Littérature traduite

  • Venise, peut-etre

    Andrea Zanzotto

    • Nous
    • 6 Mai 2021

    Venise, peut-être recueille les textes qu'Andrea Zanzotto a consacrés à Venise et à la Vénétie. Mais il s'agit d'une autre Venise, peut-être : à la fois vue de très près et comme vue du ciel, prise dans un cadre plus vaste - une ville reliée, inscrite dans le temps intime et historique, dans la matière et dans l'espace. Venise n'est pas un joyau détaché, elle doit s'approcher de l'extérieur, ne se comprend qu'à travers sa lagune et son ancrage dans sa région, la Vénétie, site de terribles batailles de la première guerre mondiale et, plus tard, haut lieu de la lutte partisane. Venise, peut-être témoigne d'une certaine idée de l'écologie, du paysage et de l'habitation, où l'homme et la nature interagissent et se confrontent, où ville et nature sont le lieu d'une passion et d'un combat intimes et politiques.

    La ville entière a tenu ses temps resserrés contre elle, comme les pièces d'une marqueterie : fruit et ver, bave lumineuse et scories, puanteur chaque fois changée en parfum : comme un point d'absurdité dans le présent.

  • La rage

    Pier Paolo Pasolini

    • Nous
    • 22 Octobre 2020

    "Poème filmique" en prose et vers, La Rage est le scénario intégral du film sorti en 1963 (dans une version raccourcie). Un commentaire lyrique qui mélange l'analyse sociale et politique à l'invective, l'élégie à l'épique, en les tissant avec des images des actualités, des matériaux d'archives et des photographies des faits marquants de son époque.

    En interrogeant la société de son temps, le poète-réalisateur interroge aussi la nôtre. Dans ce texte, d'une brûlante actualité, on y retrouve le Pasolini le plus politique, le plus âpre et le plus clairvoyant.

    « Pourquoi notre vie est-elle domine´e par le me´contentement, l'angoisse, la peur de la guerre, la guerre ? C'est pour re´pondre a` cette question que j'ai e´crit ce film, sans suivre un fil chronologique, ni me^me peut-e^tre logique. Mais pluto^t mes raisons politiques et mon sentiment poe´tique ».
    Pier Paolo Pasolini.

    Introduction de Roberto Chiesi.
    Postface de Jean-Patrice Courtois.

  • Un silence s'ouvre

    Amy Clampitt

    • Nous
    • 9 Avril 2021

    Un silence s'ouvre (1994) est le dernier livre d'Amy Clampitt. Elle y explore la beauté et la variété du monde naturel, les questions de l'exil, du déplacement et de l'appartenance, les grands mythes fondateurs américains, et le souvenir d'une enfance et d'une adolescence dans le Midwest. Son écriture déploie une syntaxe baroque, un vocabulaire foisonnant et une versification libre où l'on entend parfois l'écho d'un mètre plus classique. Les poèmes d'Amy Clampitt tissent les fils de la langue, de la croyance religieuse, de la dégradation du monde naturel, de la violence, de la colonisation, jusqu'au noeud du genre et de la sexualité.

  • Portrait sur mesure

    Leonardo Sciascia

    • Nous
    • 21 Janvier 2021

    Ce livre propose un choix d'essais dans l'oeuvre du grand écrivain italien, écrits dans les années soixante, traduits ici pour la première fois. Ce sont des textes incisifs, politiques et polémiques, qui donnent à voir l'écrivain qui lutte pour le développement, le progrès, la justice - et qui deviendra ensuite, dans les années soixante-dix, une des consciences de l'Italie, avec Moravia et Pasolini. Les analyses proposées incarnent la voix d'un combattant pour la vérité, d'un opposant, d'un hérétique, d'un sceptique et d'un pamphlétaire, d'un homme qui combat les pouvoirs, les abus de pouvoir - et d'un écrivain à la sobriété exemplaire, qui aime la concision et manie l'ironie.
    On reconnaît dans ces textes le premier auteur italien à écrire un roman sur la mafia - contre la mafia - au début des années soixante, à un moment où son existence est encore souvent niée (Le jour de la chouette).
    Celui qui met en garde contre la compromission des partis de gauche qui gouvernent avec la Démocratie Chrétienne, d'abord en Sicile puis à l'échelle de l'Italie. Celui qui voit venir le « compromis historique » avec le Parti communiste (À chacun son dû, Le contexte) et ses conséquences politiques désastreuses. On perçoit également dans ces courts essais l'admiration que Sciascia porte aux grands écrivains siciliens : Verga, De Roberto, Pirandello... jusqu'à son contemporain Vittorini, à qui il rend un bel hommage post-mortem. Mais aussi le rapport difficile qu'il entretient avec Le Guépard de Tomasi di Lampedusa, le fameux roman à succès, qu'il juge trop pessimiste et trop indulgent envers les aristocrates. On y voit son attachement de Sicilien au passé plus ou moins mythique de la Sicile arabe et normande au Moyen Âge - un modèle de civilisation, peut-être de tolérance. On y voit enfin un écrivain qui persévère, qui ne se laisse pas détourner ni corrompre - même s'il lui arrive de se décourager - alors que les campagnes se vident, que la Sicile se vide, que l'émigration des Siciliens est au plus haut. « J'écris seulement pour faire de la politique », écrit-il un jour au réalisateur Elio Petri, qui s'apprête à adapter au cinéma À chacun son dû. Les textes réunis ici le prouvent.
    Auteur d'essais autant que de fictions, Leonardo Sciascia (1921-1989) est le plus grand écrivain sicilien du XXe siècle avec Pirandello, l'une des figures centrales de la littérature « engagée » en Italie, l'une de ses voix polémiques les plus lucides et précieuses - que l'on pense à L'Affaire Moro, pamphlet contre l'élite politique italienne après l'enlèvement et l'assassinat d'Aldo Moro, ou aux films tirés de ses romans, comme Cadavres exquis de Francesco Rosi.

  • Journaux

    Franz Kafka

    • Nous
    • 17 Janvier 2020

    Les Journaux de Kafka, toujours surprenants, sont le lieu d'une écriture lucide et inquiète où se mêlent intime et dehors, humour et noirceur, visions du jour et scènes de rêves, où se succèdent notes autobiographiques, récits de voyages et de rencontres, énoncés lapidaires, ainsi qu'esquisses et fragments narratifs plus longs. Dans ce battement entre vie écrite par éclats et soudaines amorces fictionnelles, les Journaux se révèlent être le coeur de l'oeuvre de Kafka : le lieu où les frontières entre la vie et l'oeuvre s'évanouissent.

    Cette édition est la première traduction intégrale des Journaux de Franz Kafka. La seule traduction française visant l'intégralité était à ce jour celle de Marthe Robert, publiée en 1954 chez Grasset. Mais elle ne correspond pas à l'intégralité des Journaux de Kafka. En effet, elle se base sur la version établie par Max Brod en 1951 : celui-ci avait procédé à une censure des textes de son ami, en éliminant les noms des personnes encore vivantes, et un certain nombre des remarques qui le concernaient lui-même. Dans sa volonté de faire de Kafka un « saint laïque », il avait également supprimé des passages jugés « obscènes ». Enfin sa chronologie, qui a été suivie par Marthe Robert, s'est avec le temps avérée erronée (la traduction française contenait d'ailleurs un certain nombre de fragments traduits à partir de la version anglaise, plus complète que l'édition originale en allemand - avec tous les risques qu'une traduction de traduction comporte). Se pose enfin la question, cruciale, de la place à accorder aux fragments fictionnels. Dans l'édition de « La Pléiade », ils sont absents du volume contenant les journaux. Or, ces textes figurent dans les mêmes cahiers manuscrits qui contiennent les notations « diaristes ». Et il y a un intérêt certain, par exemple, à pouvoir lire dans la continuité la première version, manuscrite, d'une nouvelle et, immédiatement après, le commentaire qu'en fait Kafka.

    Les Journaux ce sont, matériellement, 12 cahiers in-octavo. Ils couvrent les années 1910 à 1922, avec de fortes disparités quant à la fréquence et à la longueur des notations. Kafka ne faisait pas de différence, quant au support d'écriture, entre la fiction et « l'autobiographie », celle-ci étant évidemment liée au projet de la tenue d'un « journal ». Nous suivons donc la leçon qui a été proposée dès 1990 par les éditeurs allemands de la « Kritische Ausgabe », qui ont reproduit à l'identique les cahiers manuscrits. La chronologie qui en résulte est très différente de celle de Max Brod. Le texte corrige aussi certaines erreurs du déchiffrage initial des manuscrits.

    Cette version est donc la première à traduire en français l'intégralité des cahiers des journaux à partir des manuscrits. La traduction de Robert Kahn reste au plus près de l'écriture de Kafka, en préservant les litotes, la syntaxe, en « laissant résonner dans la langue d'arrivée l'écho de l'original ». Elle s'inscrit ainsi à la suite de ses retraductions remarquables des lettres À Milena (2015) et des Derniers cahiers (2017).

  • A

    Louis Zukofsky

    • Nous
    • 6 Novembre 2020

    Livre culte, oeuvre majeure de la litte´rature ame´ricaine du vingtie`me sie`cle et aboutissement d'un immense travail de traduction qui aura dure´ une vingtaine d'anne´es, « A » est enfin accessible en franc¸ais dans son e´dition inte´grale.
    Chef-d'oeuvre de Louis Zukofsky et sommet de l'objectivisme, la publication de « A » est l'e´ve´nement poe´sie de ces dernie`res anne´es.

    Zukofsky disait de « A » : « ces mots sont ma vie » - il y aura consacre´ quarante cinq anne´es de travail.
    Oeuvre majeure de la modernite´ ame´ricaine, « A » peut e^tre lu a` la fois comme un manifeste, le te´moignage d'une vie traverse´e par les espoirs et les de´sastres du sie`cle dernier, une que^te de l'amitie´ (Ezra Pound, William Carlos Williams) et un chant d'amour pour sa femme Celia. Dans « A » se me^lent inextricablement la vie de Louis et de sa famille, les e´ve´nements historiques du vingtie`me sie`cle, la musique, une re´flexion morale et politique hante´e par la pre´sence textuelle de Marx et Spinoza. Les 24 sections qui composent « A » - 24 comme les heures d'une journe´e - re´ve`lent une me´thode de composition d'une grande audace, qui alterne le vers rime´, le vers libre, le collage, la correspondance, les citations, l'e´criture the´a^trale, l'e´criture musicale...
    Le mode`le prosodique demeure le vers de Shakespeare, son mode`le rythmique, l'art de la fugue et du contrepoint de Bach.

  • Dire cela

    Robert Creeley

    • Nous
    • 18 Septembre 2020

    Voici la nouvelle édition en format poche de Dire cela (première édition 2013). Le livre propose un choix de poèmes de Robert Creeeley traduits et présentés par Jean Daive. Il contient également des entretiens inédits avec le grand poète américain. C'est aussi un témoignage passionnant sur les autres poètes de sa génération.

    Ajouter au panier
    En stock
  • Lettres d'italie

    Friedrich Nietzsche

    • Nous
    • 22 Novembre 2019

    Ce livre propose un choix de lettres dans la correspondance du grand philosophe, écrites d'Italie entre 1876 et 1889. Le parti-pris qui façonne ce volume : choisir les lettres, nombreuses, où Nietzsche évoque l'Italie, son rapport à ce pays, si radicalement différent de son Allemagne natale, et plus particulièrement certaines de ses villes, dans une quête intellectuelle, existentielle et sensible de l'endroit où « la vie vaut la peine d'être vécue ».
    Une préface de Pierre Parlant, écrivain et philosophe (et déjà auteur d'un livre sur Nietzsche aux éditions Nous, Les courtes habitudes. Nietzsche à Nice, 2014), éclaire ce montage, qui met au premier plan le Nietzsche voyageur et marcheur (« Je suis au moins huit heures par jour sur les chemins : c'est à ce prix que je supporte la vie »), « médecin et patient en une seule personne », « homme qui aime le sud » qui cherche et trouve l'endroit où le travail est enfin porté par une « force vitale » débordante.

  • Transport vers l'été

    Wallace Stevens

    • Nous
    • 21 Février 2020

    Wallace Stevens peut prétendre, en France, au titre de plus grand poète méconnu de langue anglaise. Quasi conclusif de son oeuvre, Transport vers l'été est l'un de ses livres les plus importants, et le seul non traduit en français à ce jour.
    Transport vers l'été : ce titre assez étrange semble présenter la poésie comme une agence de voyages spécialisée dans les destinations paradisiaques. À y regarder de plus près, cela se complique : un des poèmes s'intitule « Vacances dans la Réalité », et Stevens déclarera que la belle saison promise par le titre de son livre était pour lui simplement le monde tel qu'il est.
    On en concluera que la vie réelle, selon Wallace Stevens, pourrait être quelque chose d'aussi délicieux qu'un séjour aux Baléares, à condition d'être transfigurée par la poésie.
    Stevens prêtait à la poésie, en tant qu'activité de l'imagination, un pouvoir d'exaltation comparable à la foi religieuse ou aux passions collectives qui ravagèrent le globe entre 1939 et 1945, à l'époque même où il composait Transport vers l'été. Les poèmes de ce livre déclinent cette idée sur un ton mystérieux et magistral. Le volume donne en supplément un long poème, poème central et lui aussi inédit en français : Notes pour une fiction suprême, où il ébauche la définition méthodique de cet art qui écrirait l'histoire humaine « en beau langage sans une goutte de sang » - Stevens regardait cette proposition comme le manifeste de son oeuvre. Le recueil s'achève sur une adresse au soldat américain de retour après guerre au pays, l'exhortant non à renoncer à tout combat, mais à engager désormais ses forces dans une lutte universelle et spirituelle : Soldat, il y a une guerre entre l'esprit / Et le ciel, entre le jour, la nuit et la pensée. / C'est pourquoi le poète est toujours dans le soleil... La traduction de Transport to Summer est suivie d'un choix de lettres où Wallace Stevens revient diversement sur l'intention générale des Notes pour une fiction suprême, sans craindre à l'occasion de donner la clef de ses images les plus énigmatiques.
    Transport vers l'été est accompagné d'une préface éclairante d'Alexandre Prieux, traducteur et spécialiste de Stevens, qui explicite les enjeux du choix des textes, les situe par rapport à l'oeuvre de Stevens, et considère la place de cette dernière dans l'histoire de la littérature.

  • Les mots sont des pierres, qui a reçu le prestigieux Prix Viareggio, est particulièrement important dans l'oeuvre de Carlo Levi. Témoignage puissant sur la Sicile, ses villes et sa géographie, mais plus encore sur la vie de son peuple, sa culture, ses luttes. Il marque le lecteur par l'urgence de son rythme, l'acuité de sa phrase et la bonté de son regard.
    Les mots sont des pierres est, dit Carlo Levi, « le récit de trois voyages en Sicile et des choses de là-bas, telles qu'elles peuvent tomber sous l'oeil averti d'un voyageur dépourvu de préjugés. » Ces récits sont de tonalités très diverses.
    Il y a l'histoire de ce fils de cordonnier sicilien devenu maire de New York et qui revient, presque comme une divinité, le temps d'une courte visite, dans son village natal. Levi découvre ensuite le vieux monde sicilien des soufrières et la première grève de ses travailleurs. Puis c'est Palerme, Palerme faste et misérable aux rues grouillantes d'humanité, aux souterrains des couvents remplis de cadavres embaumés, Catane, noire de lave, et enfin le désespoir des paysans de Bronte, le désespoir de toute cette Sicile qui pleure ses morts et souffre des injustices, l'histoire de Francesca Serio, mère d'un syndicaliste assassiné par la mafia, sa ferme détermination : « les larmes ne sont plus des larmes mais des mots, et les mots sont des pierres ».

  • Les hommes et la poussière

    Elio Vittorini

    • Nous
    • 21 Novembre 2018

    Les hommes et la poussière regroupe l'intégralité des nouvelles d'Elio Vittorini des années 1930 et 1940 - toutes inédites en langue française - écrites au moment où Vittorini est au plus fort de son activité et de son rayonnement, et publie ses oeuvres les plus importantes. Ce livre nous font découvrir un autre Vittorini, non plus le romancier mais l'auteur de nouvelles brèves et énigmatiques, à l'écriture essentielle et d'une musicalité rare.
    Ce volume commence au début des années trente, où l'on voit Vittorini expérimenter diverses directions, dans un style plutôt classique et légèrement influencé par le surréalisme, dévoilant son intérêt particulier pour l'enfance, et nous amène jusqu'à la recherche d'un langage beaucoup plus « moderniste ». Son aboutissement est le petit recueil de « nouvelles » mis en avant dans la première partie du livre. Ces récits, écrits en concomitance ou immédiatement après Conversation en Sicile, témoignent de la même mise au point d'un langage symbolique et prophétique capable d'évoquer chez le lecteur la présence d'une communauté humaine manquante et désirée. Ce geste consistait à « dire sans déclarer », et Vittorini l'avait du reste lui-même imaginé pour soustraire ses textes à la censure. Mais dans ces nouvelles du début des années quarante, naissent aussi les motifs du désert qui figure la solitude humaine engendrée par le fascisme sous toutes ses formes, de la radio qui relie les hommes aux « villes du monde », ou encore de la « bête » qui signifie la peur et son envers - le désir d'action, de transformation. On y voit se forger les images d'une « autobiographie en temps de guerre » et la trame d'une catastrophe amoureuse. Mais le symbole politique qui traverse les années quarante est celui de la ville, qui rassemble chez Vittorini les motifs d'un mythe moderne et d'une recherche d'universalité. Les « villes du monde » (expression qui donnera son titre au futur grand roman inachevé de Vittorini) sont au début des années quarante cet espace utopique que quelques personnages rêvent de loin, pour devenir dans l'après-guerre l'emblème d'un espace politique à construire. Bien que Vittorini n'abandonne pas tout symbolisme, c'est une autre écriture que l'on voit ici, qui nous rappelle aussi qu'il fut l'un des initiateurs du néoréalisme italien. En filigrane, c'est aussi une histoire politique de l'Italie du 20e siècle et de ses intellectuels, dont Vittorini est un exemple à la fois exceptionnel et exemplaire, qui apparaît dans ce volume.

  • Tendres boutons

    Gertrude Stein

    • Nous
    • 5 Octobre 2018

    Tendres boutons opère une véritable retranscription formelle des problèmes que posait le cubisme : ici, c'est l'écriture, en prise avec des bouleversements de syntaxe, de grammaire et de sens, qui construit une architecture radicalement nouvelle de la vision, de l'écoute, de la lecture. Tendres Boutons est un livre qui effectue un bouleversement complet de notre façon de comprendre, de prononcer, de lire, de voir, de sentir :
    Il impose au lecteur, via une sensibilité extrême aux détails du quotidien (objets, nourriture, chambres), à l'infime et à la matérialité du mot, une expérience de lecture vertigineuse, troublante, jouissive. La langue de Stein, court-circuitant en permanence le sens, affole la relation qui unit communément le langage et le monde.
    La traduction qu'en propose Jacques Demarcq (traducteur de E. E. Cummings), par ses audaces et ses trouvailles, restitue toute la force et l'étrangeté de cette expérience de lecture déroutante.

  • 80 fleurs

    Louis Zukofsky

    • Nous
    • 19 Octobre 2018

    Louis Zukofsky est l'un des plus grands poètes américains du vingtième siècle. Chef de file du mouvement « objectiviste », avec Charles Reznikoff, il est encore assez peu traduit en langue française (la traduction et la publication de son 'livre d'une vie' « A » ne sont encore que très partielles). 80 fleurs est son chef d'oeuvre conclusif et lyrique. Le projet de Zukofsky est littéralement - à travers une exploration formelle fondée sur le compte des mots, et en prenant comme objet la botanique - d'y condenser l'ensemble de ses livres précédents.
    Toute la prosodie tardive de Zukofsky est fondée sur le compte des mots et ses derniers poèmes sont écrits en vers de cinq mots. En choisissant de compter les mots, Zukofsky inaugure une métrique qui court-circuite les sens pour s'adresser directement à l'intellect. Cette recherche formelle lui permet de créer une langue curieuse et belle et de revisiter sans mièvrerie les topos de la lyrique. Zukofsky conclut avec les 80 fleurs une recherche passionnée de la forme dont « A » offrait un répertoire exceptionnel et qui explique la ferveur d'un grand nombre de poètes d'après-guerre pour son oeuvre, aux États-Unis mais aussi en Grande-Bretagne ou en France.
    80 fleurs est son dernier livre. Dans ses carnets préparatoires, Zukofsky en résume le projet : « Commencer à 70 ans pour finir à mon 80e anniversaire un livre de chansons intitulées 80 Flowers. Substance. Uniquement les fleurs que j'ai réellement vues et toute la botanique que j'aurais apprise en 10 ans. Forme. Chansons de 8 vers de 5 mots : 40 mots par poème, qui naissent de mes livres précédents et les condensent. » Ce projet est tout entier déterminé par la mort qui approche. Zukofsky n'atteindra pas sa quatre-vingtième année mais achèvera 80 fleurs, publié à titre posthume par sa veuve Celia en 1978.

  • Inscriptions

    Charles Reznikoff

    • Nous
    • 17 Mai 2018

    Nscriptions est constitué de deux livres majeurs de Reznikoff, inédits en français, séparés par une période de dix-huit ans sans aucune publication (Çà et là, 1941 et Inscriptions, 1959). Les deux livres se répondent, se prolongent, et portent en eux les thématiques essentielles de l'oeuvre de Reznikoff. Ce volume, sommet de la poésie objectiviste, propose certains des textes les plus emblématiques du poète, dont le fameux « Kaddish ». C'est une parfaite introduction à la méthode objectiviste, faite de précision, de concision et d'intensité. Toute la maturité poétique de Reznikoff est dans ce livre, qui atteint l'économie de langage et la charge émotive de ses célèbres Holocauste et Témoignage.


    L'après-midi nuageux est aussi agréable.
    Que le silence. Qui imaginerait.
    Qu'on en aurait assez du soleil??
    Une belle épitaphe serait, je crois?:
    Il aimait le soleil?;
    Encore mieux?: Il aimait marcher.
    Et pourtant le mort, s'il pouvait parler, dirait peut-être?:
    Je m'étais lassé de marcher, oui, et même du soleil.

  • Si la Sardaigne est une terre où, comme le dit Carlo Levi, quelques minutes suffisent pour voyager à travers des dizaines de siècles, si un élément obstinément archaïque affleure de sa nature et de son quotidien, en elle cohabitent une apparente immobilité hors du temps et les bouleversements les plus profonds de l'histoire du XXe siècle. Bergers, paysans, ouvriers, intellectuels, bourgeois, clercs, fonctionnaires, ce sont autant de mondes proches et séparés, entre frictions marginales et déplacements, dans une période instable, active, où la fixité compacte de la coutume s'est brisée, et différents modes d'existence se trouvent côte à côte, comme juxtaposés, si bien qu'à un visiteur pressé, immergé dans ces présences et ces distances, il peut arriver de se sentir, ou de s'imaginer, comme le fragment incohérent, parmi d'autres, d'une vie où des temps extraordinairement lointains semblent s'écouler ensemble sous le même soleil, sous le même regard noir des animaux.

  • Poésie complète

    Mina Loy

    • Nous
    • 11 Septembre 2017

    De la poésie de Mina Loy se dégage une rare véhémence vis-à-vis de la société bourgeoise, de la morale sociale et religieuse, et en particulier des conventions qui règlent les rapports hommes-femmes et empêchent l'autonomie du sujet. Ces poèmes, écrits dans une langue enragée, sont aussi impregnés d'un humour fin, cruel, subtilement euphorique, qui interdit la vacuité du dépit et de l'amertume.
    « La poésie anglo-américaine a connu peu de pareilles créations, qu'il s'agisse des motifs manifestes ou latents, et surtout de la fabrication d'un instrument langagier - scalpel, loupe - aussi précis de manipulation qu'exact de vision : la chirurgie verbale (coupes, coupures et liens) s'articule étrangement avec une polyscopie métaphorique (détail, grossissement, hypertrophie), au coeur de ce laboratoire cérébral destiné à produire une beauté résolument moderne ». (Olivier Apert) Oh Dieu est-il possible/que les hommes et les femmes/déterminés à se vaincre l'un l'autre/s'enferment/dans des boîtes infernales et engendrent/des esprits de proie/sans cesse/aux aguets dans leur intimité cruelle//Saisissant l'occasion/de paralyser la personnalité//afin d'éprouver la loi du plus habile à survivre//selon cette volonté innée d'emporter la victoire/présente dans toute entreprise humaine//jusqu'à ce qu'enfin le vaincu meure/transformé (extrait du poème Boîtes du mariage)

  • Derniers fragments (1922-1924)

    Franz Kafka

    • Nous
    • 20 Octobre 2017

    Ce volume réunit l'ensemble des derniers textes, presque toujours fragmentaires, écrits par Franz Kafka entre la fin janvier 1922 et le début avril 1924, à l'exception du Château, rédigé parfois dans les mêmes cahiers entre janvier et août 1922, et de quelques notations du Journal (le matin de sa mort, le 3 juin 1924, il corrigeait encore les épreuves de « Josefine la cantatrice »). Cette période fut très féconde, alors même que l'écrivain était en proie à de grandes difficultés matérielles. Surtout, la tuberculose progressait très vite. Il avait rédigé à la fin novembre 1922 un nouveau testament confié à Max Brod : « De tout ce que j'ai écrit seuls ont de la valeur les livres : Verdict, Chauffeur, Métamorphose, Médecin de campagne, et le récit : Artiste de la faim. [...] Quand je dis que ces 5 livres et que le récit ont de la valeur, je ne veux pas dire que je souhaite qu'ils soient réimprimés et transmis à des époques ultérieures, au contraire [...]. En revanche tout le reste de ce que j'ai écrit et qui se trouve là [...] doit être brûlé sans exception. » On sait que Max Brod, heureusement, n'a pas respecté ce testament, on sait aussi que Dora a brûlé à Berlin, sans doute sous les yeux de Kafka, un grand nombre de textes. Ceux que l'on pourra lire dans ce volume sont donc des survivants, les témoins d'une période d'une extraordinaire créativité.
    Pour la première fois en français, nous donnons à lire l'ensemble de ces textes dans la continuité de l'acte d'écriture, en respectant la chronologie telle qu'elle a pu être établie par la recherche, et en rupture avec une pratique « anthologisante », proposant des regroupements aléatoires. Près d'un siècle après la première traduction en français d'un texte de Kafka , il ne s'agit évidemment plus de « faire découvrir », mais d'apporter aux lecteurs français des moyens de compréhension fine de cette écriture, de la restituer de la façon la plus authentique possible dans ses articulations propres, dans ce jeu si caractéristique entre ébauche, fragmentation, et quasi-achèvement qui caractérise la dernière période.
    D'où le parti pris d'une édition qui respecte au plus près la matérialité de l'acte d'écriture de Franz Kafka, à même de rendre compte de la dimension de « work in progress », celle-là même qui nous rappelle que Kafka était le contemporain de Proust et de Joyce.

  • Ce livre rassemble les manifestes politiques et esthétiques de la poète Mina Loy. Écrits entre1914 et 1919, ces textes courts et incisifs constituent autant de facettes d'un programme politique résolument moderne pour l'émancipation des femmes et des hommes dans les sociétés occidentales. Ils donnent à voir, outre l'écriture puissante de Mina Loy, son positionnement politique radical.
    LeManifeste féministe, écrit en 1914, est un texte assez connu dans le monde anglo-saxon, qui aborde notamment la question de l'impersonnalité dans l'esthétique moderne comme un luxe que les écrivaines femmes ne peuvent pas se permettre. Suivent des « Aphorismes sur le futurisme », plusieurs textes courts sur la constitution d'une société démocratique prenant en compte les découvertes alors récentes de la psychanalyse, des « Aphorismes sur le modernisme », des « Notes sur l'existence », des réflexions sur « L'artiste et son public ». Dans un registre affirmatif et enragé, Mina Loy opère ici la conjonction difficile de l'individualisme anticonformiste typique du modernisme et la révendication d'une démocratie égalitaire. Elle nous livre dans ces manifestes sa défense radicale d'une éthique du courage ainsi que des refléxions d'une étonnante contemporanéité, notamment sur l'égalité hommes-femmes, sur la libération sexuelle et sur l'autonomie du sujet.
    « Femmes, si vous souhaitez vous accomplir (car vous êtes à la veille d'un soulèvement psychologique dévastateur) toutes vos illusions domestiques doivent être démasquées. Les mensonges des siècles sont à congédier. Êtes-vous préparées à cet ARRACHEMENT ? »

  • L'excursion

    Curzio Malaparte

    • Nous
    • 17 Janvier 2012

    « C'est vraiment joli la Sicile, dit la mère. Ce doit être un rêve que de vivre dans un si beau pays. » Elle le regarde dans les yeux et Boz sent qu'une timide angoisse l'étreint. Peut-être a-t-elle peur de la mer et pense-t-elle déjà avec anxiété à la traversée de Milazzo à Lipari. À moins qu'elle elle ne veuille exprimer ainsi sa reconnaissance, sa joie de voir son fils hors de prison, hors de sa cellule sans air, sans lumière (alors qu'ici il y a toute cette mer, tout ce ciel) ou lui faire comprendre qu'au fond rien n'est plus agréable que de vivre dans un beau pays, que d'être obligé de vivre dans un si beau pays.

  • Sur Kafka

    Walter Benjamin

    • Nous
    • 8 Avril 2015

    Ce livre présente, pour la première fois traduits et rassemblés, l'ensemble des textes de Walter Benjamin consacrés à Kafka.
    Kafka représente pour Benjamin un point stratégique d'éclaircissement de son époque. Dans une lettre à Brecht, Benjamin donne le plan d'une série de conférences consacrées à ceux qu'il nomme les « figures de proue de la situation actuelle ». Ainsi, comme Baudelaire pour la poésie, Brecht pour le théâtre et Kraus pour le journalisme, Kafka a une fonction exemplaire et emblématique pour le roman. C'est en 1925 que Benjamin commence à s'intéresser à Kafka. Le grand essai de 1934, « Pour le 10e anniversaire de sa mort : Franz Kafka » n'est pas, loin de là, son dernier mot sur Kafka. Jusqu'à la fin de sa vie il rassemblera des notes en vue d'un livre sur Kafka, jusqu'à esquisser en 1938, dans une lettre à Scholem, une nouvelle interprétation de son oeuvre.
    C'est avec les nouvelles et les romans de Kafka - avec la « teneur de vérité » de son oeuvre - et non avec ses réflexions philosophiques que Benjamin s'explique. Critique et exégèse se confondent dans la lecture benjaminienne, qui cherche dans l'oeuvre de Kafka le substitut d'une impossible théologie. Car Kafka représente aussi l'« interlocuteur » privilégié dans le débat de Benjamin avec lui-même sur le judaïsme et le judaïsme dans le monde moderne.
    Dans ce volume on trouvera les différents travaux que Benjamin a consacrés à Kafka (un essai, une conférence, une polémique et un compte rendu), mais aussi les nombreuses notes de lecture et de conversation, les ébauches et esquisses qui proviennent de ses archives à Berlin (ensemble qui ne cessera de grandir pour former ce qu'on appelle aujourd'hui le « complexe Kafka »), ainsi que des extraits de sa correspondance avec Scholem, Adorno et d'autres autour de Kafka. Cet ensemble, pour une grande part traduit pour la première fois, propose aussi un certain nombre de textes encore inédits en Allemagne. Il constitue une véritable somme Sur Kafka, l'un des auteurs les plus importants de notre temps.

  • Sur Proust

    Walter Benjamin

    • Nous
    • 12 Mai 2015

    Voici la réédition en poche d'un livre devenu depuis sa première publication (janvier 2011) un « classique » des éditions Nous. Il présente, pour la première fois traduits et rassemblés, l'ensemble des textes de Walter Benjamin consacrés à Proust.
    La relation étroite qui lie l'oeuvre de Benjamin à Proust et à ses textes s'étale sur plus d'une décennie, de 1929 jusqu'à sa mort. Parmi les premiers lecteurs allemands de Proust, Benjamin le traduit (À l'ombre des jeunes filles en fleurs, Du côté de Germantes, Sodome et Gomorrhe) et arrive jusqu'à le « réécrire » - son Enfance berlinoise est une réécriture condensée et fragmentée de la Recherche, revendiquée comme telle par l'auteur.
    Les réflexions de Benjamin révèlent une proximité surprenante à la pensée et à l'oeuvre de Proust, sur des sujets aussi fondamentaux que la conception du langage (rejet du contenu communicationnel du langage et de l'arbitraire du signe), de l'oeuvre d'art, de la « judéïté ».
    Dans ce volume on trouvera entre autres une analyse de la réception de Proust, à travers son image - à la fois l'image que l'on a de Proust et la sienne, celle que Proust a produit de lui-même. Aussi, les anecdotes, les souvenirs, les récits de conversation autour de Proust (dont celle avec Gide), témoignent de la tentative, toute benjaminienne, de croiser oeuvre et existence.
    Constante, multiple, fascinante, la relation de Benjamin à l'oeuvre de Proust donne à voir non seulement les profondes affinités entre les deux auteurs, mais également un Proust inédit.

  • Notes sur Beckett

    Theodor Wiesengrund Adorno

    • Nous
    • 18 Septembre 2008

    Beckett atteint le point d'indistinction du récit et de la théorie, tout comme marx (et hegel) voulaient transformer la philosophie en histoire.
    Accomplissement de la tendance au roman réflexif. possibilité d'interpréter beckett comme une tentative pour répondre à la formule biblique: "tu redeviendras poussière. " le panthéiste dit: après la mort, je deviendrai fleur, feuille, terre. beckett en fait la preuve: ce que je suis quand je suis boue. pas une abstraction mais une soustraction. archétype d'une métaphysique matérialiste.

  • Première traduction française d'essais de Fortini, La conscience aux extrêmes retrace les étapes essentielles de sa réflexion sur les rapports entre les intellectuels, les transformations sociales et la politique. S'échelonnant sur cinquante ans, de 1944 à 1994 (de la fin de la dictature fasciste à la mort de l'auteur), c'est aussi un portrait lucide de l'Italie du vingtième siècle que ce livre dessine, à travers la question des intellectuels, de leur rôle, de leur « engagement », tout en posant sur ces problèmes un éclairage nouveau et polémique.

    Livre d'une brûlante actualité - ses enjeux excèdent et son siècle et le contexte italien - La conscience aux extrêmes restitue la trajectoire et l'acuité de pensée d'un intellectuel intransigeant.

  • Galaxies

    Haroldo de Campos

    • Nous
    • 10 Mai 2019

    Les Galaxies est l'oeuvre centrale d'Haroldo de Campos, le grand poète, critique et traducteur brésilien. Poèmemonde écrit entre 1963 et 1976, c'est un livre-somme, dans la lignée des Cantos de Pound, « ayant comme aimant thématique le voyage comme livre ou le livre comme voyage ». Les Galaxies, ce sont des longs poèmes composés de vers immenses, mêlant les langues, les expériences, les sensations, écrits dans une langue vive, foisonnante, baroque, attestant d'un véritable souffle épique. Après Une anthologie (Al Dante, 2005), et De la raison anthropophage (Nous, 2018) voici le grand poème central d'Haroldo de Campos traduit par Inês Oseki- Dépré en collaboration de l'auteur, accompagné d'une préface de Jacques Roubaud.

empty