidité, absence de moi. Silence dans les salons. Passion mais passion montée. Mais aussi : énergie, ardeur, profondeur, goût pour les contes, comique, colère, impétuosité - rien n'est trop fort. Et ce n'est pas le café. Au bout du compte, seule vaut la fiction parce que le naturel est toujours bon ou prêt à être déchiqueté. Vivent les noms, les surnoms, les pseudos, jusqu'au dernier, Stendhal. Qui meurt le 23 mars 1842.

  • Les courtes habitudes est un livre à la forte dimension réflexive, qui articule une poésie versifiée à de courtes proses. C'est surtout un hommage à Nietzsche, qui en propose une approche inédite.
    Nietzsche séjourna à Nice plusieurs fois entre 1883 et 1888. Chaque fois en hiver. Il y inventa une forme de vie faite de moments intenses d'écriture entrecoupés de longues excursions sur les chemins escarpés qui surplombent la mer. La correspondance de ces années-là témoigne d'abord de la fabrication d'un monde. La méthode décrite est celle d'une errance et d'une exubérance dont une formule serre l'essentiel : « je crois au soleil comme la plante y croît ». C'est de la lecture de cette correspondance que procède Les courtes habitudes. Lettre après lettre, au fil des phrases, une intuition s'est imposée : ce monde existe, n'a cessé d'exister, s'avère par là-même compossible avec le nôtre. La succession des faits, l'évocation des lieux, la singularité des noms, l'aléa des circonstances, les suites d'impressions sont bientôt devenus comme autant de points qu'il revenait à l'écriture de relier pour risquer de ce monde une esquisse provisoire.

  • Comment le Japon est venu à moi est l'histoire de la découverte d'un pays par certains de ses mots, une évocation des premiers souvenirs qui ont façonné l'image du Japon dans la conscience de l'auteur alors qu'il était enfant et adolescent. Sous la forme d'un Je me souviens très délicat, voici la rencontre - teintée d'un humour communicatif mais aussi d'une vraie tendresse - avec les objets, les expériences, les êtres grâce auxquels les premiers contacts peuvent se nouer avec une culture étrangère. Autour d'eux se cristallisent des stéréotypes naïfs qui sont autant de passeurs ambigus : ils donnent une représentation chimérique de cet autre monde, mais en suscitent le désir et préparent à le rencontrer.


    ???? Je prononçais bonzaï, parce que je supposais confusément que les bonzes s'entouraient de bonzaï. J'ai lu plus d'une fois que les bonzaï étaient « de petits arbres torturés » par des sadiques.

  • Phnom poèmes

    Jacques Demarcq

    Phnom Poèmes est un récit de voyage atypique, en poèmes, au Cambodge. Ce livre est une tentative rare : un témoignage contemporain, illustré, du point de vue de la poésie. Écrit « sur le vif » il conjugue l'inventivité d'un travail sur la langue et un souci documentaire d'une grande acuité. Un documentaire en poèmes, en prose et en photographies. L'auteur sait la neutralité illusoire et ne s'interdit ni l'humour ni l'empathie. Il y affirme aussi, en mots et en images, que la découverte peut passer par l'invention.
    En trois séjours, Jacques Demarcq a passé quelque six mois au Cambodge, principalement à Phnom Penh. La première fois, c'était en touriste. Le procès des dirigeants Khmers rouges y débutait. Il s'est souvenu d'avoir eu des étudiants réfugiés après avoir milité contre la guerre du Vietnam. Plutôt que ce double passé amplement décrit ou cinématographié, c'est le présent devenu paisible qui l'a fait revenir, plus longuement, dans cette capitale de taille et d'importance moyenne en Asie (1,5 millions d'habitants). S'y côtoient la misère, le profit cynique, avec toute les débrouillardises entre deux. Il en ressort une image crue, sans illusion, de l'état du monde en dehors des guerres.
    Ni journal de voyage ni reportage à thème, Phnom Poèmes est une promenade au hasard de Phnom Penh et du proche Mékong. Le regard, l'écoute, la perception sont toujours en mouvement, ponctués de rencontres, compliqués de détours, secoués d'emballements critiques ou amusés. Les vers permettent de rythmer et les strophes de séquencer ces variations dynamiques, les moments de prose marquant plutôt des pauses. Les formes, jamais fixes, restant en formation, le poème maintient la pensée en situation de risque et perplexité devant une complexité vivante, inachevée, plutôt que tout compris.

  • Ici là voir ailleurs est le premier livre d'Isabelle Sbrissa. Un livre ambitieux, multiforme, inventif, une exploration qui atteste tout à la fois d'une vraie vitalité et d'une grande exigence formelle, où se mêlent textes écrits avec des contraintes serrées et textes de prose, parfois autobiographiques.
    Le livre compose un tout à partir des formes multiples apparues au cours du travail d'écriture récent d'Isabelle Sbrissa. Il cherche à montrer la coexistence des écarts de langues et de formes, comment en une seule démarche d'exploration toute cette hybridité dialogue et s'enrichit, accepte la contradiction et continue de produire un mouvement qui pousse hors de l'acquis.
    Ainsi le livre tisse des ensembles à procédures d'écriture avec des brins épars de formes diverses, des poèmes très contraints avec des ouvertures, des proses qui s'interrogent sur le langage avec des fictions oniriques pourtant autobiographiques, des éructations dénonciatoires avec des accents lyriques, des distances avec des aveux, des phrases simples avec des concrétions musicales filant vers l'abstraction, etc. L'hybridité court ici et là dans les langues, les formes, les thématiques, et lance son désir de mouvement vers ce point hors livre où elle continue l'exploration du multiple, car l'Un est un ailleurs.
    « Pour que du langage monte tout ce qui me fait, tout ce qui lie les mots entre eux autant qu'à mon corps, je parle une langue tout autre, incompréhensible, non sociale, sans pouvoir, ni rhétorique ni de communication.
    J'entre dans cette langue comme dans l'air ou dans l'eau, seule et sans but ; montent alors

  • Mouvement perpetuel

    Eric Houser

    Mouvement perpétuel est un livre inattendu, qui mélange des éléments de quotidienneté et des poèmes d'une grande tension. Le livre n'emprunte pas la forme du récit, mais s'en rapproche. Il ne raconte pas vraiment la fin d'un amour, une rupture : elles sont tangibles. Une voix semble répéter, complaisante, peut-être désolée : pas de Deux, pas de Nous possible. Des lieux, des traces, des objets qu'il s'agit non pas d'inventorier, mais d'étaler, puis de disposer pour tenter un nouveau parcours. Le livre est distribué en trois parties. La première est un poème en prose, dont le propos est centré sur l'image et sur la métaphore amoureuse, mais n'exclut pas une certaine abstraction. L'on pourrait imaginer le deuxième texte comme en-dessous du premier. Enfin la troisième partie représente, avec le cahier des petites photographies qui la précède, une tentative de sortie. Une tentative pour rejoindre le dehors, que l'on pourrait nommer aussi : l'autre bord. En quelque sorte, un test de solitude.

  • Jacques Barbaut est un écrivain inclassable, à l'écriture expérimentale et encyclopédique. H! Hache ! Hasch! est une « tentative d'épuisement » de la lettre H, une entreprise à la fois drôle et savante, d'une grande inventivité visuelle. L'auteur y témoigne tout à la fois d'une authentique passion du littéral, d'une avidité tous azimuts, et d'un vrai sens du nonsense.

  • Le temps

    Lisa Robertson

    Mon but ici est de progresser dans/le sentiment du temps, la leçon/du temps. » Le Temps est un livre composé de 8 sections, dont 7 portent le nom des jours de la semaine, de dimanche à samedi. Chaque jour est un prosimètre, se compose d'un texte en prose puis d'un poème en vers. Ici articulée au temps - au sens du rhytme des jours de la semaine mais surtout du temps météorologique qui donne le titre original au livre - l'écriture de Robertson est d'une intense insistance, faite de déchirures du sens, de répétitions, de strates. Le temps est un livre composé de phrases courtes, incisives, saisissantes. Le lecteur est frappé par la rapidité de la perception, de la pensée. C'est une poésie au présent, traversée par la présence des éléments, par tout ce qui traverse l'esprit. Une poésie de la « description étincelante », du « maintenant scintille ».
    « Lumières saccadées : notre attention est du verre. La pluie mitraille le verre : nous cherchons à produire du plaisir. La peau fait pivoter la lumière ; c'est une guerre conceptuelle. »

  • Détours cantos

    Joseph Guglielmi

    Détours Cantos frappe par l'inventivité formelle de sa langue, traversée par un plurilinguisme que Joseph Guglielmi tient depuis ses tous premiers livres. Les éditions Nous sont heureuses d'accueillir au catalogue l'auteur d'une oeuvre confirmée et exigeante, et dont le lien fort à l'Italie ainsi que la relecture d'une certaine histoire de la poésie (Dante, Pound) nous importent particulièrement.
    Ici, les Cantos d'Ezra Pound sont les inspirateurs indirects du poème. Avec l'Italie en toile de fond, la langue italienne qui ponctue irrégulièrement comme d'autres langues le texte à travers la géographie, l'Histoire, et la chanson des noms, Rapallo, Venezia, la tragédie d'Ezra dans la cage à Pise, avec le père ligure de l'auteur et la mère dans leur village natal près de Ventimille... Le poème (comme d'habitude) depuis La préparation des titres se colore des langues étrangères pour tenter sa survie.

  • Gens de peine

    Aurélie Foglia

    Aurélie Foglia fait partie de la nouvelle génération de la poésie française. Gens de peine est son deuxième livre publié aux éditions Nous (Entrées en matière, écrit sous le nom d'Aurélie Loiseleur, a paru en 2010). Elle y mène une réflexion sur les noms propres, sur l'anonymat, sur l'acte de nommer, à travers un travail du vers précis et varié, d'où la dimension de jeu n'est pas absente. Ce livre atteste aussi d'un souci politique qui se fait poésie. Gens de peine reflète la société dans la page, enregistrant les tensions qui travaillent le couple de l'intime et du public, autrement dit du nom propre, mettons Jean, et du nom indéfini, Gens. Gens « est au singulier pluriel » : c'est, grammaticalement comme socialement, « la personne de l'évasif. Gens de peine ? : la masse de ceux qui existent, qui essaient d'exister plus, qui se débattent pour laisser leur marque, qui crient leurs noms et l'écrivent pour être sûrs, avant d'être effacés. Tous ces Gens « laissés au hasard / ne sont pas bien rangés ». Ils se forgent une image sociale, qu'ils l'imposent ou la reçoivent. Difficile de percer. Alors ils se battent. Ces Gens de misère « éteints jamais ne seront renommés ». Évidemment, ils tentent de réagir. Ils se parlent. Ils font ce qu'ils peuvent pour continuer à naître. À la fin, ils échouent. On peut comprendre. L'onomastique est une politique. Cette ethnographie n'a rien d'imaginaire. Bienvenue dans cet inquiétant microcosme trop connu.

  • Choses que nous savons est le deuxième livre de Francis Cohen aux éditions Nous, après Diesmal (2011).
    Entre Ponce Pilate et Francis Ponge, la langue mène une enquête. Le mot « savon » hante le livre.

    Auprès des mères savonneuses.
    Rinçage.
    D'une langue.
    à cause des plaies.
    Qui pèsent sur.
    Le fils des langues.
    Dans un corps propre .

  • Reverbs, phrases simples

    Bruno Fern

    Reverbs se compose d'une succession de phrases dites « simples » selon la grammaire, à savoir de phrases qui ne contiennent qu'un seul verbe conjugué. Cette suite de phrases courtes interrompues, faite d'associations d'idées et de glissements sonores, nous fait lire pas à pas et rend visible l'élaboration d'une pensée se constituant.
    La contrainte des « phrases simples » n'apparaît jamais comme aride : l'écriture de Reverbs est à la fois vivante et d'une grande invention formelle.
    « En dehors du milieu scolaire, cette forme d'écriture, qui figure souvent dans des guides de conseils en 'communication', peut être considérée comme représentative d'une langue d'époque, qui se veut transparente jusqu'à la surdité. L'un de mes buts était de mesurer en quoi cette règle, ici parfois acrobatiquement respectée à travers débordements et amputations, permettait pourtant d'écrire, c'est-à-dire de passer d'une phrase aux possibilités réduites à un phrasé et, au-delà, à un texte qui parvienne à tenir ses lignes de force, à produire des effets engendrés par cette contrainte même, tout autant avec elle que contre elle. [.] La fragmentation du discours provoquée par cette structure syntaxique perturbe l'enchaînement habituel de la prose, nécessitant l'invention de résonances diverses (thématiques, phoniques, rythmiques, etc.), ce qui explique l'importance accordée au motif de l'écho sous différentes acceptions - le titre exprime à la fois cette dimension et la contrainte choisie. Ces deux points sont fréquemment évoqués au long du livre qui mêle les commentaires sur sa forme aux matériaux utilisés (littéraires, philosophiques, historiques, autobiographiques, etc.), le tout se voulant aussi contenu que suffisamment ouvert. » [extrait d'une présentation de Reverbs par l'auteur]

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