Presses Universitaires du Septentrion

  • La structuration des activités juridiques et médicales en Europe depuis le xviiie siècle a été jusqu'ici trop peu étudiée de manière conjointe, sous l'angle de leur professionnalisation et de leur inscription territoriale. L'ouvrage résulte d'une collaboration pluridisciplinaire entre historiens, sociologues et juristes. Après avoir présenté la notion de professionnalisation, dans ses dimensions historiographique et sociologique, les contributions analysent les modalités, les rythmes et les limites de la structuration de métiers liés au droit, à la médecine et à l'ordre public dans l'aire continentale ouest-européenne marquée par la tradition romaine (France, Espagne, Italie, Belgique, Allemagne). De manière originale, les professions libérales au sens strict sont rapprochées d'autres métiers d'ordre public (juges, policiers, gardes champêtres...).

  • Édifice religieux monumental, la cathédrale représente un symbole spirituel, patrimonial, culturel et politique. C'est pourquoi elle est confrontée, en temps de guerre, aux effets et à la violence de celle-ci : sa taille la désigne comme un objectif repérable de loin ; sa fonction religieuse en fait un symbole pour rassembler la population ; elle peut susciter au contraire une volonté de destruction, notamment iconoclaste, de la part de l'adversaire ; les cérémonies qui s'y déroulent pendant ou après les conflits implorent la protection divine, demandent la victoire, honorent les morts. Les enjeux politiques se mêlent aux dimensions spirituelles pour élever certaines cathédrales en symboles nationaux. Enfin, l'édifice est un lieu de mémoire des guerres, par ses cicatrices, ses mémoriaux, ses cérémonies du souvenir, voire de réconciliation. La situation des cathédrales en Europe occidentale des guerres de Religion jusqu'à nos jours - une période marquée par de nombreux et amples conflits - en témoigne.

  • Si l'histoire de l'éducation évoque souvent les élèves, elle en fait trop rarement des acteurs à part entière du système éducatif. La place des élèves renvoie pourtant à l'enjeu de la vie en démocratie. L'école est tout autant un moyen pour une société de former, informer et conformer la jeunesse, qu'une institution plurielle façonnée par celles et ceux qui la fréquentent. Ce livre, second tome de la publication d'un vaste travail collectif sur l'histoire de l'enfance et de la jeunesse scolarisées, vise à retrouver les élèves à travers leur adhésion ou leurs contestations de l'ordre imposé par l'école, lui-même changeant, et leur participation à la vie des écoles. Quatorze textes explorent la diversité des sources donnant accès aux actes et aux paroles des élèves de divers établissements. En accordant une place importante aux dernières décennies du xxe siècle, qui connaissent des développements décisifs, il s'agit aussi de donner toute sa profondeur chronologique à cette histoire.

  • Michel Debré, maître d'oeuvre de la Constitution de la ve République, premier chef de Gouvernement du général de Gaulle, a également été député de l'île de la Réunion de 1963 à 1988. Qu'allait donc faire un homme de cette stature à l'autre bout du monde ? Pourquoi s'est-il attaché à cette parcelle de territoire français au point d'y consacrer un quart de siècle de combat politique ? En quoi ce combat offre-t-il des points d'observation privilégiés de l'histoire de la ive et de la ve République ? A partir de sa thèse soutenue à l'IEP de Paris en 2002, Gilles Gauvin apporte des réponses grâce à une approche centrée sur les grands enjeux soulevés par la députation de Michel Debré : la nation, la République et la démocratie. Cette étude, qui identifie les problématiques majeures de l'histoire de la Réunion depuis 1946, a été réalisée à partir de nombreux fonds d'archives inédits, en particulier le fonds Réunion des Archives Michel Debré conservé au Centre d'Histoire de Sciences Politiques.

  • Lorsqu'il s'agit du statut des fonctionnaires, on oppose souvent la France à la Grande-Bretagne. Pourtant, dans l'Europe d'après-guerre, ces deux pays cherchent à élaborer un projet commun en matière de fonction publique, notamment dans le domaine culturel. Dans les deux pays, les missions du Louvre et du British Museum sont d'ailleurs les mêmes, mais leurs moyens diffèrent : organisation centralisée ou décentralisée, classement des postes ou des individus, recrutement de fonctionnaires ou de contractuels. Aux termes d'une comparaison entre ce que veut dire travailler au musée entre 1945 et 1981, avec ou sans service public, la singularité française apparaît ailleurs que dans le statut juridique de fonctionnaire. L'opposition entre les formes publique ou privée d'organisation muséale réside dans les aspirations sociales et professionnelles des gardiens et des conservateurs ainsi que les politiques d'emploi mises en oeuvre dans la sphère publique permettant ou non d'y accéder.

  • L'étude du sel à travers les siècles depuis les temps anciens est faite par une approche pluridisciplinaire, où l'homme est face au sel pour sa santé, pour les croyances qui y sont liées et pour les richesses qu'il semble lui procurer. Le sel est un minéral indispensable à la vie et à la santé de l'homme et des animaux, il peut être curatif, mais trop de sel peut nuire. Ses propriétés multiples sont rapportées dans divers récits et ont engendré des légendes. Sa symbolique est forte, de la statue de sel du récit biblique au sel versé sur le sol de Carthage, mais parfois difficile à interpréter. De sa valeur, des échanges qu'il a suscités, le sel est produit, commercialisé et soumis à des taxes dès l'Antiquité ou à l'époque moderne, la célèbre gabelle : l'économie du sel rapporte, mais à qui ? Aux États ? Aux villes ? Aux familles ? Autant de pistes de réflexion que nous abordons dans ce livre qui ne manque pas de sel.

  • Comment un jeune garçon, né au début du xixe siècle dans une famille pauvre du Cambrésis, orphelin de père à trois ans, presque analphabète, promis à l'humble condition d'ouvrier tisserand, accèdera-t-il au pastorat et au statut de notable ? Parce qu'il était conscient du caractère exceptionnel de cet itinéraire, J.-B. Pruvot entreprit d'en retracer les étapes dans une Histoire de ma vie racontée à mes enfants. Il en évoque les moments importants, sa rencontre déterminante, à l'âge de l'adolescence, avec des prédicateurs évangélistes baptistes, dont le message le bouleverse, son ardent désir de prêcher un jour la « parole de Dieu », sa formation auprès de pasteurs américains à Douai, et enfin sa consécration comme pasteur baptiste en 1840, puis comme pasteur de l'église réformée de Verdun. Au-delà de ce témoignage personnel, qui s'étend sur toute une vie, car J.-B. Pruvot tint un journal jusqu'à sa mort en 1878, se profile toute une société en grande partie disparue, celle des petites gens des villages du Cambrésis, ouvriers-tisseurs, brodeurs, artisans-paysans, dans leur existence quotidienne, leurs combats contre la précarité, leurs affrontements, leurs solidarités ; on mesure le retentissement sur leurs destins des politiques qui se décident si loin d'eux : sous l'Empire le cauchemar du « tirage au sort » pour l'armée, les crises économiques, les guerres. De ce texte riche en notations concrètes, en anecdotes pittoresques, émane le sentiment d'une authenticité émouvante et savoureuse.

  • Le souci du paraître et des apparences imprègne nos sociétés occidentales. L'espace européen fut, dès le Moyen Âge, très actif dans l'élaboration de modes de paraître et d'apparences qui ont su s'étendre à d'autres espaces géographiques et culturels. L'apport croisé de différentes disciplines (histoire, histoire de l'art, sociologie, littérature, cultural et fashion studies) enrichit la réflexion sur la sémiologie du paraître et sur ses espaces d'expression du Moyen Âge à nos jours. Les contributions analysent différentes manifestations matérielles du paraître, allant des vêtements et parfums aux décors de table et d'intérieurs, en passant par les objets chinés, les collections d'art et les accessoires high-tech de communication. Elles questionnent différents signes et codes du paraître en relation avec l'âge, le sexe et la profession de leurs promoteurs, et en fonction du moment de la semaine et de l'espace dans lequel ils se manifestent. Elles abordent les échanges de modes de paraître entre différents espaces européens et intercontinentaux, la représentation des apparences des peuples d'espaces géographiques donnés, la question du paraître dans les intérieurs privés ainsi que la fonction emblématique de Paris comme espace de la Mode.

  • Comment améliorer « sa » police ? En regardant ce qui se fait « ailleurs » ; en l'adoptant, parfois. À rebours des historiographies nationales, ce livre fait découvrir l'histoire méconnue des circulations internationales des polices en Europe et à travers l'Atlantique. Il donne à voir les passeurs qui les animent comme les modèles qui se construisent dans les échanges, les transferts, les rejets ou les adaptations des systèmes policiers. Depuis l'Anglais Mildmay révélant le fonctionnement de la police parisienne en 1763 jusqu'à l'Américain Fosdick enquêtant sur la police des capitales européennes en 1913, des observateurs voyagent, étudient et décrivent les polices étrangères. Des administrateurs imposent des réformes justifiées par la supériorité supposée de ces polices voisines, d'autres les refusent énergiquement. Le débat sur la police déborde les limites des États. Neuf études de cas, de Buenos Aires à Paris, de Lisbonne à Rome, de Londres à Berlin, de Bruxelles, Genève ou New York, illustrent la richesse de cette histoire connectée des polices entre Ancien Régime et coopération moderne des polices contemporaines.

  • Si le parti radical naît en juin 1901, le radicalisme remonte aux années 1840, se présentant comme le versant démocratique du « parti républicain ». A ce titre, on le trouve dans l'opposition à tous les régimes qui se succèdent en France jusqu'à la fondation de la IIIe République qui réalise son idéal politique. Dès lors, les radicaux s'identifient au modèle républicain, rationaliste, positiviste, parlementaire, réformiste sur le plan social et attaché à la défense et à la promotion des classes moyennes indépendantes, groupe social émergent de la France au tournant des xixe et xxe siècles. Mais dès ce moment, les divergences de tactique ou de tempérament séparent un radicalisme intransigeant d'un radicalisme de gouvernement, davantage porté au compromis et au gradualisme. C'est ce clivage qui joue à partir des années 1930 et qui, à travers de multiples épisodes, conduit en 1972 à une scission qui fait passer la frontière entre droite et gauche au centre même du radicalisme. C'est le sens de cette longue histoire qui constitue un moment de celle de la nation française que le présent ouvrage s'attache à retracer et à rendre intelligible.

  • Si l'on dispose de travaux d'historiographie et d'épistémologie, de réflexions sur les finalités de l'histoire enseignée - enjeux de connaissance et de mémoire, formation intellectuelle et identitaire, critique et civique -, rares sont les recherches qui s'attachent à confronter les effets de la rencontre entre l'approche théorique et la vérification empirique. A partir d'une double enquête auprès des professeurs et des élèves de l'enseignement secondaire, cette étude aborde à la fois les modalités d'apprentissage et les comportements d'enseignement. Les élèves s'approprient les connaissances historiques (événements, concepts, entités) selon des modalités propres à la pensée naturelle, imageante, analogique, métaphorique, ancrée dans une mémoire collective qui fonctionne aux valeurs. Autant dire que ces processus paraissent peu légitimes aux yeux de la rigueur historienne, et souvent aux yeux des professeurs attentifs à respecter scrupuleusement les critères de la discipline : contextualisation, complexité, chronologie. Ces contraintes pèsent lourdement lorsqu'il faut les concilier avec celles de la situation didactique : attachement au programme, lutte contre le temps. Entre ces coutumes d'enseignement en vigueur dans les classes d'histoire et les processus d'apprentissage mis en oeuvre par les élèves, la rencontre se fait rarement de manière harmonieuse. C'est à ce point qu'il faut réfléchir si l'on veut dégager de nouvelles perspectives sur l'enseignement de la discipline.

  • Depuis les origines du christianisme, des femmes ont vécu une vie consacrée en dehors des ordres monastiques, suivant une voie personnelle et servant l'Église de diverses façons. Les Dames chanoinesses dans les Anciens Pays-Bas présentent des caractéristiques particulières tant par leurs origines, leur mode de vie et leur implantation. Cette particularité s'inscrit dans un certain archaïsme qui a traversé les siècles jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Leur attachement au culte d'un saint fondateur a constitué un facteur de rayonnement parfois en conflit avec d'autres ordres religieux ou avec les institutions cléricales. Violemment critiquées par le clergé, leur insertion sociale et leurs oeuvres charitables en ont fait un facteur social stable, souvent apprécié des populations. Elles furent aussi force de pouvoir et susceptibles de promotion politique. Leur survivance séculaire jusqu'en 1790 reste étonnante.

  • Environnement, Gouvernance, Territoire : aucun des trois mots-clés qui composent le titre de ce livre n'accepte de définition simple et unique. Cet ouvrage se propose de contribuer au débat d'idées engendré par un certain nombre d'actions qui cherchent à concilier l'environnement et le développement des territoires. En effet, dans la région Nord-Pas de Calais, les grandes questions environnementales s'inscrivent dans le contexte particulier de la reconversion, entamée il y a maintenant quarante ans, d'une région longtemps dominée par des activités économiques qui ont laissé un lourd héritage. Cet ouvrage est l'un des premiers en France à offrir une vision, certes partielle et nécessairement hétérogène dans ses composantes et ses approches, de plusieurs des champs majeurs de l'environnement, air, eau, sols à l'échelle régionale. Son intérêt à ce point de vue est double. D'une part de décrire de façon extensive la situation, les dynamiques, le jeu des acteurs autour de ces thématiques dans la région Nord-Pas de Calais, et de permettre ainsi de saisir dans le détail les multiples aspects, la difficulté et la complexité des enjeux qu'il recouvre. Mais il illustre également de façon très nette la pertinence du niveau régional pour appréhender les mises en oeuvre environnementales d'un point de vue opératoire, en tant que réalité collective, rarement explorées comme telles en France. Il esquisse un chemin vers une meilleure déclinaison de l'approche environnementale à ses différentes échelles, nationale, régionale, urbaine ou locale, voire plus fines, et donne ainsi un contenu concret au caractère multiscalaire de l'environnement, en quoi réside l'apport spécifique de la géographie par rapport aux approches de caractère sociologique, économique ou politique.

  • La Fédération de l'Éducation nationale occupait une place originale dans le paysage syndical français, jusqu'en 1992. Elle s'éteint alors en donnant naissance à l'UNSA Éducation et à la Fédération syndicale unitaire. Elle avait acquis une telle influence politique que les enseignants étaient associés à la définition des politiques éducatives. Cette organisation tirait-elle sa particularité de ce qu'on qualifie volontiers de corporatisme, de sa forte représentativité ou encore de son unité maintenue ? Le dépôt de ses correspondances, comptes rendus de réunions, photographies, enregistrements sonores au Centre des archives du monde du travail permet un nouveau regard. Fruit d'un travail pluridisciplinaire, cet ouvrage reproduit une sélection de documents et comprend une bibliographie exhaustive ainsi qu'une présentation des archives de la FEN. Historiens, sociologues et archivistes ont croisé leurs analyses sur les doctrines et les pratiques du syndicalisme enseignant et les ont confrontées aux avis et témoignages des acteurs, offrant ainsi un éclairage inédit. Comment la FEN parvenait-elle à préserver un univers et un horizon communs tout en s'accommodant d'une diversité de positions revendicatives, d'idéologies, de cultures professionnelles en son sein ? Le jeu des tendances notamment laissait libre cours à un rapport original aux autres organisations (syndicats ouvriers et étudiants, mutuelle...). Cette histoire de la conquête d'une autonomie de la société enseignante marque encore les mobilisations contre les politiques actuelles, que ce livre aide à comprendre.

  • Autant la haine comme support de la violence sociale s'impose-t-elle comme une évidence dans l'espace de la réflexion sur les sociétés, autant son approche historique souffre-t-elle de cette évidence même tant il est aujourd'hui difficile d'aborder ce sujet hors de l'obligation morale de la condamnation des auteurs ou de la compassion pour les victimes. C'est pourtant dans cette voie, celle d'une réflexion historique sur la haine, c'est-à-dire celle de la prise en compte de la complexité des phénomènes de haine, haines dites ou manifestées dans l'intérieur de la Cité, dans des contextes institutionnels et socioculturels précisément situés et décrits, et en investiguant les différentes formes de discours qui l'expriment, que s'engage le présent ouvrage. Il invite donc, au-delà de la certitude première que la haine est destructrice du lien social, à s'interroger certes sur les conditions de surgissement de la haine, et celles de son contrôle, mais également sur la possibilité de comprendre l'expression positive de la haine. « Positive », on s'en doute, dans tous les cas, pour ceux qui fondent leur raison politique sur la haine et le rejet de l'Autre, mais positive encore lorsqu'elle est invoquée dans un tout autre esprit, « haine des méchants » ou « haine de la tyrannie », à l'appui cette fois d'un ordre social considéré comme juste. Le croisement du regard de l'historien, étendu de manière inhabituelle de l'Antiquité au xxie siècle, avec ceux du musicologue ou du linguiste, dans une démarche pluridisciplinaire inaccoutumée, contribue ainsi à dégager les premiers éléments d'une réflexion historique sur la haine comme passion sociale.

  • De la boutique artisanale à l'atelier flexible, de la proto-industrie aux restructurations, les quatre siècles d'histoire des arsenaux de terre sont ceux des ingénieurs de l'Armement aux sources de la continuité de l'État et des « ouvriers de l'État » dont les privilèges, comme ceux de l'entrepreneur, redessinent l'Ancien Régime, et les statuts successifs les Empires et les Républiques, bref, les consensus nationaux. Les archives nationales et syndicales retracent l'élaboration de la rationalisation du travail ou du concept de « nationalisation » des programmes de gauche. Le syndicalisme naissant, le basculement vers le pacifisme des militants de 1918, l'engagement résistant de ceux de 1940, les révocations des années 1950, le pluralisme syndical de la fin du xxe siècle sont éclairés sous un nouveau jour. Étrange destin que celui d'hommes de paix travaillant pour la guerre ! Illustrissimes, l'on ignorait un peu de ce qu'ils furent : Danton, Thomas, Tillon, Gonin... Inconnus, ils sont parfois essentiels : Gervaise et Voilin, précurseurs de la CGT et de la gauche, les ingénieurs visionnaires Danzel ou Enjalbert... une multitude a contribué à façonner notre monde, militants des villes de manufacture et d'arsenal ou simples héritiers de dynasties ouvrières... Douze larges extraits de documents originaux dont 10 inédits, 32 illustrations, 24 graphiques et tableaux introduisent le lecteur dans cet univers qui n'est autre que le sien... et où la volonté politique l'emporte sur la fatalité, au rebours des idéologies dominantes.

  • Cet ouvrage contribue, à partir d'études de cas empruntées au passé de la France et de l'Allemagne, à une réflexion sur les problèmes que pose la transition de la guerre à la paix. Il aborde la question : comment construire la paix ? à partir d'un angle d'attaque qui fait la part belle à la dimension confessionnelle, dont on sait l'importance - et l'ambivalence - pour la représentation des conflits comme pour la construction de la paix dans l'espace germanique et, dans une moindre mesure, dans l'histoire de la nation française. Il retrace l'évolution qu'ont connue, au fil de quatre siècles, les réflexions sur la guerre et la paix en France et en Allemagne, et il analyse les causes intérieures et extérieures de la fragilité des paix. Un accent est d'abord mis sur les traités de paix de Westphalie qui ont comblé les lacunes de 1555 et offert des garanties juridiques fondamentales. Puis les auteurs montrent comment l'inadéquation s'est creusée, au xviiie et au xixe siècle, entre les théoriciens de la paix et les chantres des conflits, l'adversaire devenant, d'hérétique ou rebelle, l'ennemi de la nation. Les divergences entre chrétiens pacifistes et adeptes d'une forte présence militaire ont alors incité certains protestants à distinguer de plus en plus la sphère privée de la sphère publique. Cette distinction se retrouvera même chez des résistants au Troisième Reich et sera également, pendant la Guerre froide, au coeur des débats entre adeptes ou détracteurs du réarmement.

  • Après le nazisme et sa perversion de l'idée de Nation, la question nationale allemande est loin d'être réglée au début des années cinquante. Elle se pose à nouveau aux occupants occidentaux qui sont chargés de la gestion de l'Allemagne dans son état intermédiaire entre stricte occupation et retour à la souveraineté et doivent, avec les nouveaux dirigeants allemands, conduire le pays sur la voie d'une démocratie durable et d'une Europe de paix. Dans cette entreprise, un objectif majeur est d'empêcher la renaissance du nationalisme allemand considéré comme le germe de la catastrophe du xxe siècle. Or, en raison du caractère protéiforme du concept, la tentation est grande de débusquer le nationalisme derrière toute manifestation d'existence nationale dans l'Allemagne en reconstruction. Cette étude ne s'arrête pas au sens restreint de la question nationale allemande, limité au problème de la division et aux moyens de son dépassement, mais elle l'envisage dans ses nombreuses manifestations : ce sont des questions de territoire, de population, de nationalité, de souveraineté et d'identité qui dominent les débats majeurs de l'époque tels le réarmement et le positionnement de l'Allemagne occidentale en Europe. Les archives ont conduit à étudier ces phénomènes en intégrant le regard des membres du Haut-commissariat français en Allemagne. Il en ressort que le danger putatif d'une renaissance du nationalisme est un prisme révélateur des problèmes de statut, de perception et d'image de soi dans les rapports de la jeune Allemagne fédérale avec la France.

  • Roubaix a attiré depuis des décennies de nombreux chercheurs de disciplines diverses (sociologues, économistes, historiens, géographes, anthropologues...). Les caractéristiques peu communes de la ville, son histoire industrielle singulière, les transformations successives de son cadre urbain en font, à bien des égards, une ville laboratoire. Ces travaux restent souvent peu connus ou peu accessibles. L'ouvrage, issu d'un colloque organisé en novembre 2003, propose une synthèse de ces divers travaux, récents ou plus anciens, et trace de nouvelles pistes de réflexion sur la ville. Un retour sur les transformations de la ville depuis cinquante ans s'imposait alors que Roubaix est engagé dans une dynamique de renouvellement urbain qui ouvre de nouvelles perspectives pour l'avenir. L'ouvrage rassemble des contributions d'historiens, de géographes, de sociologues, de politistes mais aussi d'acteurs politiques et administratifs de la ville.

  • Le geste technique est reconnu comme partie intégrante d'un « patrimoine immatériel » par la richesse inégalée des métiers vivants. Comment comprendre ce mouvement du corps ouvrier dans toutes ses nuances, au fil du temps, grâce aux mots, aux images et aux traces matérielles ? L'ouvrage est un hommage à l'anthropologue François Sigaut (1940-2012). Conçu par les auteurs comme outil essentiel à qui souhaite saisir la multiplicité des approches, il revient sur les bilans et perspectives des recherches universitaires les plus récentes. Le geste prime sur les mots et valorise l'individu inscrit dans une communauté d'expérience, d'acquis et d'excellence. Sont déclinés l'apprentissage d'un geste pour produire et transformer, la vie du geste et le geste artificiel. Les contributions sont pluridisciplinaires : verrerie, pierre, céramique, art campanaire, bijouterie, lutherie, mine, industrie textile, chantier naval, cuir, techniques agricoles ou alimentaires... Dès le xviiie siècle, le geste, initiateur des métiers, s'émancipe de l'atelier, compose avec la machine et abandonne progressivement l'outillage traditionnel. Au xxe siècle, la machine supplante parfois intégralement l'homme dans la réalisation du geste qui sera intégré, disséqué et exécuté par la robotique au xxie siècle.

  • Comment un Parti socialiste, marxiste, urbain et ouvrier, théoriquement partisan de la propriété collective peut-il s'imposer sur la scène politique française, à une période où la paysannerie et le monde rural forment encore la partie majoritaire de la population et de l'électorat, où les petites exploitations agricoles semblent sortir renforcées du premier conflit mondial et alors que triomphe l'idéologie agrarienne qui fait du paysan le pilier et l'essence de la nation ? C'est à cette question que s'attache cet ouvrage, en dressant une vaste fresque des liens entre paysannerie et politique durant l'entre-deux-guerres, opérant une relecture nécessaire de quelques grands événements, du congrès de Tours au Front populaire, mais aussi soucieuse des modalités concrètes de l'enracinement partisan, en multipliant en variant les focales et les espaces d'analyse. Cette période est en effet un moment clé dans l'émergence de nouvelles pratiques politiques au sein d'une paysannerie de mieux en mieux intégrée à la sphère nationale. Le processus d'implantation électorale et militante de la SFIO dans les campagnes met en évidence les nouvelles modalités de l'expression et de la représentation politique des ruraux, notamment à la faveur de la crise des années trente, qui voit l'émergence d'une nouvelle génération d'acteurs paysans.

  • La destinée historique de la région de Palestine apparaît comme singulière. Terre réputée sainte par les fidèles de trois grandes religions, elle n'a que rarement constitué au cours des siècles une entité politique indépendante. Elle a, au contraire, été soumise à la domination successive de plusieurs grands empires, au sein desquels elle n'a joué qu'un rôle marginal. C'est au xxe siècle, avec l'éclatement de l'unité politique du Moyen-Orient que la Palestine connaît une évolution qui la distingue nettement des régions voisines. L'entreprise de renaissance nationale juive qui y est menée par les militants du sionisme, à la faveur des bouleversements provoqués par les deux guerres mondiales, se heurte à l'opposition résolue de la population arabe. Le choc de deux légitimités totalement opposées est la cause majeure d'un conflit dont la dimension est à la fois locale, régionale et internationale. L'issue de ce conflit reste incertaine malgré l'amorce d'un processus de règlement pacifique.

  • Le « pays » de Trith-Saint-Léger illustre l'infinie variété des paysages industriels du Nord. Les terroirs, très divers, se couvrirent, lors du premier âge industriel, d'usines parfois similaires, souvent différentes : leur alchimie ou sein des territoires ne fut jamais exactement la même. C'est donc un cheminement économique et l'élaboration d'une société originale que l'on découle ou travers d'un « pays » singulier. Au commencement, une campagne fécondée par la mine, un peu d'industrie sucrière et de textile, des brosseries et par un Belge venu de Charleroi avec ses capitaux et ses ouvriers. La graine semée en 1826, simple usine à fer comme tant d'autres en France, tarde à s'épanouir puis, en trois décennies de restructurations, se mue en une puissante usine sidérurgique intégrée, principale division dans l'entre-deux- guerres de fun des premiers groupes de la sidérurgie française, les Forges et Aciéries du Nord et de I'Est. D'outres établissements métallurgiques complètent le paysage. Vigilant autant aux stratégies d'entreprises, à la diversité des patronats et des cadres qu'à la formation de la main- d'oeuvre, au mouvement politique et associatif, le livre d'Odette Hardy-Hémery retrace pour cette ville l'histoire collective d'une aventure industriel et humaine. Aujourd'hui, la sidérurgie a presque totalement quité Trith- Saint-Léger cette rupture brutale n'est pas insurmontable, à tel point que la ville attire et que la familiarité avec une civilisation industrielle a contribué à l'émergence de l'Université. Un territoire industriel veut se donner les chances de renoue sans délaisser son passé

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