• Une cause dansée tresse les éléments d'une traversée géographique et intellectuelle sur les traces de l'écrivain et historien de l'art Aby Warburg. Écrit dans une langue à la fois évocatrice et précise, Une cause dansée entend une nouvelle fois explorer les attendus et les effets de ce que Pierre Parlant a nommé l'« autobiographie d'un autre » - venant ainsi clore un cycle composé de Les courtes habitudes, Nietzsche à Nice (Nous, 2014) et Ma durée Pontormo (Nous, 2017). Pour chacun de ces ouvrages, la « méthode » n'a pas varié. Partant de la lecture d'écrits latéraux au regard de l'oeuvre la plus connue - ici le texte d'une conférence prononcée par Warburg en 1923, intitulée « Le rituel du serpent » -, l'auteur s'est rendu sur place afin de s'y installer provisoirement, d'y trouver d'éventuelles traces et d'éprouver les particularités et quelquefois l'étrange familiarité des lieux.
    Alors que le premier livre avait été conçu à partir d'extraits de la correspondance de Nietzsche, que le deuxième s'intéressait à l'oeuvre et au journal du peintre maniériste Pontormo, Une cause dansée trouve son origine dans l'expérience relatée par l'historien de l'art Aby Warburg à l'occasion du voyage qu'il fit chez les Hopis en 1895- 1896. Sa composition a été amorcée lors d'un séjour au Nouveau-Mexique (Santa Fe et sa proche région) puis dans le Nord-Est de l'Arizona, une zone aride de mesas où sont bâtis les pueblos des Indiens Hopis. Le texte s'est nourri de divers éléments empruntés à la biographie de Warburg, du contenu de sa conférence « Le rituel du serpent » et de ce que la présence et les déplacements accomplis dans les espaces démesurés de l'Ouest américain ont su produire sur le narrateur. On se doute par ailleurs que les rencontres effectuées et que le jeu du hasard n'ont pas été sans effets. Mêlant les bribes d'un journal de voyage à des remarques et observations d'ordre plus réflexif, Une cause dansée renoue avec ce genre hybride qu'Hubert Lucot, ayant lu Les courtes habitudes, avait désigné comme relevant de l'« essai-poème ».

  • Les courtes habitudes est un livre à la forte dimension réflexive, qui articule une poésie versifiée à de courtes proses. C'est surtout un hommage à Nietzsche, qui en propose une approche inédite.
    Nietzsche séjourna à Nice plusieurs fois entre 1883 et 1888. Chaque fois en hiver. Il y inventa une forme de vie faite de moments intenses d'écriture entrecoupés de longues excursions sur les chemins escarpés qui surplombent la mer. La correspondance de ces années-là témoigne d'abord de la fabrication d'un monde. La méthode décrite est celle d'une errance et d'une exubérance dont une formule serre l'essentiel : « je crois au soleil comme la plante y croît ». C'est de la lecture de cette correspondance que procède Les courtes habitudes. Lettre après lettre, au fil des phrases, une intuition s'est imposée : ce monde existe, n'a cessé d'exister, s'avère par là-même compossible avec le nôtre. La succession des faits, l'évocation des lieux, la singularité des noms, l'aléa des circonstances, les suites d'impressions sont bientôt devenus comme autant de points qu'il revenait à l'écriture de relier pour risquer de ce monde une esquisse provisoire.

  • Ma durée pontormo

    Pierre Parlant

    • Nous
    • 19 Septembre 2017

    Ma durée Pontormo est un livre très ambitieux et totalement inclassable. Ecrit dans une prose ample et précise, il assemble, tresse, de façon très subtile : des séquences de voyage sur les traces du peintre, une lecture assidue du Journal qui résonne avec le propre journal de l'auteur et des réflexions et impressions sur la peinture de Pontormo. A partir de l'oeuvre et du journal de Pontormo, Pierre Parlant poursuit l'exploration de la forme qu'il nomme « autobiographie d'un autre », qu'il avait initiée avec Les courtes habitudes, paru aux éditions Nous en 2014.
    L'écriture de Ma durée Pontormo s'est constitué à partir de plusieurs points d'appui. Avant tout la contemplation de l'oeuvre picturale de celui (Jacopo Carucci, dit Pontormo, 1494-1557) que l'histoire de l'art a classé, dans le courant maniériste du XVIe siècle italien. Autre déclencheur : la lecture du journal du peintre, écrit au commencement de l'année 1554, soit trois ans avant la mort du peintre, alors âgé de 60 ans. Un journal bref (une vingtaine de pages), insolite, où se côtoient principalement, et de façon décousue, des observations disparates et des prescriptions d'ordre hygiénique et diététique ainsi que des anecdotes biographiques et des allusions au travail en cours de l'artiste. Cruciale enfin aura été le désir d'Italie, l'expérience consistant à se rendre à plusieurs reprises sur place (surtout en Toscane) afin de mettre à l'épreuve cequ'exige et permet chaque fois la nécessaire présence du regardeur des oeuvres.
    Quant à sa structure, c'est le rapport inattendu au temps dont le journal du peintre témoigne qui a déterminé la composition du livre. Un temps qui s'avère décisif dans sa mention systématique (Pontormo est scrupuleux, attentif au calendrier, à la suite des jours) et cependant « flottant », comme si le marquage quotidien devait finalement se retrouver absorbé dans le flot et l'épaisseur des contingences d'une vie marquée essentiellement par le souci de l'oeuvre et l'inquiétude d'un sujet. Ma durée Pontormo rejoue cette durée d'écriture, fait lui-même journal de cette expérience du temps, du regard et du voyage et invente peut-être ainsi un nouveau genre : le poème-essai.

  • « il considérait quotidiennement la nourriture sous ses multiples apparences, aimait l'idée de décoction ; le soir même, il profita du silence de la maison pour examiner les conséquences d'une idée venue après dîner ; la table seule ; après quoi, il refit mentalement l'encadrement dragée, parcourut le fond d'herbe, vert de vessie sous le linteau, compensa de la sorte le manque de luminosité du choeur ; si bien qu'il obtint un contraste souverain ; cire fondue ; le lendemain des voix se firent entendre depuis la cour, il pleuvait ; pas grand-chose sinon du jaune, un caillot d'or autour d'un tesson. » Pierre Parlant

  • Au beau milieu

    Pierre Parlant

    Exister consiste à éprouver des sensations, des émotions, des souvenirs, le parcours d'une pensée, le désarroi, la possibilité de la joie...
    On assiste dans cet ouvrage à un drôle de parallélisme intéressant le corps du texte et son intention ; celle-ci en effet s'écrit comme elle peut, par approximations, décalages, dérivations ; et prend comme " motif " la perception d'une expérimentation chaque fois au plus près de son fait :
    une voix qui lit
    un cycliste qui vient de chuter
    une fenêtre ouverte sur un paysage, au petit matin
    rejoindre à pied le rivage marin
    L'auteur affine l'observation du va-et-vient entre ce qui arrive et ce qui peut s'en dire, son style très personnel emportant le lecteur dans la tourmente des faits

  • « Oui déjà mon oeil vient de glisser, là, viser là, pour mesurer sa tension dans le noir, essarté du bloc corps, toute pupille dilatée, en belle toilette l'éclate la goutte de nuit. » Pierre Parlant

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