Pu De Rennes

  • Comparée à d'autres groupes sociaux, la noblesse d'Ancien Régime a davantage de moyens et de raisons d'émigrer. Certaines familles, parmi les plus puissantes, disposent d'une envergure européenne et cosmopolite qui leur permet de faire carrière dans différents pays. D'autres encore prennent la route de l'exil pour fuir les persécutions qu'elles subissent dans leur pays natal.

    La France est particulièrement touchée par cette mobilité internationale : elle connaît une forte émigration, provoquée notamment par les conflits religieux des XVIe-XVIIe siècles et la répression de la communauté protestante ; mais elle bénéficie également d'une abondante immigration nobiliaire, portée par l'attractivité des carrières qui s'offrent dans l'administration et l'armée royales.

    Les flux sont intenses avec l'Empire et l'Europe centrale. Cet ouvrage les étudie donc de manière privilégiée, sur une longue durée de quatre siècles. Il permet de comprendre les espoirs des migrants, les conditions concrètes de leurs voyages et leurs capacités d'intégration dans les pays d'accueil.

  • Ravages et héritages de la Grande Guerre : 1900-2020 Nouv.

    En confrontant les archives (municipales, départementales, nationales, diocésaines et militaires des différents pays belligérants) avec toute une littérature d'interprétations (poèmes, romans, récits, correspondances, témoignages), Chantal Dhennin-Lalart élabore le récit d'une histoire sociale, économique et culturelle du sud des Weppes (Nord de la France) pendant la Grande Guerre. Cette démarche est complétée par l'étude de l'inscription de la Grande Guerre durant tout le XXe siècle jusqu'à aujourd'hui : qu'en reste-t-il, 20 ans après, 60 ans après, 100 ans après ? La Grande Guerre est visible dans les paysages et l'environnement géographique autant que dans les souvenirs familiaux réactivés.

  • On entend aujourd'hui par caricature une "image tendant, par déformation ou accentuation des traits d'un modèle, des caractères d'une scène, à les rendre grotesques ou risibles" (La Grande Encyclopédie Larousse). Qu'en est-il pour les sociétés de l'Antiquité ? La plupart des spécialistes modernes de la caricature ont considéré qu'il s'agissait d'une invention de la fin du XVIe siècle, inadaptée aux cultures et aux sociétés du monde antique. Confrontant pour la première fois sur ce sujet les points de vue de spécialistes des textes et des images, cet ouvrage a pour ambition de partir à la recherche d'une possible caricature antique, en discutant ses conditions d'existence, en essayant d'identifier des auteurs d'oeuvres caricaturales, des domaines et des genres artistiques et littéraires plus particulièrement propres à la production de caricatures, en mettant en relief aussi des problèmes de sources ou de catégorisations.

  • "Je fis, d'abord, alliance avec André Pironneau... II... publia quarante articles" (Charles de Gaulle).

    Ce livre n'aurait pas été conçu sans la découverte que les articles de L'Echo de Paris cités par le mémorialiste étaient principalement de sa plume - à lui, de Gaulle ; et que leur objet, politique et géopolitique, dépassait de loin la seule chose militaire. Un chapitre justifie, après la précision du contexte qui éclaire les preuves, l'attribution de ce qu'on appelle en conséquence "la source Pironneau-de Gaulle".

    Ces articles n'ont jamais été lus par les historiens de Charles de Gaulle. Ils constituent donc une source inédite au sens où elle n'a jamais été attribuée à son auteur principal. Ils courent de 1933 à 1937 ; mais leur croisement avec archives, documents diplomatiques français et britanniques, presse et témoignages permet de suivre l'histoire de huit ans, de 1932 à 1940. C'est dire qu'on a la source la plus considérable sur de Gaulle dans les années trente ; et sur d'autres personnages, qui peuvent être considérés comme de premiers gaullistes. Elle confirme combien le regard de Charles de Gaulle annonçait en lui l'homme d'État, embrassant l'horizon international le plus large.

  • À Rome, religion et pouvoir sont étroitement imbriqués, comme le montre le relief en couverture du volume : autour de l'autel, le dieu (Mars en l'occurrence) et le magistrat veillent de concert à la clôture des opérations du census qui, tous les cinq ans, définissaient la place de chacun dans la communauté civique. Cet ouvrage permet de mieux appréhender les rapports entre religion et pouvoir dans le cadre des collectivités romaines, de la deuxième guerre punique à la fin des Sévères. Avec les pratiques rituelles pour fil conducteur, il privilégie trois problématiques : les institutions, les acteurs dans leurs espaces et pratiques, et les changements face à l'évolution des situations historiques. L'enquête est nourrie des renouvellements historiographiques opérés depuis deux générations dans l'histoire des refigions comme dans l'histoire politique et sociale du monde romain.

  • Dans le legs naturaliste des Lumières, François-Emmanuel Fodéré (1764-1835) incarne la figure du "précurseur" de la médecine légale moderne. Ce livre est le premier à lui être dédié. Il cadre le "moment Fodéré" où la médecine légale se certifie comme science des maux de la société. Faire parler les corps évoque Fodéré en sa formation, ses saillies épistémologiques et sa réception notamment italienne. Parmi une vaste production livresque, son projet ressort de sa somme médico-légale : Les Lois éclairées par les sciences physiques, ou Traité de médecine légale et d'hygiène publique (Paris, an VII); Traité de médecine légale et d'hygiène publique ou de police de santé : adapté aux codes de l'Empirefrançais et aux connaissances actuelles (Paris, 1813). Le savant prône l'alliance du droit et de la médecine, la salubrité sociale et la régulation étatique. Il dénigre les savoirs disséminés sous l'Ancien Régime pour un savoir médico-légal comme science positive. Elle greffera la modernité institutionnelle au positivisme pénal, au progrès scientifique, à la laïcisation des sociétés. Pour "toutes les classes sans exception de privilèges", elle escorte la gouvernance de l'Etat libéral. Suicide, crime, infanticide, folie, épidémie, hygiène publique : ces objets mènent Fodéré à la science investigatrice de l'anomie sociale pour en prévenir la causalité. Surveiller et guérir : tel est son credo positiviste !

  • Le parcours de Félicité Lamennais a fasciné ses contemporains, et n'a cessé de fasciner depuis sa mort, comme le prouve la production ininterrompue de travaux à son sujet. Successivement, théoricien d'un catholicisme contre-révolutionnaire, inventeur du catholicisme libéral et promoteur d'une République sociale chrétienne, il semble être passé par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel idéologique et croyant de son temps. Le présent ouvrage s'efforce de dégager cette figure des interprétations polémiques et des passions, et entend restituer la continuité de sa pensée en dépit de la spectaculaire versatilité qui a nourri sa légende. Cette biographie de Lamennais est aussi une radiographie de son époque, et requiert de tenir compte de la réception de ses oeuvres dans toutes les nuances de l'opinion, en France et en Europe. Si Lamennais n'a pas fait école, c'est parce que son indépendance d'esprit radicale a empêché de s'en revendiquer sans nuances. Et pourtant, son nom a toujours resurgi lors des tensions ou des reconfigurations politico-religieuses, quand il s'agissait de repenser l'articulation du fait croyant avec les libertés modernes et l'exercice de la démocratie.

  • Ces dernières années, de nouvelles demandes environnementales, sanitaires et sociales sont venues questionner le modèle de modernisation agricole qui a dominé le XXe siècle. Des perspectives neuves ont également redynamisé l'histoire de l'agriculture et des mondes ruraux.

    Enrichi des apports de l'histoire environnementale, de l'analyse des formes territoriales de construction de la qualité ou de l'histoire des sciences et des techniques, cet ouvrage nous donne à comprendre les modernisations agricoles du XXe siècle non plus comme un triomphe nécessaire de la modernité mais comme un ensemble de choix sociotechniques, parmi des possibles multiples, portés par des groupes d'acteurs situés. Ce livre fait aussi une large place aux perspectives transnationales et comparatives, aux acteurs multiples des dynamiques de modernisation (agriculteurs, scientifiques, conseillers, fonctionnaires modernisateurs, mais aussi industriels, médecins, etc.), ainsi qu'aux controverses, marges d'adaptations et alternatives aux modèles dominants de modernisation agricole.

  • Ce livre cherche à élucider le grand renversement des objets du culte chrétien dans les sociétés d'Ancien Régime. Comment l'hostie, la statue et le chapelet ont-ils pu amorcer tant de violences ? La destruction des "idoles" marque-t-elle l'entrée fracassante dans notre modernité ? Comment comprendre enfin que l'objet chrétien, signe identitaire, ait aussi brouillé les frontières entre groupes religieux et favorisé les expériences de l'entre-deux ?

    En éclairant les objets chrétiens par leur histoire tourmentée, l'enquête a repris l'étude des destructions, leur portée et leur amplification légendaire. Dans la deuxième partie, la sécularisation est discutée par les persistances multiples d'objets interdits. La circulation à distance, troisième volet de l'étude, est vue pour les envois massifs de la propagande catholique comme pour les trésors d'exilés. Enfin, le livre s'interroge sur les objets partagés qui franchissent les limites des confessions, voire celles de la religion.

  • Micros de nuit : histoire de la radio nocturne en France, 1945-2012 Nouv.

    Pendant plusieurs décennies, des années 1950 jusqu'au début des années 2000, les nuits radiophoniques françaises étaient peuplées de voix multiples, célèbres puis anonymes, souvent feutrées et confidentes, qui s'accordaient avec l'atmosphère particulière de la nuit. D'Allô Macha aux Routiers sont sympa en passant par Les Nuits magnétiques, Le Pop Club et les nuits des stations pirates, la radio nocturne constituait un espace de rêves et d'expérimentations, de rencontres et de dialogues, offrant aux auditeurs un accompagnement, une fenêtre ouverte sur le monde, sur les autres et sur l'intime.

    Histoire des productions radiophoniques, des pratiques et des perceptions nocturnes, cet ouvrage met en lumière le monde des ondes de nuit, en distinguant les différentes phases de son développement et ses spécificités, de l'un et l'autre côté du poste. Situé au carrefour de l'histoire des médias et de celle de la nuit, Micros de nuit se présente aussi comme une contribution à l'histoire des sensibilités du second XXe siècle car, comme l'écrivait Jean Cocteau en 1958, "écouter la radio toute une nuit renseigne sur l'époque".

  • Le culte rendu aux saints, ces "morts très spéciaux", représente l'une des pratiques sociales et religieuses les plus singulières du Moyen Age. Au c?ur des récits hagiographiques qui leur sont consacrés figurent bien sûr les Vies de saints, dont le sens et les enjeux sont bien plus larges que la simple finalité liturgique ou cultuelle quelles mettent généralement en avant. D'autant plus que, jusqu'au XIIe siècle au moins, la biographie du saint et sa personnalité importent relativement peu tant le poids des modèles structure les récits. On ne saurait donc s'étonner de ce que la figure "historique" de Julien du Mans, dont la sainteté et le culte, de l'époque carolingienne à l'âge gothique, sont l'objet de cet ouvrage, demeure évanescente, pour ne pas dire insaisissable. Pourtant Julien finit par être considéré comme le premier évêque du Mans et un disciple des Apôtres, et par devenir le principal titulaire de l'église cathédrale et le patron du diocèse du Mans. L'intérêt de l'étude réside donc ici : dans l'ensemble des pratiques et des représentations que la fabrique légendaire met en jeu, à l'articulation de l'histoire de l'institution ecclésiale, de l'histoire culturelle et de l'histoire des pouvoirs. Pour mieux fonder la démonstration l'ouvrage propose également une édition scientifique des principaux textes hagiographiques et liturgiques concernant saint Julien.

  • L'histoire des poches de l'Atlantique reste largement méconnue, fragmentée en de multiples récits locaux décrivant largement les combats et les combattants ou les souffrances des civils, sans analyser les enjeux politiques et militaires, sans présenter l'avant et l'après. Cet ouvrage ne prétend pas à l'exhaustivité, mais revient sur des thématiques méconnues ou des réalités souvent complexes. L'ouvrage s'organise en cinq parties : une première revient sur la constitution et l'histoire de ces fronts en distinguant deux réalités très différentes, les poches bretonnes et celles du sud-ouest.
    Une seconde partie s'intéresse aux enjeux de ces ports forteresses pour les belligérants, les Allemands et les Français. Les assiégés et les assiégeants sont au coeur de la troisième partie, en posant le regard sur les exemples concrets de Lorient et de Saint-Nazaire, mais également sur les combattants, les FFI, les forces françaises et les troupes de l'Est. La quatrième et la cinquième partie renouvellent l'histoire des poches en abordant des sujets originaux, la Libération et sa planification, l'épuration, la restauration de l'Etat, la reconstruction, en particulier par l'exemple de Saint-Nazaire, puis la mémoire et les commémorations.
    Cet ouvrage apporte une vision différente et originale de l'histoire singulière de ces poches de l'Atlantique.

  • Du 15 au 17 mars 1968, a eu lieu à Amiens un colloque "Pour une école nouvelle : Formation des maîtres et recherche en éducation", organisé par l'Association d'étude pour l'expansion de la recherche scientifique (AEERS), qui a réuni plus de 600 acteurs à la Maison de la culture d'Amiens.

    Le "colloque d'Amiens" est devenu une référence plus ou moins mythique, plus ou moins fondée, pour les réformateurs de l'éducation en France et éventuellement à l'étranger. Pourtant, aucune étude d'ensemble ne lui avait jusqu'alors été consacrée. On connaît peu le détail des débats qui l'ont animé, les acteurs qui les ont préparés et menés, les questions qui en ont été l'objet et qui continuent d'être au coeur des débats sur l'école. La rénovation de l'école est en effet à l'ordre du jour dans un contexte de transformation du système éducatif et le colloque d'Amiens, qui réunit tout ce que la France ou presque compte d'innovateurs en matière éducative, cristallise les attentes du moment. Il s'agit avant tout de moderniser, de rénover l'existant, pas de faire la révolution.

    Cinquante ans après, ce livre propose de réexaminer la genèse, les dynamiques, les idées, les acteurs et la portée de cet événement majeur de l'histoire contemporaine des réformes éducatives.

  • Barbe Avrillot, épouse Acarie, est considérée à juste titre comme l'instigatrice, avec Pierre de Bérulle, de l'implantation en France de l'Ordre du Carmel, réformé par Thérèse d'Avila. Ce projet religieux s'inscrit à la fois dans l'histoire personnelle et familiale de "madame Acarie" - comme les historiens ont pris l'habitude de l'appeler - et dans le contexte de pacification religieuse et de réconciliation politique propre au règne d'Henri IV. Fille des guerres de Religion, mariée à un protagoniste de la Ligue, Barbe Avrillot contribue puissamment, dans les années qui suivent ledit de Nantes (1598), à convertir le combat armé des ligueurs contre les huguenots en un combat spirituel, voire mystique, par les armes de la prière et de l'ascèse. Elle mobilise son influent réseau d'amis, habitués pour la plupart de son hôtel du Marais à Paris, pour faire venir en France en 1604, non sans difficultés, un petit groupe de carmélites formées à l'école de Thérèse d'Avila. Devenue veuve, elle entre dix ans plus tard, en 1614, au carmel d'Amiens et y devient s?ur converse sous le nom de Marie de l'incarnation. Déplacée au monastère de Pontoise, elle y meurt en 1618. Elle est béatifiée sous le pontificat de Pie VI, en 1791, alors que le conflit s'envenime entre le Saint-Siège et la France révolutionnaire.

  • Au premier abord, l'expression appel comme d'abus sonne étrangement à des oreilles profanes, combinant deux vocables qui ne semblent pas bien s'accorder. L'expression et le recours juridique qu'elle désigne sont pourtant familiers aux hommes et femmes de la fin du Moyen Age et de l'époque moderne. Utilisé au départ comme une procédure garantissant l'équilibre et le respect mutuel des juridictions royale et ecclésiastique, l'appel comme d'abus se banalise assez rapidement en recours à la justice royale face à la décision d'une instance ecclésiastique.
    Il a souvent été considéré par l'historiographie comme une arme employée par le roi ou sa justice pour dépouiller le juge d'Eglise de sa juridiction. Pourtant, son usage ne se résume pas à un conflit entre juge ecclésiastique et juge royal, mais témoigne plutôt de chevauchements : le croisement des justices ne s'analyse pas toujours en termes d'affrontement ou de conquête. Etudier l'appel comme d'abus oblige donc à distinguer sa mise enoeuvre effective, sa construction théorique, son instrumentalisation politique..., dans une contextualisation fine qui en explique les enjeux.
    Autant de dimensions qu'explore cet ouvrage, issu d'une enquête collective qui a fait dialoguer historiens et juristes.

  • Entre l'abolition de l'esclavage, en 1848, et les indépendances, dans les années 1950-1960, une réglementation du travail s'est progressivement et très diversement implantée dans les colonies, qu'elles soient dites de plantation, d'exploitation ou de peuplement. Ce sujet méconnu a fait l'objet d'une recherche collective de plusieurs années ayant mobilisé de nombreux chercheurs et dont ce livre est issu. Il repose sur l'exploitation de milliers de documents d'archives, en très grande partie inédits, qui dessinent une situation ambiguë : d'un côté, une volonté de protection qui s'affirme de plus en plus nettement au fil du temps dans les textes ; de l'autre, la persistance de l'exploitation d'une main-d'oeuvre "indigène" mal-traitée, quelquefois jusqu'au pire et poussée à l'exaspération. Du Maroc à l'Indochine, du Cameroun aux Antilles, ce livre apporte une pierre inédite à l'histoire du colonialisme et à celle du droit social et lève un coin de voile sur le « mauvais sort » fait aux travailleurs de l'outre-mer qui n'est pas sans lien avec l'aspiration des peuples à l'indépendance.

  • Ce volume interroge la présence à l'époque moderne de pratiques et de comportements qui pourraient relever de ce que nous appelons aujourd'hui "expertise". Il articule statut d'expert et actions d'expertise et examine la nature et la légitimité de cette figure polymorphe.

    Ces questions se posent avec acuité à une époque où les compétences proprement politiques des acteurs de gouvernement sont floues et où l'usage de l'expertise est une ressource importante pour des groupes sociaux et professionnels en concurrence au sein des arcana imperii.

    En scrutant, sur trois siècles, à l'échelle européenne, les actions et les postures des experts ainsi que les processus qui les légitiment, cet ouvrage dessine les contours d'une figure fuyante mais toujours construite, située et revendiquée par les acteurs eux-mêmes. Apparaissent ainsi des théologiens, des ministres et des secrétaires, des agents d'information, des historiographes, des architectes, des faiseurs de projets et des polygraphes de tout crin, aventuriers tantôt prospères tantôt marginaux, qui entretiennent des rapports originaux aux savoirs, aux savoir-faire et à l'expérience en matière de gouvernement.

    Suivre ces experts en action pose les jalons d'une histoire sociale du politique par laquelle on peut aussi bien saisir des mécanismes de légitimation socio-professionnelle à l'échelle d'individus que des dispositifs et des pratiques de pouvoir au coeur des institutions. Par le prisme de l'expertise politique, c'est la nature du pouvoir, de ses dynamiques, de ses contradictions et de ses sinuosités qu'on explore.

  • Polices, villes et sécurité sous la révolution et l'empire : l'ordre public urbain dans l'espace belge, 1780-1814 Nouv.

    Comment se transforme les polices des villes à l'époque des révolutions et de l'Empire napoléonien ? Longtemps considéré uniquement du point de vue des cadres institutionnels, l'avènement de la police moderne est revisité dans cet ouvrage depuis le territoire belge soumis aux aléas des guerres, des occupations et des révolutions de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Au-delà du passage d'une police de type englobant à une police considérée comme plus moderne car davantage orientée vers la sécurité des personnes, ce livre met en lumière les transformations à la fois endogènes et exogènes survenues dans les appareils policiers entre 1780 et 1814. Les continuités importantes mais aussi le dynamisme et l'autonomie des polices urbaines face à la centralisation de l'État nuancent et rendent plus complexe l'analyse de la construction politique napoléonienne. Ils donnent également la mesure des similitudes entre les épisodes de troubles dans les pratiques de surveillance ou le recours à l'armée. Les polices des villes au cours de cette période apparaissent davantage comme le résultat d'un syncrétisme entre des éléments proprement locaux et originaux et d'autres importés à l'occasion des conquêtes révolutionnaire et napoléonienne.

  • Donald Reid retrace ici l'histoire des luttes menées par les salarié(e)s de l'usine Lip de Besançon, qui ont marqué la France des années 1970 et servi de point de référence à de nombreux autres mouvements de lutte collective. L'affaire Lip est replacée dans le contexte des "années 1968", mettant en évidence la place centrale de cette collectivité de travailleurs dans les combats du monde ouvrier en France, entre la fin des "Trente glorieuses" de l'après-guerre et l'émergence du néo-libéralisme dans les années 1980.

    Lip, qui a incarné concrètement pour la première fois en France l'idéologie de l'autogestion, reste aujourd'hui dans les mémoires comme un événement emblématique des années 1968, mais l'affaire Lip fut aussi le précurseur de bien des réactions actuelles aux décisions touchant à la vie des travailleurs à l'heure de la mondialisation et du capitalisme des marchés.

    S'appuyant sur de nombreuses sources, dont beaucoup inédites, l'auteur rend compte de tous les aspects de cette "expérience Lip" : pratiques syndicales, enjeux idéologiques, rapports complexes à l'autogestion, au concept d'entreprise ; relations du mouvement à l'État, au patronat, aux centrales syndicales nationales, aux soutiens extérieurs (intellectuels, groupes d'extrême gauche, monde de la culture) ; place des femmes et groupes féministes. Par l'ampleur du champ couvert, l'ouvrage offre le tableau détaillé d'un moment crucial de l'évolution du monde ouvrier et de sa tentative de proposer une alternative au système capitaliste.

  • L'empoisonnement est une infraction qui est apparue tardivement, bien que le poison soit depuis longtemps utilisé comme une arme criminelle redoutable. En 1682, il fait l'objet d'une réglementation spécifique qui le distingue du simple homicide et qui encadre de manière rigoureuse le commerce des substances vénéneuses. Depuis cette date, l'empoisonnement a toujours été incriminé de façon autonome dans le droit français, étant considéré comme particulièrement grave du fait de la préméditation qui l'accompagne.

    Cette nouveauté juridique soulève de nombreuses questions, d'une part, sur la constitution de l'infraction et, de l'autre, sur sa répression par les tribunaux. L'empoisonnement étant un crime secret, la question de la preuve se pose à chaque instant. Un intérêt particulier doit être accordé aux moyens mis en oeuvre pour affirmer ou infirmer la présence d'un empoisonnement criminel. Il faut se demander comment les magistrats parviennent à caractériser l'existence de cette infraction à une époque où la science n'en est qu'à ses balbutiements. L'étude des archives judiciaires permet de mettre en évidence les spécificités d'un tel crime, de comprendre la nécessité et l'apport d'une nouvelle réglementation, mais également d'analyser la procédure criminelle qui en découle et de savoir quelles sont les sanctions retenues à l'encontre des empoisonneurs.

  • Si le rêve est commun aux êtres humains voire à certains animaux, l'homme est le seul à en faire le récit, engageant une histoire, elle-même support de croyances, de savoirs et de pratiques. Entre 1500 et 1800, la définition du rêve fut âprement discutée. Elle touchait à des savoirs en profond renouvellement (en médecine et en théologie notamment), voire naissants (psychologie et anthropologie) et à des pratiques difficilement contrôlables (prophétie, oniromancie).

    Ce livre couvre une lacune historiographique, entre les travaux fondateurs de Jacques Le Goff et Jean-Claude Schmitt pour le Moyen Âge, et ceux de Jacqueline Carroy pour le XIXe siècle. Vers 1500, des humanistes exhumèrent des récits antiques de songes qui auraient auparavant relevé de la superstition, alors que ces mêmes humanistes, à l'époque des Réformes, aspirèrent à contrôler la possibilité d'une inspiration surnaturelle ; ils interrogèrent les origines (corporelles, astrales, divines ou diaboliques) du rêve. Vers 1800, le rêve renvoyait à un inconscient, à une face primitive de l'âme, mais aussi à des lois de l'association des images et à un langage symbolique. De 1500 à 1800, l'étude du songe renvoya donc à une intense interrogation sur l'être humain, mais les termes en changèrent foncièrement : le rêve subit un complexe processus de psychologisation.

    À terme, ce livre montre que C. G. Jung fut un intense lecteur de l'onirologie du XVIe au XVIIIe siècle. Elle constitue ainsi le socle d'une école psychanalytique majeure et de notre compréhension actuelle du rêve.

  • Cet ouvrage propose une réflexion sur quatre types d'étrangers installés ou de passage sur les littoraux européens et méditerranéens entre la fin du XVe siècle et le début du XIXe siècle : des marchands et des négociants installés à Bordeaux, à Nantes, à Hambourg et à Saint-Pétersbourg ; des artisans et des gens de mer qui migraient dans l'espoir de trouver un emploi qu'ils n'avaient pas obtenu dans leur pays, ou pour exercer un art original, comme les indienneurs arméniens établis à Marseille ; des populations qui se singularisaient sur des littoraux d'Europe par leur religion ou leur statut politique, comme des musulmans morts à Livourne, des colons de Saint-Domingue venus chercher refuge à Nantes et à Bordeaux à partir de 1791, et des Britanniques considérés comme des suspects dans les ports bretons pendant la guerre de Sept Ans ; des Européens installés à Tunis et à Alexandrie où la nation française formait une communauté de marchands et de résidents soucieux de défendre leurs intérêts commerciaux et juridiques.

  • Le double désastre, militaire et politique, du printemps 1940 a jeté l'opprobre sur les chefs militaires français de la IIIe République finissante. Taxés d'incurie, ils auraient été incapables de comprendre les ambitions, la stratégie et la tactique allemandes. Pourtant, comme le démontre cette étude, les chefs militaires et les états-majors généraux qui les entouraient étudièrent avec attention l'évolution de la situation internationale au cours des années 1930. Nouant des liens nombreux et étroits avec le ministère des Affaires étrangères, ils poussèrent la coopération interministérielle diplomatico-militaire à un degré jusqu'alors jamais atteint.

    À partir de 1935, conscients du défi radical que constituait l'Allemagne nazie pour l'ordre européen, ils intervinrent à de nombreuses reprises pour orienter la décision de politique étrangère dans un sens favorable à la sécurité française. L'absence d'une véritable doctrine des relations internationales au sein du haut commandement, les désaccords stratégiques entre l'Armée, la Marine et l'Armée de l'Air et la prégnance des représentations culturelles et issues de l'expérience de 1914-1918 nuisirent cependant à la justesse de leurs évaluations et à l'efficacité de leurs interventions auprès des diplomates et des décideurs politiques.

  • Porteurs des espoirs et des utopies d'une génération, les mouvements sociaux du printemps 1968 représentent une crise majeure de la France du XXe siècle. La multiplicité des interprétations, loin de garantir une meilleure compréhension de cet "événement monstre", semble avoir contribué, au contraire, à la persistance du "mystère de mai".

    Si Mai 68 se révèle comme un objet difficile à cerner dans sa complexité, son appréhension au prisme des activités physiques et sportives permet d'en circonscrire les frontières. Alors que les mouvements de jeunesse sont "frappés de plein fouet" par les tensions qui traversent les nouvelles générations, l'idée selon laquelle "le monde du sport" serait resté totalement étranger aux clivages et aux mobilisations du printemps 1968 mérite d'être interrogée.
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    Que se passe-t-il vraiment dans les fédérations sportives, les pratiques de loisirs et l'éducation physique scolaire avant le printemps 1968 ? Qu'en est-il pendant le déroulement des événements eux-mêmes ? La sphère des sports et des loisirs physiques est-elle également concernée par la postérité de mai 1968 au cours des décennies suivantes ?

    L'ambition de ce livre consiste à se saisir de l'opportunité offerte par le recul du temps pour porter un regard neuf et distancié sur la crise du printemps 1968 dans l'univers des sports et des loisirs physiques. Il réunit les contributions d'historiens, de géographes et de sociologues visant à préciser dans quelle mesure mai 1968 manifeste une rupture ou une continuité dans le monde sportif. Il entend ainsi restituer les mutations à l'oeuvre au sein de "l'espace des sports" dans toute leur épaisseur historique.

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