Sciences humaines & sociales

  • Depuis Platon, la philosophie est une affaire de mecs en mal de muscles, et pour lesquels le concept est un substitut au zguègue. Par bonheur, l'histoire de cette discipline est truffée de gonzesses qui n'eurent pas froid aux yeux et montèrent à l'assaut de l'Olympe phallocratique de la pensée. De furieuses gisquettes s'ingénièrent à débusquer la supercherie sexiste et à voler l'héritage aux hommes, d'autres s'appliquèrent joyeusement à le démolir. D'autres encore se mirent à philosopher par-delà femme et mâle, dans un pétaradant carambolage de concepts transgenres. C'est de tous ces phénomènes oubliés qu'on va causer, en dressant les portraits de ces mauvaises filles, goudous, travelos, couires, petits pédés et grandes folles qui s'amusèrent au chamboul'-tout, bousculant la respectabilité de la vieille dame philosophie pour la convertir en meneuse de revue d'un cabaret conceptuel d'un nouveau genre.

  • La peau et les os : c'est ce qui reste à Georges Hyvernaud en 1945, quand il rentre d'Allemagne après cinq ans de captivité. Une version nue de l'humanité où, pour échapper à la folie, on doit entre autres faire semblant, n'être plus qu'un semblant de vivant, une machine à pelleter les morts et surtout à ne pas penser. Publié en 1949 aux Éditions du Scorpion, c'est le récit acéré des souvenirs de la maison des morts-vivants mis à nus dans un camp de détention. Malheureusement un chef-d'oeuvre, que ce procès de la barbarie moderne. Ceci n'est pas vraiment un roman.

  • 33 leçons de philo où les philosophes sont révélés sous leur vrai jour : des mauvais garçons, en butte à l'autorité religieuse, politique de leur temps, en bagarre constante contre la bêtise, parfois en fricotant furieusement avec les limites de la légalité. 33 cours théoriques pour dépoussiérer la philosophie suivis d'exercices pratiques et métaphysiques cocasses, surprenants et/ou cochonesques. 33 leçons pour rendre à la philosophie, aujourd'hui si populaire mais si inoffensive, son maquis et sa bonne odeur de poudre, de fer chauffé à blanc, et de vin rouge.

  • Prague, aujourd'hui, sur les traces de Jan Palach, étudiant tchèque qui en janvier 1969 avait donné sa vie en s'immolant par le feu, pour protester contre la fin du Printemps de Prague et l'invasion de son pays par les forces du pacte de Varsovie. Choquant et désespéré, cet acte avait secoué la population, déstabilisé le gouvernement en place, et eu des répercussions dans l'ensemble du monde occidental, jusqu'en France où les journaux de l'époque lui consacrèrent leur une et Raymond Depardon un court-métrage documentaire.
    Voici enfin la découverte de ce héros libertaire dont le destin a marqué un pays et trouve encore son écho aujourd'hui.

  • Du 8 octobre au 3 décembre 1956, semaine après semaine, l'hebdomadaire Qui ? Détective publie La vie secrète des clochards de Paris, neuf articles signés Robert Giraud, envoyé spécial au royaume de la cloche. Cette exploration de la Ville lumière côté ombre est aussi une chronique du petit peuple des rues, un hommage à ceux qui paient d'une incommensurable misère une liberté toute relative. Quand paraît cette pittoresque enquête - ainsi est-elle présentée au lecteur, son livre -, Le vin des rues, publié il y a tout juste un an, lui confère une réputation, pourtant non revendiquée, d'expert ès gens bizarres : tatoués, putes, clochards, mais aussi mythomanes, illuminés et excentriques. Ce sont les derniers représentants d'un Paris véritablement insolite. À la manière de leurs lointains ancêtres de la légendaire cour des Miracles. Est-il utile de le préciser, Bob travaille dans la finesse. Il ne s'intéresse pas au tout-venant. Non pas qu'il soit snob, mais il aime le particulier, l'histoire singulière dont il pourra régaler les copains. C'est son moteur, cette quête d'insolite, de fantastique social.

  • Ou du malheur d'être blond aux yeux verts quand on est juif pratiquant habitant le Marais. Une farce iconoclaste.

  • Trois mois payés

    Marcel Astruc

    Alors que les répercussions de la crise de 29 ravagent la France, Marcel Astruc suit pas à pas les errances à travers Paris d'un garçon de bureau mis au chômage avec trois mois de salaire en poche. Petit pactole qui leste encore une vie désormais nette d'attache. Sans être mis à la rue, notre gagne-petit y passe pourtant ses heures et ses jours. Quêtant la bonne aventure avec des minois de passage, flairant la grosse affaire avec des malins sans lendemain, s'embarquant dans des plans maritaux qui prennent l'eau en un rien, notre « homme sans qualités », bien plus qu'en quête d'un boulot, est en veine de réalité. Sentant le réel le fuir, le monde lui échapper, il se frotte aux métiers qui tachent, terrassier, plombier, s'offre aux spectacles qui cognent, accidents, ou hasard qui grise, la Bourse. En vain : il ne se sent plus guère quelqu'un dans un monde qui le tolère de plus en plus vaguement. Tel quel, le portrait sans fard et sans fond d'un abonné absent. Stylo-caméra, déjà.

  • Voilà un pays, l'U.R.S.S., qui s'en va à vau-l'eau. Et tout le monde de se féliciter de cette chute, en oubliant au passage que le communisme fut, selon Paucard, une ultime tentative religieuse, sacralisante, pour sauvegarder les habitudes par la sainte terreur que doit inspirer une liturgie impitoyable. Staline avait compris qu'en fait de politique, une fiction égalitaire ne peut survivre qu'en appliquant son programme à l'envers. La promotion généralisée des innocents en coupables, voilà ce que fut la réalité théâtrale du stalinisme. Alain Paucard s'attaque dans cette Supplique, écrite en février 1991, à un lieu commun des plus tenaces : la supériorité indiscutable de la démocratie sur la dictature. Mais il le fait, bien sûr, pour des raisons esthétiques.

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