• Voyageurs, ils devinrent écrivains. Écrivains, ils se firent voyageurs.
    Les uns - Loti, Conrad, Segalen, Bouvier - partent au bout du monde pour courir les rêves nés de leurs lectures d'enfance ; les autres - Kipling, London, Kessel ou Chatwin - prennent la route pour nourrir leurs pages blanches. Les arpenteurs d'océans - Slocum, Kavvadias ou Moitessier -, de déserts - Thesiger - et de cimes enneigées - Alexandra David-Néel - font leurs les propos de Stevenson : "Je ne voyage pas pour aller quelque part, mais pour voyager. Je voyage pour le plaisir du voyage." Quant aux plumitifs en herbe - Cendrars, Simenon ou Gary -, ils proclament, à l'instar de Kerouac : "Écrire est mon boulot... Alors il faut que je bouge!".
    Tous - sans se préoccuper de savoir s'ils sont voyageurs avant d'être écrivains, ou l'inverse - entendent dire le monde, transmettre leur passion pour la littérature d'aventure, et inciter leurs lecteurs à boucler leur sac pour emprunter leurs pas.

  • Ils se sont révoltés contre toutes les formes d'injustices, contre le monopole des grandes puissances maritimes, contre l'avènement du monde industriel, ils étaient nostalgiques des grands espaces vierges. Plutôt que de perdre leur liberté, ils ont préféré se diriger vers une mort certaine, anticipant avec sang-froid une issue inéluctable.
    Pour Mandrin, Olivier Misson - le pirate philosophe -, Calamity Jane, Marius Jacob... et tant d'autres assoiffés de liberté, la quête d'un monde meilleur tourne à l'obsession et devient leur ultime convoitise.
    Une justice arbitraire, l'enrichissement éhonté d'une minorité, l'oppression des plus pauvres font de ces hommes d'honneur écorchés vifs des hors-la-loi redoutés. Leur soif d'idéal appelle le sacrifice et se paie au prix fort : la roue, le peloton d'exécution ou l'acharnement aveugle des forces de police. Le vol, la cavale, la solitude marquent la destinée hors-normes de ces affranchis.
    Et si la plupart des faits d'armes de ces aventuriers sont connus de tous, leur véritable révolte est trop souvent passée sous silence. D'abord considérés comme de redoutables malfrats, ces hommes hors des lois exercent sur chacun d'entre nous une obscure fascination. Difficile de ne pas partager en secret leur soif de rébellion.

  • Cela se passe à la fin du XIXe siècle entre Méditerranée et Caraïbes, Cap Horn et mers du Sud, Java et Singapour. Les faits - pour la plupart - sont réels, les rencontres, parce qu'imaginaires, d'une vérité troublante. C'est une histoire d'hommes perdus en mer, de bordels caraïbes et d'opium, de retrouvailles et de poésie, c'est une histoire de marins. Son nom, au héros, c'est Victor, Victor Combault. D'avoir un jour, enfant, vomit à la face de son père, il est dit par ce dernier le « Dragon ». Après avoir tâté, et mal, de la vie d'équipage, Dragon se fait la belle, laissant à quai une femme grosse tout en pleurs. Son fils Rodolphe le retrouvera-t-il avant ? Brodé avec finesse, narré avec rudesse, c'est une histoire d'orphelins et de naufrages, de trafics, de vie lente et violente.

  • Les secrets de famille et les destinées d'une lignée d'émigrés russes blancs, de 1907 à nos jours. L'obsession d'héroïsme et de sexe, inscrite dans leurs gênes, traverse l'histoire pour révéler la part d'ombre qui hante leur quête d'émotions fortes. Imaginez-les comme les doigts de la main, une paire d'yeux, deux facettes d'une unique pierre, ce tandem héroïque. L'un c'est Ivanov, Sacha; l'autre Bornstein, Victor. Russes tous deux, blancs par destin, ils se taillent à même le XXe deux belles parts de lion qu'ils engouffrent en boulimiques de la vie : révolution rouge d'Octobre qui les coupe de la Mère Patrie, Grande Guerre faite au front d'Orient dans la légion, années folles vécues follement, exil, Résistance, déportation. Meurent les Ivanov, un à un. L'oeil avide, Maréchaux et ses troupes descendent le XXe à cheval sur la rampe, dans un grand sifflement heureux; les bagages suivront plus tard.

  • Les sept peurs

    Laurent Maréchaux

    Adolescent, il se rêvait Lord Jim ou Martin Eden. À l'heure où plus d'un ambitionne d'être banquier, golden boy, chirurgien-dentiste ou informaticien, lui se voyait déjà aventurier avec pour tout bagage sa seule peur. La chose est connue : à l'instant de la grande goulée, de l'ultime rasade, quand l'océan s'en vient vous prendre dans ses replis, on revoit tout. Du plus infime au très saillant et ce sur grand écran, petits instants et grands moments. Il en est là, Babour : années torero (avec gradins grondants et épée qui flanche), années militantes (tôle et matraque pour cause d'antisoviétisme contondant), années spaghetti (braquage à l'italienne et coeur en miettes), années Appalaches (« force de la meute », dérapages, chutes fatales plein merisier), années moudjahidin (crapahutages afghans), années fric (sexe en sus, par tout temps et tout terrain), les années Horn (dites encore années Bilou-la-fumée, coureur de mer et frère de la côte).

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