Syllepse

  • Si bell hooks est connue pour son engagement féministe, l'articulation de cet engagement avec les pratiques dans le domaine de l'édu- cation et de la pédagogie a été peu débattue en Europe.
    Ce livre est un recueil d'essais sur la péda- gogie de l'émancipation qui aborde non seulement l'importance du féminisme dans les salles de classe mais aussi l'articulation de la théorie et de la pratique dans la lutte fémi- niste afro-américaine.
    Hooks y parle de solidarité et d'économie politique, et de la façon dont la pédagogie des opprimés à laquelle elle a été formée par Paulo Freire peut s'appliquer à l'émancipation des Afro-américaines. Des cas particuliers y sont décrits pour souligner l'importance de l'enseignant·e dans la pratique de la liberté.
    La traduction de cet ouvrage présente un intérêt bien au-delà du monde uni- versitaire francophone. bell hooks est une enseignante-chercheuse mais son travail trouve une résonance tant dans la théorie que dans les pratiques politiques. Ainsi, Apprendre à transgresser parlera aux lecteurs·rices intéressées par le féminisme, par les pratiques éducatives et par les stratégies antiracistes. C'est d'ailleurs ce qui la distingue de beaucoup d'ouvrages féministes publiés en français : le déploiement de la théorie en pratique de l'enseignement et la transformation de la salle de classe en lieu d'émancipation.
    Les pratiques éducatives françaises et la sin- gularité des élèves dans le contexte scolaire ont été débattues en France ces deux der- nières années, et ce livre apporte un regard différent en décrivant des stratégies d'ensei- gnement dans un monde multiculturel.
    Par ailleurs, l'intérêt du public pour l'inter- sectionnalité et le féminisme antiraciste s'est développé en France. Le modèle universa- liste français étant réinterrogé et la question de l'identité plus que jamais d'actualité, l'ouvrage de hooks constitue une contribu- tion importante au débat, que ce soit dans le champ disciplinaire des sciences humaines et politiques et dans le milieu associatif fémi- niste, LGBT et antiraciste.

  • À l'opposé de l'air du temps et de la pré tendue « égalité-déjà-là », de l'illusion que des pratiques sexuelles pourraient être « naturelles » et de l'oubli des rapports de domination, Andrea Dworkin aborde le coït en l'intégrant dans les rapports de pouvoir. Elle parle de « la baise » dans un monde dominé par les hommes, une certaine forme de sexe outil et matière de la domination, l'anéantissement des femmes dans la sexualité masculine, l'inégalité sexualisée des unes et des autres.
    L'auteure ne s'adresse pas à un auditoire timoré, passif ou avide de textes consensuels. Le Coït dans un monde d'hommes ( Intercourse en anglais) est un livre violent qui explore le monde sexué de la domination et de la soumission. « Il procède en cercles descen- dants plutôt qu'en ligne droite. Comme dans un tour- billon, chaque spire plonge plus profondément dans ce monde » (Andrea Dworkin).
    Les titres des neuf chapitres ouvrent sur des analyses subversives, dérangeantes : « Répugnance », « À vif », « Stigma », « Communion », « Possession », « Virginité », « Occupation et collaboration », « Pouvoir, statut et haine », « La loi », « Saleté et mort ».
    En 1988, le poète et chanteur canadien Leonard Cohen saluait sa lecture d'Andrea Dworkin en ces termes:
    « La gamme complète des arguments exposés dans ce livre est assez radicale, complexe et magnifique.
    Intercourse est le premier livre que j'ai lu par un au- teur, masculin ou féminin, qui affiche une défiance qui soit profondément subversive au sens sacré - ex- traterrestre. Elle dit que notre monde est entaché par des préjugés humains, que les hommes et les femmes ont des idées erronées - même si ces idées ont dix millions d'années et qu'elles viennent de la bouche de dieu, elles demeurent erronées ! La position qu'elle adopte dans ce livre est si provocante et passionnante qu'elle crée une autre réalité et pourrait arriver à l'actualiser. Dans la situation actuelle, c'est ce genre d'attitude qui crée de nouveaux mondes - j'ai une profonde admiration pour Andrea Dworkin ».
    Andrea Dworkin n'euphémise pas la réalité. Cela ne signifie cependant pas qu'elle exagère. Son travail, écrit-elle, nous entraîne dans les profondeurs de la vie sociale, « aussi étrange, amère ou salissante que soit la plongée ».
    Lire cette immense écrivaine féministe, c'est trou- ver autre chose que ce que l'on pense savoir déjà.
    Enfin, comme le rappelle Christine Delphy, la di- rectrice de la collection « Nouvelles questions fémi- nistes », dans sa préface au recueil de l'auteure, Sou- venez-vous, résistez, ne cédez pas, précédemment publié (Syllepse/Remue-Ménage, 2017) chez les mêmes édi- teurs, « pour défendre sa dignité, il faut d'abord en avoir une ».

  • Le constat est implacable : le partage des tâches domes- tiques n'existe pas.
    Il ne s'agit pas, nous disent Christine Delphy et Diana Leonard, du seul produit d'une mauvaise volonté des hommes qui profitent de ce travail gratuit, mais plus fon- damentalement d'un système d'exploitation et d'oppression qui dépasse les relations affectives que peuvent entretenir les individus concernés : le patriarcat, et dans le patriarcat, le mariage, y compris le concubinage et le pacsage.
    Celui-ci s'incarne concrètement dans une exploitation domestique - qui ne s'applique pas seulement au travail dit « ménager » - dont les autrices s'attachent à dévoiler les mécanismes dans cet ouvrage où la lectrice ou le lecteur ne manqueront pas de reconnaître leurs propres moments de vie quotidienne.
    Les autrices proposent ici une nouvelle approche radi- cale de la subordination des femmes dans les sociétés oc- cidentales focalisée sur la famille, en tant que système éco- nomique. Elles révèlent que celle-ci constitue en réalité un système de rapports de production dont les hommes sont les artisans - politiques, juristes et autres gouvernants - et les bénéficiaires - tous les autres. Ce sont la structure hié- rarchique et les rapports de production entre les membres de la famille qui sont ici mis à jour. Pour les autrices, la subordination des femmes constitue un cas particulier d'ex- ploitation économique qui ne réduit pas au capitalisme do- minant dans nos sociétés. Exploitation domestique et ex- ploitation capitaliste ne peuvent se confondre même si l'un et l'autre doivent être renversés.
    Ouvrage de référence du féminisme matérialiste, L'Exploitation domestique est publié ici pour la première fois en français.

  • - Être une femme, c'est avant tout être sujet à l'oppression - « La boîte à outils de Delphy vient déboulonner le mythe de la naturalité » (nonfiction.fr) « Précis et rigoureux [.], les articles de Delphy témoignent d'une pensée qui, à chaque ligne, essaye de réfléchir à contre-courant, de s'opposer aux évidences qui empêchent les opprimés de s'apercevoir du poids qui pèse sur leurs épaules et qui, parfois, les pousse même à apprécier leur propre oppression. Bref, autant d'invitations à penser autrement » (Rue 89).

  • - « Les femmes n'ont pas tort du tout quand elles refusent les règles de vie qui sont introduites au monde, d'autant que ce sont les hommes qui les ont faites sans elles », Montaigne - « Je n'ai jamais réussi à définir le féminisme. Tout ce que je sais, c'est que les gens me traitent de féministe chaque fois que mon comportement ne permet plus de me confondre avec un paillasson », Rebecca West « J'étudie l'oppression des femmes. Mais l'oppression des femmes est spécifique non pas parce que les femmes seraient spécifiques, mais parce que c'est un type d'oppression unique. »

  • Une extraordinaire écrivaine féministe. Des textes poignants, la colère face aux meurtres, aux viols, à la pornographie, à l'anéantissement des femmes dans la sexualité masculine.
    La première partie est composée de deux textes à orientation biographique. Dans la seconde, l'auteure aborde, entre autres, le travail de l'écriture, New York, le féminisme radical, Kate Millett, la pornographie, la misogynie, la critique du déterminisme biologique, le judaïsme, le pouvoir des hommes, le viol, la fétichi- sation des corps, les actes et la violence sexuelle, la colère de la survivante... La troisième partie de l'ou- vrage est consacrée à la « fierté lesbienne », à la nuit et aux dangers, aux actions « Reprendre la nuit », au racisme et au masculinisme, aux assassinats de femmes comme politique sexuelle, à la résistance face à la ter- reur et la torture, à la prostitution...
    Les livres d'Andrea Dworkin, dont ce recueil offre une palette, restent d'actualité en ces temps de remise en cause des droits des femmes au nom de « tradi- tions » ou du fantasme de l'égalité-déjà-là : « Souve- nez-vous-en, mes soeurs, durant les temps obscurs qui s'annoncent. » Son style, très novateur, mêle la radicalité des ana- lyses féministes et la beauté de la langue : « J'ai utilisé l'écriture pour emmener le langage là où était la souf- france des femmes - et leur peur - et j'ai continué mes fouilles à la recherche de mots capables de porter le fardeau de dire l'indicible ».
    L'intransigeance face aux violences contre les femmes et l'onde puissante des mots. Il ne s'agit donc ici ni d'analyses universitaires ni d'indignations désin- carnées, mais bien d'une voix littéraire, nouvelle et forte, qui bouleverse notre compréhension de la do- mination masculine.

  • Les femmes noires en France doivent être sauvées de leur famille, de leur communauté (pères, frères, cousins). Ce sauvetage est proposé gracieusement par l'État au travers de l'école républicaine, appuyée par des allié·es de choix (médias, monde de la culture, associations, intellectuel·les).
    Mwasi est un collectif de femmes qui ne veulent pas être « sauvées » par qui que ce soit et qui prend la parole. Les autrices, des femmes noires et afro-descendantes, désignent l'État français, le « féminisme » blanc dominant, le racisme d'État comme des ennemis politiques.
    Ce livre est un instantané de ce qu'est le collectif Mwasi et de ce qu'il veut :
    « Notre seule préoccupation est d'être à la hauteur des idées, des pratiques et de l'héritage qui sont les nôtres :
    Les combats contre la négrophobie, l'impérialisme, l'hétéro-patriarcat et le capitalisme.
    Nous avons choisi l'afroféminisme pour traduire politiquement nos révoltes en tant que femmes noires ;
    Révoltes que nous voulons transformer en révolution pour un changement radical de système. Un système de justice sociale pour tou·tes, sans racisme, débarrassé de la domination masculine et du capitalisme.
    Nous faisons le choix de la lutte collective, de l'organisation politique autonome et de la libération comme horizon.
    Nous voulons que notre lutte soit comprise, reprise et interrogée par les Afro-descendant·es de France et les générations de militant·es noir·es qui nous suivront.
    Que ceci soit pris comme notre contribution afroféministe à la libération noire et panafricaine. »

  • - Un manifeste contre la restauration de la virilité - Un livre insurrection qui traduit les idées féministes radicales en une vision du monde et une identité morale que peuvent revendiquer et incarner sans fausse honte les personnes nées avec un pénis

  • - Comment en finir avec cette exploitation radicale qu'est le travail domestique des femmes ?
    - Pourquoi et comment 15 % du PIB sont fournis gratuitement par les femmes au profit des hommes ?
    Selon l'Insee, 15 % du PIB valorisés à 292 milliards d'euros, ou encore 60 milliards d'heures travaillées, ont été, en France, fournis gratuitement. Le nom de cette activité ?
    Le travail domestique assigné à une partie particulière de la population : les femmes.

  • Ce livre s'adresse à un large public, celui qui a suivi l'« affaire DSK ».
    Son sujet n'est pas l'affaire judiciaire (qui ne fait que commencer). Il ne traite pas non plus des agressions sexuelles. Son sujet est le sexisme comme idéologie rationalisant les atteintes aux droits des femmes.
    Il analyse les réactions à l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York le 14 mai 2011, puis à son inculpation. Ces réactions, qui ont été majoritairement celles de ses amis politiques, révèlent en fait l'attitude de la majorité des hommes politiques et journalistes français. Ceux-ci ont commencé par déclarer qu'il ne pouvait en aucun cas être coupable des faits qui lui sont reprochés, parce qu'il en serait incapable. Ils ont exprimé une incrédulité totale quant à la possibilité même du crime et ont comparé la situation faite à DSK à un véritable calvaire.
    La possibilité même du crime a été déniée : soit parce que l'accusation du procureur était fausse - ce qui revenait à dire que la femme de chambre qui l'avait dénoncé mentait -, soit parce qu'aux USA on confond sexualité et crime.
    Son inculpation a été présentée comme l'effet du puritanisme qui refuse tout ce qui est sexuel. La contrainte impliquée par le viol a été niée, euphémisée ou minimisée. Politiques et journalistes ont fait passer le caractère sexuel des faits reprochés à DSK dans la case de la « vie privée », qui ne regarde pas la justice, des « moeurs » et des choix personnels qui ne regardent pas la loi.
    Les féministes auteures de ce livre mettent en cause ces propos qui assimilent le viol à la vie privée, au libertinage, à la liberté sexuelle. Elles affirment que la présomption de véracité de la victime « présumée » doit être tout autant préservée que la « présomption d'innocence » du suspect.
    Que le viol existe, et que le consentement des deux parties n'est pas un ornement dont on peut se passer, une cerise sur le gâteau, mais la ligne de partage entre un acte licite et un acte criminel.
    Enfin, les auteures se demandent si ces propos ne révèlent pas un refus, de la part de la société française, de la loi française, pour laquelle cette ligne de partage est aussi fondamentale que pour la loi états-unienne.

  • Un tabouret et mille femmes sont pris en photo.
    Eh oui, en français, le masculin l'emporte sur le féminin même lorsque des humaines côtoient des ob- jets !
    Cette logique tordue n'est pas intrinsèque à la langue française. Elle est le fruit d'une lutte menée aux 17 e et 18 e siècles contre le féminin - et contre les femmes - par les « autorités » linguistiques.
    En effet, dans le passé, on accordait une phrase selon le genre du mot le plus proche (accord de proxi- mité). Ainsi, des hommes et des femmes pouvaient se montrer généreuses.
    Ce n'est plus le cas aujourd'hui puisque le mascu- lin, en tout temps, doit l'emporter. Le masculin a été décrété générique comme dans l'expression « droits de l'homme », caractéristique attribuée à la construction d'une langue, alors qu'en réalité l'usage en a été déli- bérément masculinisé.
    Des mots comme autrice, professeuse, philosophesse et capitainesse ont été relégués aux oubliettes, car les femmes n'étaient pas aptes à exercer de telles fonc- tions, seuls les hommes le pouvaient, prétendait-on.
    On a donc décrété que ces mots devaient dispa- raître, effaçant ainsi de notre histoire les femmes qui osaient penser, créer et agir.
    Depuis, on ne cesse d'inventer de nouveaux mots féminins, comme auteure et professeure, pour décrire la réalité telle qu'elle est au grand dam des cerbères des académies de la langue qui résistent à la féminisation de toutes leurs forces en déclin.
    Comment écrire et parler de façon non sexiste ?
    Michaël Lessard et Suzanne Zaccour proposent diffé- rentes façons de le faire, évaluant les avantages et les inconvénients de chacune d'elles.
    Leur livre n'impose pas de règles grammaticales. En fait, il est une invitation à apprendre, à désap prendre, à critiquer, à discuter et à oser se lancer à la recherche de la langue des femmes.
    C'est en cela que c'est un véritable manuel propo- sant à ce titre des exercices, des entraînements et des corrections (voir les bonnes feuilles).
    Les lecteurs et les lectrices, les enseignant-es, celles et ceux qui rédigent textes et articles y trouveront matière à réfléchir à notre langue pour l'adapter aux évolutions sociales et à la nécessaire construction de l'égalité entre les femmes et les hommes, y compris dans les formes d'expression langagières.

  • A l'heure où un projet de loi est discuté au Parlement français, ce livre souligne que «vouloir inverser la charge pénale en libérant les personnes prostituées des poursuites pour les transférer sur les véritables auteurs de la violence prostitutionnelle, les clients prostitueurs, c'est ébranler l'un des piliers les plus résistants du pouvoir masculin». En Suède, en Norvège et en Islande, les féministes ont réussi à faire adopter des lois pénalisant l'achat de services sexuels et le proxénétisme tout en décriminalisant l'activité des personnes prostituées.
    Le modèle nordique reconnaît que ceux qui payent pour du sexe - les prostitueurs - sont responsables de l'existence de ce qui est devenu une véritable industrie mondialisée : la vente de services sexuels. Les auteures dévoilent le rôle et la fonction du lobby favorable à la prostitution d'autrui et déconstruisent la légende selon laquelle le «modèle nordique» porterait préjudice aux personnes prostituées.
    Publiée en norvégien en 2010, puis traduit en anglais en 2011, ce livre décrit le processus politique qui a précédé et fait suite à la promulgation de la loi de 1999 interdisant l'achat de services sexuels. Les auteures analysent les luttes contre la pornographie et la prostitution, en exposant les discussions au sein du mouvement féministe sur l'«oppression sexualisée». Suède, Norvège, puis Islande et Danemark. Les auteures présentent les caractéristiques des mouvements féministes dans les pays nordiques, les différentes analyses sur la prostitution, les services de soutien aux prostituées et tirent un premier bilan des réformes engagées.
    Une large place est donnée à la parole des survivantes de la prostitution.

  • Tout le monde le sait, les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus.
    Plus personne n'ignore que le cerveau des femmes, à jamais marqué par le cadre restreint de la grotte et de leur progéniture, les rend incapables de lire des cartes routières tandis que celui des hommes, programmé pour les chasses silencieuses sur de grands espaces les limite dans les échanges verbaux avec leur compagne.
    Ces théories, plus proches du charlatanisme et d'une interprétation abusive d'études neuro-anatomiques sont à la pointe de la mode.
    Pléthore d'ouvrages « psy » grand public s'inspirent ainsi de la psychologie évolutionniste pour oeuvrer à la restauration d'un dialogue entre les sexes et prôner qu'une bonne communication dans le couple n'est possible que si hommes et femmes acceptent l'évidence de différences immuables et naturelles entre les sexes.
    Au-delà du projet de clore une soi-disant guerre des sexes, quelle est la face « cachée » des discours de ces nouveaux bonimenteurs ?
    A quel dessein nouveau correspond cette vulgate psychologique qui tente une fois de plus de légitimer par la science des différences socialement construites entre les hommes et les femmes ?
    Ces doctrines évolutionnistes qui mythifient la préhistoire et instrumentalisent tests cognitifs et techniques de l'imagerie cérébrale, poursuivent un sempiternel objectif : trouver une trace matérielle des différences naturelles entre hommes et femmes et par là, faire l'impasse sur la persistance et la prégnance des inégalités sociales.

  • Les études qui constituent les chapitres de cet ouvrage s'inscrivent dans un double cadre. D'une part, elles analysent d'un point de vue historique les rapports entre le genre, la classe et la nation, en dialogue avec l'historiographie existante. D'autre part, elles puisent le matériau empirique nécessaire à cette analyse dans un cadre historique, la société grecque des 19e et 20e siècles, fort peu connu hors de ses propres frontières et rarement pris en compte dans les diverses synthèses d'histoire européenne. Ce sont des études qui font partie simultanément de l'histoire des femmes et du genre et de l'historiographie grecque. Leur contenu se situe à la croisée de plusieurs champs de recherche historique : la famille, le travail, la citoyenneté, l'identité nationale. L'histoire constitue à partir des années 1980 un chantier privilégié pour l'élaboration du concept de genre. Son emploi a modifié la façon dont nous pensons la classe et la nation dans des contextes historiques variés. Or, si les études historiques sur l'appartenance et les rapports de classe ou sur la formation de l'identité nationale se multiplient, qui démontrent comment le genre différencie les perceptions, les représentations et les actions des acteurs historiques, elles concernent toujours un nombre limité de cas dans le temps et dans l'espace. En se concentrant sur le cas de la Grèce tout en le plaçant dans un contexte historique plus large, le présent ouvrage conteste la base factuelle sur laquelle repose le paradigme dominant de l'histoire des femmes et du genre, et plus particulièrement celui qui se réfère à l'« Europe ».

  • Christine Delphy nous propose avec ce recueil des " interventions " qui s'inscrivent dans le déroulement de la politique du mouvement féministe en France. L'actualité des questions qui se posent au mouvement féministe et de celles que ce mouvement pose à la société, année après année, constitue la ligne de force des " interventions " publiées ici. Ces textes sont pour beaucoup des éditoriaux que l'auteure, rédactrice en chef de la revue Nouvelles Questions féministes, a rédigés au cours des mois et des années. D'autres sont des entretiens qu'elle a donnés à diverses revues ; ou encore des chroniques proposées à l'hebdomadaire Politis. Constater, avec un recul de trente ans, la permanence de certaines questions, ou l'émergence de thèmes qui s'affirment de plus en plus au cours des années, comme celui de l'identité nationale, a donné à Christine Delphy l'idée de constituer ce recueil. En somme, il doit son unité à une permanence, la surdité entêtée de l'establishment aux revendications des femmes, et à une " nouveauté ", le refus du même establishment d'entendre la revendication d'autres exclues, les " issues de l'immigration ".

  • - Rendre audible la parole occultée des personnes prostituées - Rendre visible la violence du système prostitutionnel Proposition de loi au Parlement visant à décriminaliser les personnes prostituées et à pénaliser les clients, rétablissement par le Sénat du délit de racolage, affaire du Carlton, proxénétisme. Quelles sont les réalités sociales derrière les images chocs et les présentations glamour ? Qu'en est-il du détournement du slogan féministe « Notre corps nous appartient » dans l'oubli de « Notre corps n'est pas une marchandise » ?

  • Le Deuxième sexe était, de ses livres, celui auquel Simone de Beauvoir tenait le plus.
    Il a marqué plusieurs générations de femmes - et d'hommes - dans le monde entier. S'il demeure toujours lu, il est paradoxalement fort peu étudié en France, au contraire des Etats-Unis et du nord de l'Europe où les études beauvoiriennes fleurissent. En 1999, le colloque " Cinquantenaire du Deuxième sexe " a réuni pendant 5 jours de travaux à Paris des philosophes, des historien-nes, des linguistes, des littéraires, des chercheur-es venu-es de tous les continents.
    Près de mille personnes ont assisté à la session finale dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Avec 130 communications réparties en 10 séances plénières et 19 ateliers, ce fut le plus grand événement jamais organisé autour de Simone de Beauvoir en France. Placé sous le haut patronage de l'Unesco, ce colloque a été largement remarqué dans la grande presse, tant nationale qu'internationale. Le présent ouvrage, qui en est issu, rassemble plus de 60 articles signés par les meilleur-es spécialistes qui évaluent la contribution historique de la " Bible " du féminisme dans chaque domaine du savoir, et explorent les multiples facettes d'un ouvrage qui continue, cinq décennies après son élaboration, à fasciner ses lectrices et lecteurs.
    Ainsi la philosophie beauvoirienne, loin de n'être qu'une application de l'existentialisme sartrien, est considérablement réévaluée. Les enjeux féministes, passés ou présents, ici ou ailleurs, sont débattus avec passion. Les études sur les réceptions et les traductions, dans des contextes nationaux très différents, éclairent l'itinéraire de cette oeuvre décidément exceptionnelle. Les nouvelles générations lui posent de nouvelles questions : quelle meilleure preuve de son rayonnement dans le siècle qui commence ?

  • En 1994, le Rwanda devient tristement célèbre à cause d'un génocide d'une intensité inouïe qui fauche près d'un million de vies en cent jours, sur une population estimée à 7 ou 8

  • En 1994, le Rwanda devient tristement célèbre à cause d'un génocide d'une intensité inouïe qui fauche près d'un million de vies en cent jours, sur une population estimée à 7 ou 8

  • Qui est " l'ennemi principal "? Pour la féministe matérialiste qu'est Christine Delphy, il ne s'identifie ni à l'Homme - avec une majuscule -, ni aux hommes en général. Ce n'est en effet ni une essence ni un groupe naturel : c'est un système. Or ce n'est pas non plus, ou plutôt pas principalement, pour cette théoricienne qui s'inspire de Marx mais dans un parfait esprit d'hétérodoxie, le système capitaliste. L'Ennemi principal, c'est ce qu'elle a choisi d'appeler le patriarcat : à savoir un système autonome d'exploitation et de domination. Elle a entrepris depuis plus de vingt ans d'en constituer la théorie, très exactement l'économie politique du patriarcat. " L'Ennemi principal ", c'est aussi le titre de l'article de Christine Delphy qui, publié en 1970, la première année du Mouvement de libération des femmes, marque le début d'une révolution dans la réflexion féministe. Delphy introduit l'idée totalement nouvelle du patriarcat défini comme structure sociale hiérarchique et inégalitaire, en refusant toute explication de la subordination des femmes en termes idéalistes - que ce soit sur des bases biologiques, naturalistes ou essentialistes, ou bien encore fondées sur l'idéologie ou le " discours ". Que ce féminisme soit un matérialisme signifie que ce sont les pratiques sociales matérielles qui rendent compte de la domination patriarcale sur les femmes. Traduits en anglais, en italien, en espagnol, en allemand, en grec ainsi qu'en turc et en japonais, les textes de ce recueil sont désormais accessibles dans leur ensemble au public français.

  • "J'étudie l'oppression des femmes. Mais l'oppression des femmes est spécifique non pas parce que les femmes seraient spécifiques, mais parce que c'est un type d'oppression unique", Christine Delphy. Après Economie politique du patriarcat, Penser le genre constitue le tome 2 ; de L'Ennemi principal. L'auteure nous présente la suite de son analyse matérialiste de la société, une analyse en termes de rapports sociaux et donc politiques, fondamentale pour la compréhension de toutes les oppressions, fondamentale à tout projet d'émancipation. "Voici un travail qui rompt avec le lyrisme, la religiosité, les proclamations à propos de la "différence des sexes" auxquels on est habitué depuis quelques années. Avec Christine Delphy, qui, dans sa méthode de sociologue, privilégie "la lenteur et la précaution", on n'est pas sommé de prendre position avant d'avoir observé, enquêté, étudié. Dans sa préface, "Critique de la raison naturelle", à elle seule un court essai problématisant l'ensemble du livre - composé d'interventions (entretien, études) sur des questions spécifiques -, elle s'attache à "faire entendre des propos logiques", ce qui est moins facile qu'on ne l'imagine. Elle sait renverser les perspectives, contredire ce que l'on tient pour des évidences, cherchant à substituer une démarche scientifique aux discours quasi mystiques qu'on entend généralement sur ce sujet. Et constamment, elle demande à son lecteur d'essayer de penser au lieu d'être dans une passive empathie et d'adhérer". Autant dire qu'elle a du courage et qu'elle prend des risques en un temps où, comme elle le relève, tout se passe comme si la différence des sexes était ce qui donne sens au monde"",Josyane Savigneau.

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