CNRS Editions

  • Aujourd'hui l'Histoire est partout, mobilisée de toutes parts. On fait appel au passé afin de se remémorer les grands moments d'un âge d'or perdu, de faire resurgir une litanie de griefs envers autrui, ou encore d'asseoir un projet nationaliste. Or tous ces usages politiques de l'Histoire menacent la discipline.

    Même l'Histoire à grande échelle, qui se veut a priori intégrative et sans parti-pris, est mise à contribution. Des essais à vocation prétendument universaliste des historiens occidentaux du xixe siècle, visant à légitimer la colonisation, aux projets plus récents d'histoires globales servant une vision politique, preuve a été faite qu'une Histoire universelle honnête et respectueuse de toutes les sensibilités était illusoire.

    Pour Sanjay Subrahmanyam, l'" universalisation " de l'Histoire n'est qu'un processus d'exclusion délibéré. C'est pourquoi il préfère l'" Histoire connectée " à l'" Histoire universelle ", et plaide avant tout pour une pratique historique élaborée dans un esprit d'échange et d'ouverture à d'autres expériences et d'autres cultures, de curiosité pour d'autres parties du monde et d'autres peuples, et non dans un esprit de revendication identitaire ou d'autosatisfaction nationale et culturelle.

  • Ce livre de photographies, tel un carnet de bord, retrace l'aventure scientifique de la reconstruction et de la navigation, selon les techniques antiques, d'un bateau grec archaïque du VIe siècle av. J.-C., baptisé Gyptis. Accompagné d'un texte court et didactique, il nous explique, de la découverte de l'épave à Marseille en 1993 jusqu'à la mise à flot de sa réplique en 2013, comment les descendants des premiers colons de Marseille, venus de leur lointaine mer Égée, ont construit ce bateau " cousu ", entièrement assemblé par ligatures, et ont navigué sur cette grande barque côtière à voile carrée. Les photographes, Loïc Damelet, Christine Durand et Philippe Groscaux (†) du Centre Camille Jullian, laboratoire d'archéologie méditerranéenne d'Aix-en-Provence (Aix-Marseille Université, CNRS) à l'origine du projet, ont saisi jour après jour chacune des étapes de ce défi afin d'illustrer aussi bien le travail des charpentiers que celui des archéologues, tels Patrice Pomey et Pierre Poveda, qui ont conçu et réalisé le Gyptis.

  • Hommes d'action, femmes en lutte, écrivains ou artistes, les rebelles ont, un jour, rompu avec les accommodements, les mensonges ou les préjugés de leur temps pour faire de leur vie un combat. S'ils se sont battus avec la plume, c'est qu'ils connaissaient le pouvoir des mots pour éveiller les consciences, résister à l'oppression et transformer le monde. Faire connaître ou redécouvrir ces grands textes est l'objet de cette anthologie. Plus de vingt spécialistes y abordent les formes et les acteurs les plus mémorables de la rébellion : les jansénistes, Voltaire, la contrerévolution, Victor Hugo, la révolution romantique, le Printemps des peuples, les abolitionnistes, Jean Jaurès, les anarchistes, Georges Clemenceau, Léon Blum, Charles de Gaulle, les résistants, Georges Bernanos, la révolution féministe, François Mauriac... En se rebellant, ces voix de la liberté ont affirmé leur refus des immobilismes et des conformismes. Leurs écrits n'ont rien perdu de leur force ni de leur justesse, et restent des manuels d'insoumission pour les temps actuels.

  • Arrestation du dirigeant Jacques Duclos à la suite des manifestations contre le général américain " Ridgway la peste ", accusations de complot, répression militaire des " soldats du refus ", affaire Audin, tuerie de Charonne. À l'heure de la guerre froide, des conflits indochinois et algérien, les militants communistes affrontent la mécanique répressive d'un État lancé dans la chasse aux " criminels politiques ". Nourri d'archives inédites et de nombreux témoignages, le livre de Vanessa Codaccioni nous entraine dans les coulisses politiques des poursuites judiciaires orchestrées contre les opposants. Elle montre comment les agents de l'État répriment leurs " populations cibles ", mais aussi comment en retour, au sein du PCF, la répression est utilisée à des fins politiques et militantes. Mais comment devient-on le " héros " d'un groupe ou, a` l'inverse, un " traître à la patrie " ? Qui faut-il être et quel crime faut-il avoir commis pour se retrouver au cœur d'une affaire d'atteinte à la sûreté de l'État ? En quoi le procès politique est-il l'une des manifestations les plus visibles de l'affrontement entre le pouvoir central et les ennemis du régime ? En portant l'analyse au cœur de ces relations conflictuelles, ce livre de sociologie historique renouvelle largement notre connaissance de la IVe République et des débuts de la Ve, et éclaire les rapports entre l'État et ses opposants en périodes de crise.

  • Le Haut Moyen Âge est marqué par un foisonnement intellectuel et religieux dont témoigne la richesse des sources hagiographiques : passions et vies de martyrs et de saints, historiae de sanctuaires et de lieux de culte, translationes, apparitiones... Ces textes majeurs éclairent le' quotidien des chrétiens, leurs attentes et leurs espoirs, les pratiques liturgiques et les relations qu'ils entretiennent avec les autres communautés religieuses. La place qu'y occupent les juifs interroge les mentalités médiévales et nous renseigne sur le regard que les chrétiens portent sur eux-mêmes. Dans cette vaste étude qui embrasse 600 ans d'histoire, du Ve au ¬ XIe siècle, Immacolata Aulisa montre que la vie des communautés juives médiévales ne doit pas être uniquement envisagée dans le sillage réducteur de l'antijudaïsme. L'image du juif persécuteur et " déicide " cohabite ainsi avec celle du juif martyr ou persécuté. Le regard porté sur les juifs n'est donc pas toujours connoté de manière négative, comme il le sera plus systématiquement à partir du XIIe. Une étude à la fois érudite et accessible qui bouscule les idées reçues sur les sources de l'antijudaïsme chrétien.

  • Homère a-t-il réellement existé ? La question ne se pose plus mais celle de la composition de
    l'Iliade et de l'Odyssée demeure. OEuvre collective de plusieurs générations d'aèdes, finalement fixée par les grammairiens d'Alexandrie, elle soulève le problème de sa diffusion orale : comment la poésie se transmet elle à travers les siècles ? Jusqu'à quel point le passage à l'écrit influence-t-il l'original ?
    Dominique Casajus répond à ces questions en établissant le parallèle entre l'épopée homérique et d'autres poésies orales : celle des anciens Arabes, des Touaregs, des bardes serbo-croates du début du XXe siècle sans oublier bien sûr les troubadours médiévaux qui brodaient à l'infini, dans une posture poétique solitaire, sur le thème de l'amant délaissé.
    À travers une constellation de figures poétiques, l'ouvrage permet au lecteur d'aujourd'hui de découvrir l'univers de la littérature orale et ses modes de création poétique entre mémoire et improvisation.

  • La mode ? Une dérive « bourgeoise », « baroque », « inutile », « qui passe d'un extrême àl'autre ». Le maquillage? Un « enfantillage occidental », un « travers ridicule et antisocial » opposéaux vrais principes du marxisme-léninisme. Tout comme le port de la cravate, « invention délétèrede l'impérialisme capitaliste », « monstruosité malséante ». Ainsi vont les sentences du Politburo àl'heure du stalinisme triomphant, qui vante le caractère « rationnel », « simple » et « fonctionnel »du style soviétique. A cet égard, l'arrivée de Khrouchtchev au pouvoir inaugure une petiterévolution.La mode retrouve droit de cité au pays du socialisme. Des revues dédiées voient le jour, des défiléssont organisés, les grands couturiers français sont invités à Moscou. L'ouverture, timide, de lasociété soviétique vers l'extérieur, la compétition entre les deux Blocs changent le paysage socialselon des modalités que rendent visibles les pratiques vestimentaires. Le système n'en reste pasmoins fortement hiérarchisé et centralisé, et le pouvoir méfiant à l'égard des modes étrangères.L'Etat-parti tient à contrôler et à réglementer toutes les sphères de la vie quotidienne, y comprisles pratiques vestimentaires.L'étude novatrice de Larissa Zakharova restitue le système complet de la mode soviétique à l'heure de la déstalinisation: conception, production, distribution, consommation d'articles vestimentaires, transferts en provenance de l'Occident, stratégies de contournements, ateliers de couture clandestins... Une somme passionnante qui explore la mode soviétique sous toutes ses coutures.

  • L'opposition entre science et foi religieuse, que l'on pourrait croire d'un autre âge, est réapparu depuis plusieurs années. Un peu partout dans le monde, aux États-Unis d'abord, et aussi dans le monde arabe ou en Europe, les créationnistes combattent avec virulence une vision du monde héritée des découvertes et de la méthode scientifiques. L'auteur démontre ici que l'offensive créationniste, qui cherche à implanter l'idée que le caractère divin de la Création pourrait être prouvé, relève d'une entreprise politique de conquête des esprits. Qui sont les créationnistes contemporains ? Quelles stratégies mettent-ils en oeuvre ? Quels sont leurs arguments, leurs réseaux ? Et surtout, comment combattre les contre-vérités qu'ils diffusent? Cédric Grimoult répond aux objections, souvent contradictoires, que les créationnistes opposent à la théorie de l'évolution. Il alerte également leurs opposants qui situent trop souvent leurs réponses sur le même plan idéologique. Pas plus que les créationnistes ne peuvent prouver l'intervention divine, les scientifiques qui le souhaiteraient ne peuvent l'infirmer. Science et foi ne s'opposent pas, tout simplement parce qu'elles ne se situent pas sur le même plan. Ce livre offre aux enseignants, comme à chaque citoyen, les arguments nécessaires dans la lutte contre l'obscurantisme et la manipulation.

  • Qu'est-ce qu'un « noir », un « métis », un « blanc » en plein siècle des Lumières, alors que la France pense créer la figure de l'homme universel ? Qui a inventé la « couleur de peau » ? Cet ouvrage fait revivre le grand débat qui vit s'affronter, sous la Révolution, adversaires et partisans du préjugé de couleur. Une querelle politique et philosophique, ouverte par la brusque remise en cause de l'ordre esclavagiste dans les colonies françaises d'Amérique. Deux hommes vont s'opposer à coups de libelles et de pétitions : Julien Raimond, fondateur de la Société des Citoyens de Couleur qui revendique l'« égalité de l'épiderme », et Moreau de Saint-Méry, porte-parole des colons. À partir d'archives inédites, Florence Gauthier offre à ses lecteurs de nouvelles perspectives pour comprendre le clivage qui oppose en France et dans le monde, les ambitions du différentialisme et de ses taxinomies à celles de l'universalisme et de son unité affirmée du genre humain.

  • En mars 1981 débuta à Moscou l'une des plus grandes opérations d'espionnage du siècle dernier, l'Affaire Farewell : le colonel du KGB Vladimir Vetrov remettait à un Français mandaté par la DST les premiers documents prouvant l'ampleur du pillage scientifique et technologique soviétique à l'Ouest. Les deux blocs sont alors en pleine Guerre froide et François Mitterrand, récemment élu, révèle au président Reagan les dessous de cette affaire avant d'ordonner l'expulsion de 47 " diplomates " soviétiques. Plusieurs acteurs-clés de l'opération révèlent ici ses aspects restés encore secrets, à Moscou, à Paris et à Washington. Entre autres, le lecteur découvrira les témoignages inédits de l'homme qui était au contact de Vetrov à Moscou, et de Richard V. Allen, conseiller à la Sécurité nationale du président Reagan, qui explique comment Reagan et la CIA ont utilisé les renseignements de Farewell pour perturber le complexe militaro-industriel soviétique. Et accélérer la chute de l'URSS. À travers les interventions de Raymond Nart pour la DST, de Daniel Vernet, correspondant du Monde à l'époque, de Françoise Thom, Bertrand Warusfel et Olivier Forcade, mais aussi d'Igor Preline qui apporte le point de vue soviétique du KGB, Farewell éclaire les dernières zones d'ombre d'une des plus singulières affaires d'espionnage des années quatre-vingts.

  • Faire voir, ou entendre, la République pour la faire aimer : voilà le rôle, aujourd'hui comme hier, des emblèmes étudiés dans cette vaste fresque, résultat de trente ans de recherches. Un monument de savoir, à l'école de Maurice Agulhon, qui retrace l'origine, la signification, les métamorphoses des symboles visuels, graphiques et sonores incarnant la République et ses valeurs. Images de la Liberté comme Marianne et le bonnet phrygien ; panoplie d'emblèmes comme le drapeau tricolore, la Marseillaise, la fête nationale, le coq gaulois, le faisceau de licteur, le monogramme RF... Sans oublier ces " monuments parlants " que sont les mairies, les statues civiques, les noms de rue, le Panthéon, les monuments aux morts de la Grande Guerre... L'époque révolutionnaire fut la principale " fabrique des images ", qui s'imposent définitivement dans les premières décennies de la Troisième République. Multipliant les inscriptions et les emblèmes, la France de Jules Ferry pratique une décoration cumulative, foisonnante et éclectique. Avec l'homme du 18 juin, la Cinquième République apporte son lot de créations ou de métamorphoses : reprise de la croix de Lorraine, rôle nouveau donné à l'image du président de la République... Une histoire vivante qui plonge au plus profond de notre imaginaire républicain. " À ma connaissance, il n'y avait pas encore de synthèse aussi ample, documentée, réfléchie... Cette hauteur de vue fait de cet ouvrage l'oeuvre d'un véritable historien, d'un érudit sans oeillères. À cela s'ajoute le souci d'indiquer la profondeur historique de chacun des éléments de son objet, qu'il s'agisse des emblèmes inscrits sur le bois et la pierre ou qu'il s'agisse des arbres, tous éléments traités de leur origine à aujourd'hui. " Alain Corbin

  • Perçue dès la fin du XIXe siècle comme secondaire, vouée à s'éteindre au profit des assurances naissantes puis de la Sécurité sociale, l'assistance aux plus démunis revient aujourd'hui en force. Sa place dans les politiques publiques a beaucoup évolué au fil des décennies.D'abord monopole des œuvres caritatives au XIXe siècle, elle est prise en charge par les municipalités à la fin du siècle, sur fond de IIIe République sociale naissante ; ce n'est qu'ensuite, au tournant du XXe siècle, que l'État intervient par plusieurs lois sociales majeures.Cette histoire de l'assistance en France conduit à mettre en avant un fait occulté, et pourtant fondamental : l'aide aux pauvres s'est aussi faite sous double condition de vulnérabilité sociale et sanitaire. Indigents malades, vieillards, handicapés physiques et mentaux, femmes en couche, ont été des publics prioritaires, considérés comme non responsable de leur situation. Sous des formes certes atténuées, le traditionnel clivage entre " bons " et " mauvais " pauvres a longtemps perduré dans la France contemporaine.Cet ouvrage montre aussi que les pouvoirs publics, locaux et nationaux, se sont toujours appuyés sur les œuvres caritatives, devenues aujourd'hui associations de solidarité. Une collaboration rendue nécessaire pour faire face à un fléau à nouveau actuel.

  • À la fin des années 1920 naît la première organisation antiraciste française, la Ligue internationale contre l¬'antisémitisme (LICA, actuelle LICRA). Ciblant d¬'abord les manifestations antijuives qui surviennent en Europe centrale et orientale, elle doit très vite affronter la résurgence de l¬'antisémitisme dans une France où on le croyait à tort éteint, et faire face à un défi sans précédent, le national-socialisme.
    Dans le contexte tourmenté des années 1930, les militants de la LICA inventent une doctrine et se dotent de moyens d'¬action. À côté des batailles rangées contre leurs adversaires, du boycottage des dictatures et d'une propagande véhémente, ils définissent un projet politique visant à donner une dimension institutionnelle à l¬'antiracisme dans la France républicaine.
    S'¬appuyant sur des fonds d¬'archives inédits et considérables - dont les archives de la LICA rapatriées de Moscou au début des années 2000 -, Emmanuel Debono retrace l¬'histoire des pionniers du militantisme antiraciste en France, avant que la défaite de 1940 ne plonge leur idéal dans les ténèbres. Il met en lumière l¬'attitude des pouvoirs publics, celle des élites politiques et intellectuelles, en métropole comme en Afrique du Nord, face à des démonstrations de haine souvent minimisées.

  • Par sa vie comme par son œuvre, Antonio Gramsci (1891-1937) est l'un des penseurs les plus fascinants du XXe siècle. Secrétaire du Parti communiste italien en 1924, il est arrêté deux ans plus tard et va passer le reste de sa vie en prison ou à l'hôpital. Il ne retrouvera la liberté que quelques jours avant sa mort. C'est durant cette décennie d'incarcération qu'il va rédiger sur plus de trente cahiers un ensemble de réflexions, de méditations, d'analyses qui constituent l'un des plus riches monuments de la philosophie politique du siècle dernier. Mais l'histoire des cahiers recèle de nombreuses zones d'ombre. Combien en existe-t-il au juste ? Trente-deux comme le veut l'histoire " officielle " ? Ou trente-trois comme de nombreux éléments amènent à le penser ? Cette question n'a rien d'anecdotique. En effet, Gramsci était révulsé par le stalinisme et il se peut même qu'il ait pris ses distances avec le communisme. Un ultime cahier – qui aurait disparu – pourrait renfermer son testament politique. Franco Lo Piparo nous emmène de Rome à Moscou en passant par Cambridge, Paris ou Madrid dans les arcanes d'une histoire digne d'un roman d'espionnage où s'entrechoquent interrogations idéologiques, impasses intellectuelles et mœurs politiques des années trente. De cet univers chaotique émerge la figure d'un Gramsci certes prisonnier des geôles fascistes et des pratiques staliniennes, mais également d'un Gramsci dont la liberté d'esprit demeure totale.

  • On qualifie de " marranes " ces juifs convertis de force à la foi catholique à partir de la fin du XIVe siècle dans la péninsule Ibérique. Mais qu'entend-on réellement par " marrane " ? S'agit-il d'un nouveau-chrétien perpétuant secrètement la foi juive ? Ou bien d'un converti animé d'une foi chrétienne sincère, mais souvent conçue selon des modalités nouvelles ? Le crypto-judaïsme correspond-il à une réalité historique et une pratique quotidienne ou bien a-t-il été inventé, voire " fabriqué ", par le Saint-Office ? Le marranisme se signale par sa complexité comme par son extraordinaire capacité à persister dans le temps. Il s'agit d'un fait social total, comportant de nombreuses dimensions : religieuse et culturelle, mais aussi économique, sociale, politique, et identitaire. Nourris, entre autres, aux riches archives des procès de l'Inquisition, qui recèlent de nombreux détails des vies collectives et individuelles, les textes du présent recueil viennent compléter la trilogie que Nathan Wachtel a consacrée aux études marranes. C'est à un voyage dans le temps et la longue durée qu'il nous convie, mais aussi à un questionnement : le concept de marranisme ne serait-il pas pertinent pour s'appliquer aussi à des phénomènes contemporains ?

  • À l'heure du succès de la world history, du dialogue tous azimuts entre les sciences sociales et du désenclavement de l'histoire politique, la compréhension du XXe siècle français exige de nouveaux outils d'analyse, un regard neuf, une critique féconde. Réflexion salutaire à laquelle se livre Jean-François Sirinelli dans cet essai qui bouscule avec bonheur nos traditionnelles grilles de lecture. Revisiter le siècle des deux guerres mondiales, interpréter ce temps long marqué par l'avènement de la culture de masse et l'affirmation insolente des baby-boomers, c'est d'abord faire le choix de nouvelles périodisations. Pour Jean-François Sirinelli, la césure du XXe siècle n'a pas eu lieu en 1945, mais au mitan des années 1960. C'est l'époque des adieux à l'Empire : après plus d'un siècle de domination coloniale, le pays se rétracte aux dimensions de l'Hexagone. C'est aussi l'époque de l'adieu aux armes : la guerre disparait de l'horizon national. Jean-François Sirinelli scrute cette accélération du temps qui signe les " Vingt Décisives " (1965-1985). Plaidoyer pour une histoire politique revivifiée, ouverte au grand large de la " culture-monde ", attentive à la circulation des idées, cet essai pose aussi les jalons des grands défis qui attendent les historiens du XXIe siècle.

  • Mendès et de Gaulle au regard de l'histoire : l'étude croisée qui réunit enfin les deux hommes d'État.Un officier hautain né de parents catholiques, républicain autoritaire habité par une conception monarchique de l'État et cultivant une méfiance instinctive à l'égard du parlementarisme. Un avocat de gauche d'origine juive, nourri au lait du radical-socialisme et passionnément attaché au système des partis. De Gaulle et Mendès France, ou l'avers et l'envers de la France d'après-guerre... Les divergences bien réelles entre les deux hommes ne doivent pourtant pas faire oublier ce qui les rapproche : refus des compromissions, passion de l'indépendance nationale, désintéressement, défi permanent lancé à la fatalité.Entrés en relation durant la guerre, bêtes noires de l'extrême droite, patriotes sourcilleux attachés au progrès social, les deux hommes furent, chacun dans leur registre, des réformateurs et des modernisateurs. Pour la première fois, les contributeurs de ce livre confrontent leurs pensées, leurs actions, leurs mémoires. En étudiant leurs apports respectifs, et en suivant le fil historique de leurs relations, ils revisitent des questions qui n'ont rien perdu de leur actualité : la France, la République, le sens de la grandeur...

  • Est-il concevable qu'une période historique longue de quarante ans, qui vit s'instaurer un système bipolaire au niveau mondial, entraînant la planète dans une grille de lecture du monde manichéenne, n'ait trouvé aucun écho dans les communes et les départements français ? Peut-on au contraire imaginer découvrir quelques traces de ce conflit géopolitique dans les comportements politiques et les pratiques culturelles qui se sont déployés aux échelons infranationaux ? Ce sont ces deux questions, faussement naïves, auxquelles cet ouvrage se propose de répondre. Adossée au réseau des correspondants de l'Institut d'Histoire du Temps Présent (CNRS), pluridisciplinaire dans ses approches, l'enquête collective est portée par une double ambition : retrouver de la Guerre froide ailleurs que là où elle est communément située et interprétée, repérer une autre Guerre froide que celle élaborée par les seuls acteurs des relations internationales. Vue d'en bas, quelle Guerre froide rencontre-t-on ? Est-elle au moins encore guerrière ?

  • Pour le peuple arménien dont l'histoire remonte à plus de trois mille ans, il n'existe curieusement que peu d'études sur son historiographie. La majeure partie des travaux se concentrent sur son passé antique ou médiévale, prennent la forme de synthèses, ou pèchent par leur caractère idéologique.
    Souvent dominés et écartelés en plusieurs États, les Arméniens ont très tôt acquis une expérience transnationale du récit historique incarnée par un personnage clé, Moïse de Khorène. Auteur du Ve siècle pour les uns, du VIIIe siècle pour les autres, mais « père de l'histoire arménienne » pour tous, Moïse et Khorène a imposé son modèle historiographique jusqu'au XVIIe siècle en combinant documents d'archives et sources orales. Au XVIIIe siècle, la rencontre avec la modernité a bouleversé cet héritage Khorénatsien sans pour autant favoriser l'émergence d'une histoire critique. Le temps n'est-il pas venu, à l'heure du centenaire du génocide de 1915, d'ouvrir la réflexion à des approches nouvelles, d'énoncer les ambivalences de l'écriture historique arménienne et de s'interroger sur l'existence de ce qui ressemble à un roman national ?
    Cet ouvrage a pour but de mesurer, des origines à nos jours, l'impact des récits historiques et des représentations sur les consciences arméniennes, sur la notion d'héritage collectif et sur la construction d'une identité mutilée par l'histoire mais préservée par la mémoire.

  • Pendant longtemps, l'histoire n'a retenu de la Première Guerre mondiale en Orient que le rôle de son brillant agent Lawrence d'Arabie. Le succès mondial des Sept piliers de la Sagesse a fortement contribué à répandre la vision d'une nation arabe en quelque sorte créée par les Britanniques et à l'inverse repoussée avec virulence par les Français. S'appuyant sur des fonds d'archives français en grande partie inédits, Vincent Cloarec entreprend ici une relecture non seulement de l'action britannique mais également des rapports entre Français et Arabes au début du xxe siècle. Il montre que la France tient une place prépondérante en Orient jusqu'à la guerre, grâce à la mise en place par la IIIe République d'une véritable « civilisation levantine ». Il souligne la vigueur d'une politique partagée entre maintien des formes d'influence traditionnelles et volonté d'accompagner les changements identitaires en cours : la France est à l'origine des principales initiatives prises en Orient durant la guerre, notamment celle aboutissant à la révolte arabe de 1916 et, au milieu de la guerre, elle amorce une véritable politique arabe qui annonce la diplomatie gaullienne des années 1960. L'auteur analyse également les contradictions de son action, fondées essentiellement sur l'absence d'une vision claire de la Syrie et des Syriens, ainsi que sur la crainte de l'émergence d'une nation arabe. Ces incohérences aboutissent à la fin de la guerre - puis à travers les traités de 1919-1923 - à cette aberration que sont les mandats de Syrie et du Liban. Vincent Cloarec, dans la tradition des grands travaux de l'histoire des relations internationales, s'attache à démonter tous les ressorts d'une politique de puissance en redonnant pleinement sa place à l'un des axes majeurs des relations franco-arabes depuis un siècle : la politique culturelle.

  • Les premières années de la ve République ont vu dans le domaine de l'armement une série de réorganisations et de décisions qui ont commandé pendant des années la situation de ce secteur, souvent jusqu'à aujourd'hui. Cet ouvrage, auquel participent aussi bien des historiens que des acteurs majeurs de l'époque, replace cette question complexe dans ses différents cadres : institutionnel (création de la Délégation ministérielle pour l'armement), économique et financier (premières lois de programmation militaire, exportation d'armes), innovation technique (Mirage IV, circuits intégrés). Le contexte international et les politiques publiques ont ici un fort impact et sont étudiés en détail : que ce soit les rapports avec l'OTAN pour l'armée de l'air, la genèse de la force de dissuasion nucléaire avec le choix de ses différents vecteurs ou l'industrie de l'hélicoptère lors de la guerre d'Algérie, la coopération industrielle avec l'Angleterre ou l'Allemagne. Cet ouvrage de synthèse qui est pionnier en la matière ouvre de larges perspectives tant sur les relations internationales que sur l'histoire économique et industrielle de la France gaullienne.

  • On croyait tout savoir de Georges Clemenceau : les combats du député anticolonialiste et du journaliste dreyfusard, les convictions du sénateur radical et du " premier flic de France ", la ténacité du " Père la Victoire". Il manque pourtant une facette à cet homme exceptionnel : celle de l'orientaliste habité par la tentation du Japon. Nourri d'archives inédites, le livre de Matthieu Séguéla nous invite à découvrir ce Clemenceau méconnu. Le Japon de Clemenceau est foisonnant. Il est fait d'amitié avec ses deux alter ego, le prince Saionji et le peintre Monet. Il est empreint de bouddhisme et d'esthétisme avec sa grande collection d'art japonais. Il est fait d'admiration pour le modèle de modernisation qu'il offre à la vieille Asie. Ce Japon, Clemenceau le défend dans ses journaux, l'associe à sa diplomatie d'entente en 1907, se bat pour faire venir son armée dans l'Europe déchirée par la Première Guerre mondiale. Mais le Tigre était un visionnaire : une fois la paix revenue, il sera le premier à s'interroger sur les dangers de l'impérialisme du Japon dont il reste toutefois l'ami.

  • Depuis l'époque romantique, l'imaginaire collectif associe volontiers l'an mille à une ère de violence et de superstition, avec son cortège de guerres, de famines et d'épidémies. Fléaux du temps que les mentalités médiévales auraient interprétés comme autant de signes annonciateurs de la fin du monde. Comme le démontre avec force Pierre Riché, cette vision cauchemardesque d'une époque hantée par la catastrophe n'a qu'un très lointain rapport avec la réalité. Car les années autour de l'an mille furent, d'abord et surtout, l'âge d'une renaissance intellectuelle et artistique en Occident. Elles virent l'entrée dans la chrétienté des nouvelles églises de Hongrie et de Pologne. Deux personnalités dominent cette époque charnière : le tout jeune empereur Otton III et le pape Gerbert-Sylvestre II, le plus grand savant de son temps. Empereur et pape s'entendent – fait exceptionnel au Moyen-Âge – pour faire de Rome leur capitale

  • Eugène Sue en a décrit les bas-fonds, Victor Hugo les barricades, Musset les femmes et les jardins. Balzac en fit une pièce maîtresse de son oeuvre, entre splendeurs et misères des ambitions qui se heurtent, des illusions qui s'évanouissent, de l'argent qui élève et corrompt. C'était le Paris romantique, le Paris des mansardes et des grisettes, des faubourgs et des barrières d'octroi. Une capitale qui n'avait guère changé depuis l'Ancien Régime et que les travaux du baron Haussmann défigureront à jamais. Sylvain Ledda fait revivre cette ville disparue, dévoilant les visages de Paris sous la Restauration et la monarchie de Juillet, des rituels de la vie sociale aux événements qui firent date. Une belle étude en forme de promenade littéraire et historique qui explore les lieux emblématiques du Paris romantique : le boulevard, les jardins, mais aussi les lieux de légendes urbaines, telle la maison du bourreau, objet de fascination et de répulsion. Le livre part aussi à la rencontre de quelques figures du Paris de 1830, poètes, dandys, inconnus en quête de gloire, criminels dont on relate les exactions dans les colonnes des journaux. D'une scène de théâtre à un salon mondain, d'un magasin de nouveautés à une allée du Luxembourg, chaque page invite à redécouvrir Paris à une époque décisive de son histoire

empty