Nous

  • Venise, peut-etre

    Andrea Zanzotto

    • Nous
    • 6 Mai 2021

    Venise, peut-être recueille les textes qu'Andrea Zanzotto a consacrés à Venise et à la Vénétie. Mais il s'agit d'une autre Venise, peut-être : à la fois vue de très près et comme vue du ciel, prise dans un cadre plus vaste - une ville reliée, inscrite dans le temps intime et historique, dans la matière et dans l'espace. Venise n'est pas un joyau détaché, elle doit s'approcher de l'extérieur, ne se comprend qu'à travers sa lagune et son ancrage dans sa région, la Vénétie, site de terribles batailles de la première guerre mondiale et, plus tard, haut lieu de la lutte partisane. Venise, peut-être témoigne d'une certaine idée de l'écologie, du paysage et de l'habitation, où l'homme et la nature interagissent et se confrontent, où ville et nature sont le lieu d'une passion et d'un combat intimes et politiques.

    La ville entière a tenu ses temps resserrés contre elle, comme les pièces d'une marqueterie : fruit et ver, bave lumineuse et scories, puanteur chaque fois changée en parfum : comme un point d'absurdité dans le présent.

  • Portrait sur mesure

    Leonardo Sciascia

    • Nous
    • 21 Janvier 2021

    Ce livre propose un choix d'essais dans l'oeuvre du grand écrivain italien, écrits dans les années soixante, traduits ici pour la première fois. Ce sont des textes incisifs, politiques et polémiques, qui donnent à voir l'écrivain qui lutte pour le développement, le progrès, la justice - et qui deviendra ensuite, dans les années soixante-dix, une des consciences de l'Italie, avec Moravia et Pasolini. Les analyses proposées incarnent la voix d'un combattant pour la vérité, d'un opposant, d'un hérétique, d'un sceptique et d'un pamphlétaire, d'un homme qui combat les pouvoirs, les abus de pouvoir - et d'un écrivain à la sobriété exemplaire, qui aime la concision et manie l'ironie.
    On reconnaît dans ces textes le premier auteur italien à écrire un roman sur la mafia - contre la mafia - au début des années soixante, à un moment où son existence est encore souvent niée (Le jour de la chouette).
    Celui qui met en garde contre la compromission des partis de gauche qui gouvernent avec la Démocratie Chrétienne, d'abord en Sicile puis à l'échelle de l'Italie. Celui qui voit venir le « compromis historique » avec le Parti communiste (À chacun son dû, Le contexte) et ses conséquences politiques désastreuses. On perçoit également dans ces courts essais l'admiration que Sciascia porte aux grands écrivains siciliens : Verga, De Roberto, Pirandello... jusqu'à son contemporain Vittorini, à qui il rend un bel hommage post-mortem. Mais aussi le rapport difficile qu'il entretient avec Le Guépard de Tomasi di Lampedusa, le fameux roman à succès, qu'il juge trop pessimiste et trop indulgent envers les aristocrates. On y voit son attachement de Sicilien au passé plus ou moins mythique de la Sicile arabe et normande au Moyen Âge - un modèle de civilisation, peut-être de tolérance. On y voit enfin un écrivain qui persévère, qui ne se laisse pas détourner ni corrompre - même s'il lui arrive de se décourager - alors que les campagnes se vident, que la Sicile se vide, que l'émigration des Siciliens est au plus haut. « J'écris seulement pour faire de la politique », écrit-il un jour au réalisateur Elio Petri, qui s'apprête à adapter au cinéma À chacun son dû. Les textes réunis ici le prouvent.
    Auteur d'essais autant que de fictions, Leonardo Sciascia (1921-1989) est le plus grand écrivain sicilien du XXe siècle avec Pirandello, l'une des figures centrales de la littérature « engagée » en Italie, l'une de ses voix polémiques les plus lucides et précieuses - que l'on pense à L'Affaire Moro, pamphlet contre l'élite politique italienne après l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro, ou aux films tirés de ses romans, comme Cadavres exquis de Francesco Rosi.

  • Après L'Etna, Excursion aux îles Éoliennes est le deuxième titre d'Alexandre Dumas proposé dans la collection VIA. Initialement paru dans Le capitaine Arena (1842, épuisé depuis des décennies), ce texte vif et méconnu méritait d'être exhumé, mis en lumière, et édité pour lui-même. Ce récit haut en couleur d'Alexandre Dumas n'a pas pris une ride, il impressionne par son esprit de curiosité, sa rapidité narratve, son humour, et la soif de rencontres dont il témoigne.
    De Palerme vers les îles éoliennes (ces sept îles volcaniques et aujourd'hui paradisiaques du nord de la Sicile), Alexandre Dumas nous relate une équipée d'île en île faite d'expériences très contrastées : douces heures du voyage sur l'eau, aridité d'Alicudi, île désolée, puis séjour chez les moines de Lipari, enfer des forçats dans les mines de souffre de Vulcano, et enfin description du volcan Stromboli, de son ascension vertigineuse, et de ses explosions régulières, sa « pluie de lave et de pierres ». Le périple est ponctué d'épisodes bigarrés (pêche à la langouste, chasse aux lapins, tarantelle, mésaventures du chien Milord) et marque par le contraste entre le caractère immuable de ces îles dont le voyageur peut aujourd'hui faire une expérience sensible proche de celle des protagonistes de Dumas, et le bouleversement des conditions sociales et des manières de vivre.
    « Vulcano, pareil au dernier débris d'un monde brûlé, s'éteint tout doucement au milieu de la mer qui siffle, frémit et bouillonne tout autour de lui. Il est impossible, même à la peinture, de donner une idée de cette terre convulsionnée, ardente et presque en fusion. »

  • Venise

    Théophile Gautier

    • Nous
    • 14 Mai 2014

    Après Chateaubriand, Maupassant, Dumas, Sade, Malaparte, Vittorini et Renan, Venise de Théophile Gautier est le huitième titre de VIA, notre collection de livres sur l'Italie.
    Ce livre est bien plus qu'un récit d'impressions de voyage : c'est une véritable encyclopédie de Venise, détaillée et haute en couleurs. Le texte, paru en 1852 d'abord sous forme de feuilleton, marqua Proust, Goncourt et plusieurs générations : il reste le meilleur guide pour la promenade et l'amateur d'art d'aujourd'hui. Gautier nous entraîne dans ses déambulations à travers Venise au fil d'une prose ouvragée intarissable. Rien n'échappe à la saisie descriptive, à la minutie méthodique de ses observations : églises, beaux-arts, détails familiers, vénitiennes, légendes.
    « Nous ne connaissions encore Venise que par cette image tracée dans la chambre noire du cerveau, image souvent si arrêtée que l'objet même l'efface à peine. Nous n'étions plus qu'à une demi-heure de la Venise véritable, et nous qui n'avons jamais souhaité qu'un seul grain de poussière accélérât sa chute dans le sablier, tant nous sommes sûr que la mort arrivera, nous aurions volontiers supprimé de notre vie ces trente minutes.
    « En se reculant vers le fond de la place, on jouit d'un coup d'oeil vraiment féerique et qui vous cause un éblouissement, quelque préparé qu'on y soit par les peintures et les descriptions. Saint-Marc est devant vous avec ses cinq coupoles, ses porches étincelants de mosaïques à fond d'or, son aspect de temple, de basilique et de mosquée :
    édifice étrange et mystérieux, exquis et barbare, immense amoncellement de richesses, église de pirates, faite de morceaux volés ou conquis à toutes les civilisations. »

  • Vingt jours en Sicile

    Ernest Renan

    • Nous
    • 23 Septembre 2013

    Extraits :
    À la distance de quelques jours, ce rapide voyage nous apparaît comme un songe. Tant de monuments, tant de souvenirs, tant de vie, tant de passion se sont déroulés devant nous, que par moments nous croyons rêver d'un autre monde. En vingt jours, nous avons fait ce qui, dans d'autres conditions, eût exigé des mois.

    La vue de la Sicile, à la hauteur de Palerme, nous frappa d'admiration. Ce n'est ni la Syrie ni la Grèce?; c'est plutôt l'Afrique, quelque chose de torride et de gigantesque, donnant l'idée de l'indomptable et de l'inaccessible .

  • Ma durée pontormo

    Pierre Parlant

    • Nous
    • 19 Septembre 2017

    Ma durée Pontormo est un livre très ambitieux et totalement inclassable. Ecrit dans une prose ample et précise, il assemble, tresse, de façon très subtile : des séquences de voyage sur les traces du peintre, une lecture assidue du Journal qui résonne avec le propre journal de l'auteur et des réflexions et impressions sur la peinture de Pontormo. A partir de l'oeuvre et du journal de Pontormo, Pierre Parlant poursuit l'exploration de la forme qu'il nomme « autobiographie d'un autre », qu'il avait initiée avec Les courtes habitudes, paru aux éditions Nous en 2014.
    L'écriture de Ma durée Pontormo s'est constitué à partir de plusieurs points d'appui. Avant tout la contemplation de l'oeuvre picturale de celui (Jacopo Carucci, dit Pontormo, 1494-1557) que l'histoire de l'art a classé, dans le courant maniériste du XVIe siècle italien. Autre déclencheur : la lecture du journal du peintre, écrit au commencement de l'année 1554, soit trois ans avant la mort du peintre, alors âgé de 60 ans. Un journal bref (une vingtaine de pages), insolite, où se côtoient principalement, et de façon décousue, des observations disparates et des prescriptions d'ordre hygiénique et diététique ainsi que des anecdotes biographiques et des allusions au travail en cours de l'artiste. Cruciale enfin aura été le désir d'Italie, l'expérience consistant à se rendre à plusieurs reprises sur place (surtout en Toscane) afin de mettre à l'épreuve cequ'exige et permet chaque fois la nécessaire présence du regardeur des oeuvres.
    Quant à sa structure, c'est le rapport inattendu au temps dont le journal du peintre témoigne qui a déterminé la composition du livre. Un temps qui s'avère décisif dans sa mention systématique (Pontormo est scrupuleux, attentif au calendrier, à la suite des jours) et cependant « flottant », comme si le marquage quotidien devait finalement se retrouver absorbé dans le flot et l'épaisseur des contingences d'une vie marquée essentiellement par le souci de l'oeuvre et l'inquiétude d'un sujet. Ma durée Pontormo rejoue cette durée d'écriture, fait lui-même journal de cette expérience du temps, du regard et du voyage et invente peut-être ainsi un nouveau genre : le poème-essai.

  • L'oeuvre de Carlo Levi occupe une place centrale dans la littérature italienne du XXe siècle. Curieusement, les lecteurs français ne connaissent guère que le magnifique Le Christ s'est arrêté à Eboli ; or, plusieurs de ses livres manifestent une force d'écriture aussi grande que celui-ci : Les mots sont des pierres notamment. Publié pour la première fois en 1955, il était jusqu'ici inédit en français. Il s'agit d'un témoignage passionnant sur la Sicile, ses lieux et sa géographie, mais plus encore sur la vie du peuple, ses luttes, sa culture. Il contient, écrit Vincenzo Consolo, « une sorte de rythme urgent, une tension et presque une fièvre du regard et de l'intelligence dans la façon de cueillir voracement la réalité et de la restituer aussitôt, dans sa pureté et dans sa signification la plus vraie. »

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