• Les supplices chinois hantent l'imaginaire occidental depuis plusieurs siècles. Ils furent longtemps utilisés pour souligner des différences culturelles et affirmer la supériorité européenne au moyen d'oeuvres littéraires ou de peintures aussi exotiques que stéréotypées. Tout cela est bien connu.
    Ce qu'on sait moins, c'est que les Chinois découvrirent à la fin du XIXe siècle l'existence d'une large gamme de « supplices occidentaux » pratiqués sur leurs compatriotes expatriés.
    Ces tortures étaient quant à elles bien réelles et autrement plus atroces que les chinoises.
    Un ouvrage anonyme intitulé Description illustrée des enfers vivants et publié à Canton en 1875 fut l'un des premiers à diffuser de telles informations. Il s'agit en fait d'une version grand public de deux commissions d'enquête sino-occidentales qui se rendirent l'année précédente à Cuba et au Pérou afin d'examiner les conditions de vie déplorables des coolies chinois, essentiellement dans les plantations de canne à sucre, mais aussi au sein de compagnies ferroviaires ou sur les îles à guano.
    Récit novateur de la traite des coolies chinois sur le continent américain, La Description illustrée des enfers vivants nous plonge aussi dans l'univers de la religiosité chinoise grâce à une adaptation originale des livres de morale qui connurent leur âge d'or au XIXe siècle. Il rappelle encore toutes les difficultés des autorités à gouverner le sud de la Chine à la fin des Qing. Enfin, et c'est peut-être le plus important, l'ouvrage a sans doute contribué, de manière non négligeable, à l'entrée de la Chine et des Chinois dans la famille des nations.
    Rares sont ceux à avoir pu consulter cet ouvrage, et aucune étude ne lui a encore été dédiée.
    Le moment nous semble donc propice pour redonner vie à ces « enfers vivants » grâce à une traduction française, qui se justifie d'autant plus que trois des huit exemplaires retrouvés à ce jour sont conservés à Paris.

  • Alors même que le passé se fait de moins en moins visible dans les villes modernes, l'engouement pour sa redécouverte est une conséquence de l'« éclatement » de l'histoire, du phénomène mondial de patrimonialisation, de la médiatisation des découvertes archéologiques, ainsi que du nationalisme et de la recherche de ses racines. La collusion entre l'économie et la culture, mais aussi le brouillage des frontières entre industrie culturelle et arts, ou encore entre musées et parcs d'attraction deviennent ainsi inévitables et invitent à explorer plusieurs lignes de réflexion.
    Quels sont le rôle et l'intérêt des États dans la promotion et la marchandisation de l'histoire ? Quels sont les acteurs et les médias de cette commercialisation ; qui vend l'histoire et qui en profite ? L'histoire est à vendre, l'histoire fait vendre, mais de quelle histoire parle-t-on ? Quelles sont les périodes de référence ? Les pays d'Asie orientale se contentent-ils de suivre une tendance globale, ou ont-ils des modalités propres de commercialisation de l'histoire ?
    Ce sont-là quelques-unes des questions auxquelles les contributeurs de ce numéro ont cherché à fournir des éléments de réponse.

  • Découvrez La croix, la baleine et le canon - La France face à la Corée au milieu du XIXe siècle, le livre de Pierre-Emmanuel Roux. Pays du matin calme et royaume ermite : voilà à quoi se résument bien souvent nos représentations mentales de la Corée. De tels clichés furent néanmoins forgés au cours du XIXe siècle pour désigner le Chosôn, un vieux royaume pluricentenaire qui refusait apparemment tout contact avec les puissances occidentales, à commencer par la France. Il faut dire que nos missionnaires y prêchaient clandestinement l'Evangile, que nos marins y pourchassaient les cétacés aux abords des côtes, tandis que nos consuls et officiers de marine tentaient d'apporter aux uns et aux autres secours et protection, s'imaginant même y établir une colonie ou un protectorat. Les représentants de Paris agissaient-ils toutefois par simple devoir ou par humanisme envers leurs compatriotes ? Rien n'est moins sûr. Car si la Corée de ce temps-là passait pour un territoire pauvre et enclavé où réduction en esclavage et exécution sommaire guettaient naufragés et missionnaires, sa situation géographique l'élevait précisément au statut de carrefour stratégique, attisant par là même l'intérêt de ses voisins immédiats, ainsi que de toute puissance désirant s'affirmer sur la scène extrême-orientale. Fondé sur des sources pour la plupart méconnues sinon inédites, cet ouvrage éclaire d'un jour nouveau l'histoire des relations internationales et de l'expansion du catholicisme en Asie à cette époque charnière que fut le milieu du XIXe siècle, balayant ainsi l'idée longtemps acceptée d'un simple choc de civilisations entre l'Occident, chrétien et impérialiste, et l'Extrême-Orient. confucéen et refermé sur lui-même. Ce faisant, l'auteur apporte un regard neuf sur l'actualité des relations franco-coréennes au XXIe siècle.

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