• Les hommes et la poussière

    Elio Vittorini

    • Nous
    • 21 Novembre 2018

    Les hommes et la poussière regroupe l'intégralité des nouvelles d'Elio Vittorini des années 1930 et 1940 - toutes inédites en langue française - écrites au moment où Vittorini est au plus fort de son activité et de son rayonnement, et publie ses oeuvres les plus importantes. Ce livre nous font découvrir un autre Vittorini, non plus le romancier mais l'auteur de nouvelles brèves et énigmatiques, à l'écriture essentielle et d'une musicalité rare.
    Ce volume commence au début des années trente, où l'on voit Vittorini expérimenter diverses directions, dans un style plutôt classique et légèrement influencé par le surréalisme, dévoilant son intérêt particulier pour l'enfance, et nous amène jusqu'à la recherche d'un langage beaucoup plus « moderniste ». Son aboutissement est le petit recueil de « nouvelles » mis en avant dans la première partie du livre. Ces récits, écrits en concomitance ou immédiatement après Conversation en Sicile, témoignent de la même mise au point d'un langage symbolique et prophétique capable d'évoquer chez le lecteur la présence d'une communauté humaine manquante et désirée. Ce geste consistait à « dire sans déclarer », et Vittorini l'avait du reste lui-même imaginé pour soustraire ses textes à la censure. Mais dans ces nouvelles du début des années quarante, naissent aussi les motifs du désert qui figure la solitude humaine engendrée par le fascisme sous toutes ses formes, de la radio qui relie les hommes aux « villes du monde », ou encore de la « bête » qui signifie la peur et son envers - le désir d'action, de transformation. On y voit se forger les images d'une « autobiographie en temps de guerre » et la trame d'une catastrophe amoureuse. Mais le symbole politique qui traverse les années quarante est celui de la ville, qui rassemble chez Vittorini les motifs d'un mythe moderne et d'une recherche d'universalité. Les « villes du monde » (expression qui donnera son titre au futur grand roman inachevé de Vittorini) sont au début des années quarante cet espace utopique que quelques personnages rêvent de loin, pour devenir dans l'après-guerre l'emblème d'un espace politique à construire. Bien que Vittorini n'abandonne pas tout symbolisme, c'est une autre écriture que l'on voit ici, qui nous rappelle aussi qu'il fut l'un des initiateurs du néoréalisme italien. En filigrane, c'est aussi une histoire politique de l'Italie du 20e siècle et de ses intellectuels, dont Vittorini est un exemple à la fois exceptionnel et exemplaire, qui apparaît dans ce volume.

  • je pourrais découvrir comment il y a, dans les plus délicats rapports entre les hommes, une continuelle pratique de fascisme, où celui qui impose croit seulement aimer et celui qui subit croit, en subissant, faire tout juste le minimum, pour ne pas offenser.
    je pourrais peut-être montrer comment il y a, dans cela, la plus subtile, mais aussi la plus cruelle, des tyrannies, et la plus inextricable des servitudes ; lesquelles, toutes les deux, tant qu'on les admettra, pousseront à admettre toutes les autres tyrannies et toutes les autres servitudes des hommes pris séparément, des classes et des peuples entre eux. " uomini e no, le titre italien de ce roman, signifie que nous, les hommes, pouvons aussi être des " non-hommes ".
    il vise à rappeler qu'il y a, en l'homme, de nombreuses possibilités inhumaines. récit de résistance où les communistes s'opposent aux nazis et aux fascistes, les hommes et les autres est à la fois un roman engagé et un texte expérimental et poétique. il pose la question de l'humaine inhumanité et de la barbarie, mais aussi et surtout celle, incertaine, de l'engagement littéraire.

  • Sardaigne comme enfance

    Elio Vittorini

    • Nous
    • 17 Janvier 2012

    Un voyage peut n'être qu'un vice.
    Il peut n'être qu'une évasion.
    Alors que l'invitation que j'adresse à mon lecteur vise aussi à une expérience intérieure. Sardaigne comme enfance, tel est le titre italien et son refrain. Ce qui revient à rappeler que nous ne sommes pas nés pour rester enfants. On en sent l'odeur dans l'air : l'odeur du soleil. C'est du feu pur, privé de toute l'âcreté du combustible. Et de pierre sèche. Mais de bruyère aussi.
    Et de peaux de serpents. Odeur de Sardaigne...

  • Au XIXe siècle, un brigantin, le Saint-Martin, véritable embarcation de toute la lie de la terre - les pires pirates, les pires rustres sardes ou maures, les pires voleurs ou violeurs inféodés au Diable - traîne, ravage et se bagarre le long des côtes toscanes.
    Un beau jour ; ce brigantin croise une barque misérable à bord de laquelle, un prêtre se bat pour survivre. Le capitaine du Saint Martin, Fregoso le Génois accueille à bord ce prêtre, tout d'abord pour gagner quelques pièces, puis pour expier tous les péchés du brigantin : La vraie nature du prêtre est alors révélée. Il s'agit du Pape Pompilio qui fuit Rome, son lucre, son luxe, sa débauche loin de toute foi chrétienne.
    /> L'accueil est triomphal : le pape en protecteur du brigantin voilà qui est bon pour la réputation et les affaires. Las, bien vite, sous l'impulsion d'une gitane, Annunciatella, l'équipage finit par croire que le Pontife a le mauvais oeil et tout dégénère lorsque le Pape Pompilio décide de célébrer Noël avec tout le faste de Rome. Roman de jeunesse, picaresque et genèse d'une oeuvre, Le Brigantin du Pape est un inédit d'Elio Vittorini, et n'avait jamais été publié en français.

  • Vividly capturing the heat, sounds and smells of southern Italy, Conversations in Sicily astounds with its modernity, lyricism and originality. Driven by a sense of total disconnection, the narrator embarks on a journey from northern Italy to Sicily, the home he has not seen in some fifteen years. Through the conversations of the islanders and a reunion with his mother, he gradually begins to feel reconnected. But to what kind of world? Written during Mussolini's time in power, Conversations in Sicily is one of the great novels of anti-fascism.

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