Éditions de la Sorbonne

  • Partir sur les traces de Matswa, dans l'entre-deux-guerres, c'est illuminer l'itinéraire d'un acteur à la fois mystérieux et méconnu, pourtant incontournable si l'on veut saisir les contours de la fronde contre l'ordre colonial qui se dessine aux quatre coins de l'Hexagone à partir des années 1920. Utilisant la quête de la citoyenneté française comme un fil d'Ariane, l'auteur fait cheminer le lecteur dans le dédale de la lutte anticoloniale, des cafés de la Ville-Lumière, aux Quatre Communes côtières du Sénégal, aux villages frondeurs du Moyen-Congo et aux camps de détention du Sahel tchadien. À son parcours militant audacieux se double un destin posthume qui occupe une place disproportionnée dans l'imaginaire collectif des Congolais. C'est une vie créée de toutes pièces, une vie de légende dans laquelle Matswa apparaît affublé d'oripeaux prométhéens. Cette biographie de Matswa s'attèle justement, en recourant à une pléthore de sources, à faire la part entre l'univers des croyances et l'ordre des connaissances.

  • Ubi papa, ibi Roma : Rome peut bien n'être pas dans Rome puisque Rome est là où réside le pape. Cet adage du xiiie siècle exprime avec force le rapport d'identification entre la ville et le souverain, définissant la capitale par sa fonction de commandement politique. Mais elle s'applique à une capitale étrange au Moyen Âge, qui se rêvait caput mundi mais peinait à s'affirmer comme capitale régionale. Qu'est-ce donc qu'une ville capitale au Moyen Âge ? Au-delà des fausses évidences de la continuité millénaire de la centralisation parisienne et, dans une moindre mesure, londonienne, la question est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Certes, le modèle romain de la capitale d'empire a pu se prolonger sous des formes diverses, avec Constantinople, Bagdad ou Le Caire. Mais lorsque les Carolingiens rétablissent l'empire en 800, ils ne retrouvent pas pour autant ce modèle de la capitale d'empire. Si l'on considère l'ensemble des expériences institutionnelles et territoriales de l'Occident médiéval, c'est bien la dispersion des fonctions capitales qui constitue la règle et leur concentration l'exception. En se tenant à Istanbul, à l'invitation de l'Institut français d'études anatoliennes, le xxxvie Congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public trouvait un cadre monumental et historique parfaitement adéquat à son objet d'étude, à mi-chemin entre plusieurs expériences politiques que les différentes contributions ici rassemblées entendent confronter, en longue durée. Car faire l'histoire des villes capitales revient à poser la question de la diversité des modèles d'émergence de l'État : les rapports entre le palais et la ville, mais aussi les phénomènes de déplacement du centre de gravité des constructions territoriales, d'abandon ou de reprise de capitales, dessinent plusieurs configurations de pouvoir. Essentielle est, de ce point de vue, la question des marqueurs symboliques : une ville réussit à convaincre qu'elle capitalise différentes fonctions de commandement par des images et des rituels, des mots et des murs, la mobilisation d'une mémoire et la monumentalisation de leurs lieux. Elle peut continuer à jouer longtemps du prestige d'une capitalité évanouie. En saisissant l'impact à la fois matériel et idéel de la centralisation administrative dans la société urbaine, les différentes contributions de ce volume tentent donc de donner tout son sens à cette expression faussement anodine de « ville capitale » au Moyen Âge.

  • Pourquoi conçoit-on des lieux fermés pour les hommes et d'autres pour les femmes ? En quoi les discours autour du genre ont-ils influencé l'émergence et la perpétuation de dispositifs de clôture pour affirmer les différences sociales entre hommes et femmes ? Quelles formes prennent les rapports entre les sexes dans les milieux clos ? Associant des approches historiques et sociologiques, cet ouvrage explore les interactions entre les différentes formes d'enfermements et le genre, ce qui induit une réflexion sur le féminin, sur le masculin et sur leurs interrelations dans les conditions créées par une séparation plus ou moins rigoureuse du monde. Les études de cas rassemblées dans ce volume entendent comprendre tant les effets que la clôture a produits et produit sur les conceptions du genre que, à l'inverse, les effets que le genre a produits et produit sur la clôture. Les rapports qu'entretiennent genre et enfermement sont envisagés sur la longue durée de l'histoire européenne, depuis les monastères médiévaux et les hôpitaux d'Ancien Régime jusqu'aux institutions pénitentiaires, bagnes et camps contemporains. L'ouvrage montre également leur résonance dans des territoires coloniaux d'Amérique et dans le monde chrétien de la Méditerranée orientale. Il révèle ainsi que les lieux clos sont des lieux matriciels où se sont élaborés et s'élaborent des pratiques, des techniques et des savoirs autour du féminin et du masculin.

  • Ce volume est le premier d'une série d'ouvrages portant sur « Statuts, écritures et pratiques sociales dans les sociétés de la Méditerranée occidentale à la fin du Moyen Âge (xiie-xve siècle) », visant à étudier les statuts communaux dans une optique d'histoire sociale, non pas comme une source « normative » mais comme une source de la pratique, de leur matérialité et de leur forme d'écriture aux pratiques sociales en passant par les conditions de leur production et de conservation, leur inscription dans un paysage documentaire communal, leur structure et leur contenu. Cet ouvrage, plus spécifiquement, porte une réflexion sur la manière dont un statut est construit en s'intéressant aux « auteurs » de la norme, à la rhétorique et à l'écriture utilisées lors de sa confection dans le Midi de la France (Provence, Toulousain, Montpellier, Marseille) et dans l'Italie communale (Toscane, Marche d'Ancône) à la fois dans de grands organismes urbains (Sienne, Marseille, Toulouse, Montpellier) dans de plus modestes (Macerata, Cingoli) et dans de minuscules communautés rurales (Bédoin, Fiastra, Sefro) souvent longtemps délaissées par l'historiographique française et italienne. De nombreux individus ou groupes de personnes interviennent dans le processus d'élaboration des statuts, de celui ou de ceux qui décide(nt) à celui ou ceux qui met(tent) par écrit : statutarii, juris periti, doctores legum, notaires, notables de la communauté, etc. On cherche ici mieux connaître leur formation, leur origine géographique, leur degré de participation à l'élaboration des corpus statutaires, leur rôle dans la validation, l'authentification, la conservation et la diffusion des statuts. Ces acteurs se différencient assez peu sur un plan sociologique car la très grande majorité d'entre eux appartient à la frange privilégiée de la population urbaine. En revanche, ils se distinguent par la place qu'ils occupent dans la chaîne de production du statut et leurs compétences. Cet ouvrage jette donc les bases pour élaborer une typologie et une sociologie des acteurs au sein du processus d'écriture des corpus statutaires.

  • Grandeur et misere de l office Nouv.

    Appréhendant l'univers des officiers de l'administration des finances des xviie et xviiie siècles en Nouvelle-Espagne comme un espace social, cette étude reconstitue les pratiques, autant collectives qu'individuelles, d'un groupe de l'élite coloniale. La démarche suivie associe l'étude des parcours socioprofessionnels à celle de l'insertion familiale, sociale et économique de ces officiers. Au-delà, la reconstitution de leurs comportements débouche sur une réflexion relative aux modes de fonctionnement de l'appareil d'État dans une société coloniale de l'époque moderne. L'originalité de l'approche permet de défricher de nouvelles interprétations concernant les enjeux, les objets et les moyens mis en oeuvre par le pouvoir métropolitain pour imposer son autorité à l'une de ses principales colonies. Simultanément, l'étude s'oriente vers une anthropologie de la pratique du pouvoir parmi les élites coloniales. La mise en évidence de l'étroitesse des relations nouées par les officiers royaux avec le milieu local souligne la place centrale des stratégies familiales et l'influence décisive des pratiques clientélistes. Débouchant sur de vastes réseaux relationnels, ces dernières constituaient l'une des principales forces d'animation et de structuration de la société coloniale. Leur reconstitution éclaire sous un jour nouveau la place des groupes familiaux au sein de l'appareil d'État impérial et renouvelle notre perception de l'exercice du pouvoir dans la Nouvelle-Espagne du xviiie siècle.

  • 1698-1795 : ces deux dates clés marquant les limites chronologiques de cette étude correspondent à deux événements politiques majeurs pour le Luxembourg qui, par sa position stratégique au coeur de l'Europe, est éternellement tiraillé entre l'Est et l'Ouest au gré des affrontements militaires et des traités de paix, orchestrés par les grandes puissances.

  • La réputation des historiens polonais de l'économie et de la vie matérielle est grande parmi leurs collègues français, qui depuis plusieurs décennies les invitent à faire des conférences, des séminaires et à publier des articles dans les revues françaises. Cependant la barrière linguistique subsiste : elle fait que l'essentiel de leurs oeuvres reste inconnu du public français et des spécialistes eux-mêmes. Il en est ainsi d'Andrzej Wyczanski, dont on savait qu'il est un des principaux historiens de la consommation alimentaire au xvie et xviie siècles, mais dont on ne connaissait généralement que de brefs articles. Or il s'est appliqué, dans son principal ouvrage à comparer dans une même région les rations alimentaires des différents groupes sociaux et, d'autre part, celles d'un même groupe social dans les diverses régions d'un pays ; il fournit finalement un tableau complet et aussi précis de la consommation ancienne à l'échelle de la Pologne et une base pour évaluer la production et le revenu national. Aussi faut-il se réjouir qu'avec l'aide de Daniel Tollet - qui s'est chargé d'en établir le texte français - cet ouvrage soit aujourd'hui traduit.

  • Cet ouvrage comporte deux études prosopographiques. L'une est consacrée à trois familles byzantines, les Bourtzai, les Brachamioi et les Dalassènoi, qui ont pour trait commun d'avoir été en relations durables avec le duché d'Antioche. L'auteur, Jean- Claude Cheynet, utilise l'indispensable apport de la sigillographie pour saisir le rôle politique et social de ce groupe. L'autre étude renouvelle nos connaissances sur la généalogie des premiers Paléologues. Avant même d'accéder à l'Empire, les Paléologues avaient su parvenir au premier rang de l'aristocratie en contractant des alliances avec les dynasties impériales précédentes, ce qui favorisa leur réussite ultérieure. Tel est l'objet de l'étude de Jean- François Vannier.

  • Bien que les plus anciennes informations sur la découverte d'outils lithiques en Grèce remontent à la fin du xixe s., il a fallu attendre l'époque de la Seconde Guerre mondiale pour qu'une première fouille soit effectuée sur un site paléolithique. Par la suite, prospections et fouilles se succéderont et s'étaleront sur toute la période d'après-guerre, notamment au cours de la décennie 1960-70, partagées entre plusieurs écoles archéologiques : les Anglais travailleront en Épire. Les Américains en Argolide, les Français en Élide, les Allemands et les Grecs en Thessalie. Quarante ans après, les fruits de cette activité scientifique internationale sont là. Mais aucun bilan n'a jamais été fait, aucune synthèse n'a été tentée. C'est en cela que le livre de Georgia Kourtessi-Philippakis est une première. L'auteur, après avoir parcouru le territoire de la Grèce continentale, visité les sites et étudié leur matériel archéologique, entreprend ici une mise au point qui va au-delà d'un bilan historique. Dans un premier temps tous les sites paléolithiques connus sont présentés, région par région. Une note, dont les dimensions sont fonction de l'intérêt scientifique du gisement, fouillé ou non, fait état de sa localisation, des conditions de découverte, de la stratigraphie, des industries, de la faune, de la bibliographie s'y rapportant. Suivent les discussions, remises en question, hypothèses personnelles autour des thèmes classiques tels que le paléoenvironnement, l'organisation de l'économie, le mode de vie, l'outillage, le cadre chronologique. Dans le dernier chapitre sont exposées les conclusions scientifiques et sont analysés les problèmes posés par l'étude du Paléolithique grec en vue d'une amplification de cette recherche, si vitale pour une meilleure connaissance de la Préhistoire du Sud-Est Européen.

  • Les idées sur le plan ont été l'objet de nombreux débats avant 1941, mais c'est pendant la période de Vichy que la Délégation Générale de l'Équipement National entreprend à deux reprises de rédiger un document visant à planifier l'ensemble de l'activité économique. Ces tentatives échouent, ainsi que celle de Pierre Mendès France à la Libération. Quelles sont les relations entre ces ébauches et le premier plan de modernisation et d'équipement élaboré en 1946 ? Comment Jean Monnet. Commissaire en mission aux États-Unis en vient-il à formuler ses propositions et à mettre sur pied l'institution nouvelle qu'est le Commissariat général du plan ? Le Plan Monnet se trouve placé au carrefour des relations économiques et financières franco-américaines avant le Plan Marshall et il exprime un projet national dans le cadre de la « bataille de la production ». Comment coexistent, dans les objectifs du plan et dans l'interprétation qu'en font les « forces vives » de la nation, ces deux aspects constitutifs du Plan Monnet ? C'est dans les fameuses commissions de modernisation où siègent des fonctionnaires, des syndicalistes, des agriculteurs et des patrons que se manifeste l'esprit de modernité ; contribution décisive à la croissance française des trente glorieuses. Comment s'est opérée cette rencontre selon les activités concernées ?

  • « C'est avec empressement que des dizaines d'anciens élèves, de collègues et d'amis ont écrit les textes d'histoire qu'on va lire en hommage à Pierre Guiral. (...) Le zèle des auteurs nous rappelle que l'oeuvre et l'influence du destinataire de l'hommage ont beaucoup contribué à former l'indispensable tissu provincial de l'enseignement et de la recherche universitaire. Un historien et un professeur qui a bien tenu sa place dans l'Université française, un « patron » et un ami qui a enrichi et aidé ceux qui l'ont approché et qui l'ont su comprendre, tel est l'homme que ces Mélanges vont honorer ».

  • Au Moyen Age, partout régnerait la violence, expression exacerbée de la brutalité des moeurs. Une étude quantitative strictement menée à partir des lettres de rémission émises par la Chancellerie royale, des archives du Parlement et du Châtelet donne une autre image du crime dans le royaume de France aux XIVe et XVe siècles. Certes la violence existe, et l'homicide constitue, en nombre, le premier des crimes capitaux. Mais il est loin d'être le plus grave. Non que la vie d'un homme soit sans valeur, mais que vaut-elle si la renommée est bafouée ? La société est en tout lieu régie par un code de l'honneur que partagent toutes les couches sociales. Pour saisir la portée de ces valeurs communes, il convenait de faire appel aux sciences humaines que sait utiliser l'historien, le tout servi par l'outil informatique. La population des coupables et des victimes ainsi que les solidarités qui se tissent autour du criminel sont analysées en des termes aussi exhaustifs que possible. Quant à l'étude des gestes et des mots qui servent à dire le crime, elle ouvre sur un autre registre : celui du politique. Or le roi de la fin du Moyen Age, en France, continue, malgré les théoriciens réformateurs et les praticiens d'une procédure devenue de plus en plus complexe, à résoudre les crimes capitaux par le droit de grâce que lui confère son pouvoir sacré plus que par la rigueur de sa justice. Le crime et la violence ont pu contribuer à construire la société et l'Etat en même temps qu'ils en menaçaient l'existence. Comment tous, hommes de pouvoir, rois et juges, mais aussi l'opinion publique qui reste en fin de compte maîtresse du jeu, ont-ils manipulé le crime ?

  • La Bretagne ducale illustre l'ambiguïté d'une grande principauté, quasi rivale du royaume, et d'un prince qui se voudrait roi et qui s'arroge maint attribut de la souveraineté. Mais ailleurs, de I'Empire germanique à la péninsule ibérique, des principautés françaises au Milanais, surgissent des questions autour du thème fondamental du pouvoir, de ses fins et de ses moyens. Idéologie, hommes et finances, lignage, pays et peuple, image que veut donner le prince par ses tenues et ses résidences, rapports avec ses sujets, ses villes, sa noblesse et ses clercs, tels sont quelques-uns des points de vue que l'on trouvera présentés dans cet ouvrage. S'il n'est d'histoire que d'histoire de l'homme, dans sa chair comme dans ses comportements, le thème du prince et de son pouvoir dépasse de loin la sécheresse toute descriptive d'une histoire institutionnelle, pour devenir celle d'un homme mû tout entier par une ambition qu'il se doit de satisfaire au sein d'un « pays » et d'un peuple, qui lui en accordent ou non les moyens. Dépourvu de tout signe sacré et de tout attribut de souveraineté, le prince médiéval est le plus souvent étranger à la genèse monarchique de l'État moderne.

  • Trente ans après le colloque de Stockholm (Babeuf et les problèmes du babouvisme, 1960) et sans attendre l'anniversaire (1996) de la Conspiration pour l'Égalité - la rencontre d'Amiens a réuni, en décembre 1989, des historiens, des littéraires, des sociologues, soit près de vingt chercheurs français et douze chercheurs étrangers venus de sept pays. Le Bicentenaire touchait alors à sa fin, tandis qu'à l'Est s'effondrait un système dont le Tribun du peuple a pu passer pour un des précurseurs... À bonne distance du dogmatisme et de la célébration pieuse, les textes qui composent cet ouvrage apportent les éléments d'un vigoureux retour critique sur un Babeuf rendu à sa singularité, sur l'aventure toujours énigmatique des Égaux, sur les avatars complexes de ce qui s'est appelé "babouvisme". Bilan de l'historiographie et balisage des travaux en cours, ce "Babeuf" revisité se présente sous quatre angles: «Babeuf et les Lumières», «Babeuf et la Picardie», «Babeuf dans la Révolution», « Babeuf après Babeuf». Héritées ou inédites, les questions ici développées font, le plus souvent, référence aux interrogations actuelles des historiens de la Révolution. Sont ainsi évoqués l'impact du rousseauisme, celui des utopies, les sources chrétiennes, les traditions communautaires, les relations Paris-province... bref, tout ce qui peut éclairer les positions doctrinales, la trajectoire militante, l'invention rhétorique du Tribun. C'est enfin le devenir des idéaux égalitaires et communistes que retrace l'étude des appropriations du babouvisme chez Buonarroti, Mazzini, Proudhon, Marx, Jaurès, Lénine et Trotsky. Lumières, Révolution, Communisme: marqué par la rencontre de ces trois "maîtres-mots" lourds d'histoire, le nom de Babeuf symbolise l'irruption de l'idée communiste dans l'espace public. Mais on s'aperçoit à présent que ce nom a été. dès l'origine, lié à la genèse simultanée de l'exigence démocratique et de l'espérance républicaine. C'est pourquoi notre fin de siècle peut trouver en Babeuf un précieux repère pour comprendre la crise - et la persistance - des idéologies du progrès. N'est- ce pas un contemporain de Babeuf qui nous a légué cette formule cruelle et salubre: «l'histoire désespère les attentes du progrès en même temps qu'elle en offre les signes» (Kant, 1798) ?

  • Chrysalides

    Sohn Am

    Cet ouvrage se propose d'observer les femmes dans leur vie privée, jonglant avec les tâches qui leur sont dévolues, s'efforçant de concilier profession et contraintes familiales. Il ne s'agit pas ici de peindre des hétaïres ou des grandes bourgeoises, des intellectuelles ou des féministes. Non, ce sont les femmes ordinaires, principalement issues des milieux populaires, ce sont les oubliées, les sans-grade de l'histoire qui sont sur la scène. Femmes ordinaires donc mais qui ont su avec obstination, et par devers les élites, construire leur vie et aménager leur condition. L'émergence durant la IIIe République de l'individu féminin qui aspire au bonheur, à l'époux élu comme à la maternité choisie, voit les femmes récuser à leur manière les représentations normalisatrices qui vouent le deuxième sexe au domestique et le cantonnent dans une position subordonnée. C'est dans le cadre des relations intimes entre parents et enfants, entre maris et femmes surtout, que se redéfinissent les identités. La ménagère, la mère et l'épouse sont donc scrutées dans leurs pratiques et leurs aspirations, et celles-ci toujours mises en regard des comportements masculins. De la rencontre des futurs aux prolégomènes amoureux, des noces au train train quotidien, de la lutte pour le pouvoir conjugal à l'épanouissement de la sensualité, et jusqu'à la rupture qu'osent infidèles et divorcées, ce livre décrit les trajectoires féminines dans leur diversité et tente de reconstruire la pluralité des histoires individuelles.

  • L'histoire de la barricade se heurte, à un réseau de tensions ou, plutôt, de proximités inattendues qui accentuent le mystère de cette histoire sainte et sanglante. La pensée sauvage s'y combine à la science, la barbarie au rêve d'humanité, l'élan des coeurs à l'attente immobile, la surabondance au vide, le fracas au silence. L'espoir d'avènement et l'attente de la mort s'y disent, simultanément. Derrière la barricade, il n'est, souvent, pas d'autre alternative que le triomphe ou la mort. La fête, ici, précède de peu l'immolation ; le rêve se mêle vite de désespoir. Le caractère éphémère du combat s'accorde, paradoxalement, à la profondeur de la mémoire ; et l'on pourrait croire, parfois, que la lutte menée n'a guère d'autre visée que la construction du socle sur lequel pourront se fonder les futurs combats. La barricade, jusqu'au milieu du xxe siècle tout au moins, n'a cessé de diviser, de révéler, de définir et d'accentuer les antagonismes. Pour les uns, elle est le lieu du sacrifice, le légitime prélude à la paix civile et à la réalisation du rêve ; pour les autres, elle évoque le paroxysme du désordre des objets et des hommes, le pire théâtre de la violence et de la saturnale. Pour les uns, elle prélude au sacrifice nécessaire ; pour les autres au massacre nécessaire. Pour tous, elle a pour enjeu profond la fondation d'un ordre.

  • La famille est la cellule primaire du corps social et sa représentation dépend de chaque société. L'étudier permet donc de comprendre l'environnement dans lequel elle évolue, mais son étude n'est concevable qu'en relation avec son milieu ambiant. Une monographie offre le mérite de présenter l'ensemble des questions dans un microcosme dont l'analyse détaillée autorise une relative exhaustivité. Cette recherche sur la famille en Gévaudan au XVe siècle repose principalement sur l'exploitation de cent cinquante-neuf cotes notariales des archives de la Lozère, soit un ensemble de près de vingt-deux mille folios. Le travail réalisé est fortement marqué par le droit, la sociologie et l'ethnologie. Le recours à la prosopographie et à la généalogie a permis d'appréhender les influences exercées par la famille sur la société et les systèmes d'alliance.

  • Dans ce livre sont réunies certaines des communications présentées lors de l'atelier : Europe Viewing America, America viewing Europe de la conférence de l'EAAS à Budapest en mars 1986. Ces textes viennent de divers pays, leurs auteurs sont aussi bien des historiens que des littéraires ou des "civilisationistes". Au premier coup d'oeil, l'ouvrage peut sembler hétéroclite, toutefois, sa richesse apparaît rapidement. Il s'agit d'une histoire faite d'éloignement et de rapprochement. L'Euro et les Etats-Unis étaient alors aussi éloignés l'un de l'autre qu'ils pouvaient être proches, surtout dans une période où les seconds dépendaient encore de la première, tout en cherchant à développer leur propre personnalité. C'est alors que l'Europe acquit sa fascination pour Nouveau Monde, malgré des réticences. Les liens entre les Etats-Unis et l'Europe sont, encore aujourd'hui faits d'étrangeté et de familiarité. Il est important d'en savoir plus sur les racines de notre attitude actuelle. Laissons les lecteurs les découvrir

  • Par sa thèse sur "La crise rurale en Ile-de-France", parue en 1974, Jean Jacquart est devenu l'un des spécialistes européens de l'histoire rurale. L'ensemble des articles réunis dans la première partie : L'agriculture et les ruraux, témoigne de sa quête méthodologique, de la classique mise à jour des indicateurs conjoncturels et à la réflexion sur les rentes ou la métrologie d'avant l'ère statistique. Le dernier aspect de cette recherche, la question de la communauté rurale, s'est montré particulièrement fécond. Après avoir aidé à l'histoire démographique, il débouche sur l'étude des phénomènes de mentalité et plus encore sur les nouvelles interrogations d'une histoire politique renouvelée. Dès ses premiers travaux, Jean Jacquart a été l'homme du Bassin parisien, des campagnes d'Ile-de-France, certes, mais également de la ville de Paris, sur laquelle il a beaucoup fait travailler depuis quelques années, dans le cadre du Centre de Recherches d'Histoire moderne de l'Université Paris I. Les articles ici regroupés, insistent sur les rapports entre Paris et ses campagnes. Ceci forme la deuxième grande partie de l'ouvrage. Elle met en lumière le lien organique tissé peu à peu entre la grande ville et son environnement. Ce n'est pas un hasard si ces études sont contemporaines de la naissance d'une conscience régionale en Ile-de-France. Le sentiment que la grande ville et ses alentours, banlieues et campagnes, sont solidaires, qu'elles abritent des franciliens partageant maintenant un destin commun, trouve là une partie de ses racines et de sa justification.

  • Le principal thème de la recherche soviétique en histoire ancienne est, depuis 1960, l'esclavage dans la société antique. En effet, le plan septennal adopté en 1960 par l'institut d'histoire de l'Académie des Sciences d'URSS prévoyait une vaste histoire de l'esclavage conçue comme « une série de monographies scientifiques (...) donnant dans leur ensemble (...) un tableau complet (...) de l'apparition, du développement et de la destruction du mode de production esclavagiste dans le monde antique ».

  • Pourquoi Michel Scot, le fameux savant de l'entourage de Frédéric II, Guido Bonatti, le plus célèbre astrologue du xiiie siècle, Asdente, un cordonnier de Parme qui abandonna son métier pour devenir prophète, et de malheureuses femmes « qui laissèrent l'aiguille, la navette et le fuseau, pour se faire devineresses et se livrer à des enchantements avec herbes et images », se retrouvent-ils condamnés ensemble à subir le châtiment des devins en marchant à rebours, la tête à l'envers, dans la quatrième bolge du huitième cercle de l'Enfer de Dante Alighieri ? C'est en partant de cette question que ce livre examine, en amont et en aval du texte de Dante, l'évolution à la fois commune et divergente de l'astrologie et des arts divinatoires et magiques durant les quatre derniers siècles du Moyen Âge occidental. Pour de nombreux clercs médiévaux et certains laïcs en quête de puissance, en effet, le xiie siècle a été celui de la découverte de nouvelles techniques de prédiction et d'un élargissement du champ d'application de la magie, le xiiie siècle celui de la quête d'une norme face à ces innovations, et les xive et xve siècles ceux de l'application de cette norme, au profit des astrologues mais aux dépens des magiciens et surtout des sorcières. Au carrefour entre l'histoire des sciences et de la magie et celle de la société et des pouvoirs, Entre science et « nigromance » met ainsi l'accent, dans une première partie consacrée aux xiie et xiiie siècles, sur le rôle des traductions dans l'évolution des savoirs astrologiques, divinatoires et magiques, sur la demande sociale et l'impulsion des cours et sur la recherche d'une norme théologique et juridique en la matière. La seconde partie examine la promotion socioculturelle et politique de la science des étoiles à la fin du Moyen Âge, celle, à un moindre degré, de la chiromancie, de la géomancie et des livres de sorts, les pratiques et rituels des magiciens et leurs motivations, le livre débouchant sur un réexamen, à nouveaux frais, des condamnations de la magie et de la divination et sur la genèse médiévale de la chasse aux sorcières.

  • Le 7 juin 1494, sous les auspices du pape Alexandre VI, était signé entre le Portugal et la Castille le traité de Tordesillas qui donnait l'exemple d'un partage géographique d'espaces à coloniser. Mais l'idée d'un partage officiel ne trouvait-elle pas son origine dans le conflit entre deux puissances aux fortes affinités méditerranéennes, dans les partages de facto de la mer intérieure en zones d'influence, à la suite des longues guerres coloniales ayant opposé Gênes à Venise aux derniers siècles du Moyen Âge ? En choisissant le thème du partage du monde, c'est en fait toute l'expansion occidentale dans sa diversité qui est ici examinée, sans négliger ses premières formes que furent les croisades. Les motivations de l'expansion occidentale, les projets de colonisation, les flux migratoires auxquels ceux-ci ont donné naissance, le choc en retour sur la politique, l'économie et la société des républiques conquérantes, autant de questions ici posées pour éclairer les « précédents médiévaux » de la colonisation moderne.

  • Le « peuple de Paris », cette résultante de constructions identitaires complexes et croisées mariant la dimension sociale et la dimension locale, était tenu pour mort. Malgré une évolution de la société et de l'espace de la capitale peu favorable à sa survie, il a connu depuis peu une évidente réactivation. Ce fut l'objet d'un séminaire tenu trois années durant que de s'interroger sur les rapports qu'entretiennent le « peuple » désigné, représenté, fonctionnalisé, rêvé, et le peuple - réel - que décrit l'histoire sociale. Cet ouvrage en reprend la substance.

  • « Qu'est-ce qu'un Hôtel à la fin du Moyen Âge ? », se demandait Ferdinand Lot en 1958. Près d'un demi-siècle plus tard, la question demeure. L'auteur tente d'y répondre en étudiant l'Hôtel des ducs d'Orléans, ces parents pauvres de la recherche historique, au XVe siècle. S'intéresser à leur entourage était un excellent moyen d'approcher au plus près ces oubliés de l'histoire : l'Hôtel prospère ou s'appauvrit avec le prince qu'il sert dans un même cycle de vie. Pour autant, cet ouvrage ne se veut pas une étude des d'Orléans mais bien celle de l'institution à leur service et des hommes qui la peuplent. Donnant de l'Hôtel une définition large, l'auteur a voulu mesurer l'importance politique d'une institution que l'on a trop longtemps cantonnée au seul rôle domestique. Indispensable pour saisir la réalité multiple de l'Hôtel, l'analyse prosopographique d'un groupe constitué de plus de 1 700 officiers est complétée par une étude biographique de tous les détenteurs de l'office de chambellan, choisi parmi les très nombreux offices relevant de l'Hôtel (plus d'une centaine, aussi variés qu'écuyer d'écurie, gardien d'ours, galopin de cuisine ou échanson...). Véritables éminences grises du prince, les chambellans incarnent à eux seuls cette mutation qu'a connue l'institution au cours du XVe siècle et prouvent que, loin d'être une entité figée, aux traits immobiles, l'Hôtel vit, évolue, se transforme au fil du temps et des besoins princiers. Ce livre est la transposition d'une these soutenue en décembre 2001 auprès de l'Université Paris I par Elizabeth Gonzalez, agrégée et docteur en histoire.

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