Publications de l'École française de Rome

  • Autocéphalies : l'exercice de l'indépendance dans les Eglises slaves orientales (IXe-XXIe siècle) Nouv.

    L'histoire des Églises autocéphales - gouvernées de manière indépendante sans autorité ecclésiastique supérieure, mais sans renoncer à la communion interecclésiale - est généralement exposée dans les termes de la controverse et construite à l'aune des revendications politico-identitaires contemporaines. En ce sens, elle est fidèle à son creuset moderne : les nationalismes balkaniques du XIXe siècle, qui présentaient le statut des Églises locales des nouveaux États comme la simple continuation des Églises autocéphales médiévales. Pour dépasser ce récit des origines, avec ses pièges sémantiques, et aborder le sujet de manière critique, ce livre reprend à nouveaux frais le dossier sur la longue durée, seule à même de montrer les franches ruptures entre les pratiques anciennes et la théorie récente. Au sein d'une géographie cohérente, celle du monde slave depuis la Russie jusqu'aux Balkans, ce volume historicise les contextes dans lesquels, du IXe au XXIe siècle, prennent sens les tentatives d'autocéphalie, d'abord intimement liées aux décisions impériales byzantines et aux défis géopolitiques du moment. Avec les notions de schisme et de frontière, les autocéphalies sont des phénomènes particulièrement révélateurs des dynamiques d'une communauté qui prend conscience d'elle-même et qui veut accéder au gouvernement de soi.

  • Aux XVIe et XVIIe siècles, l'île de Malte, propriété de l'Espagne et confiée en 1530 à l'ordre militaro-religieux des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, devient un lieu privilégié d'affrontements entre les rives chrétienne et musulmane de la Méditerranée. Après des épisodes militaires marquants (la razzia de 1551 et surtout le « Grand Siège » de 1565) ainsi que des fortifications intensives (notamment la construction de La Valette, cité utopique réputée imprenable), l'île incarne à la fin du XVIe siècle la frontière par excellence de la chrétienté face à l'Islam. Au siècle suivant, son épanouissement en tant qu'île-frontière est symbolisé par l'essor de la guerre de course, qui maintient l'affrontement avec les « Infidèles » tout en favorisant l'émergence, puis le développement de contacts commerciaux avec la rive ennemie pour l'écoulement des butins et des esclaves. Le développement multiforme des contacts humains et marchands est alors en permanence contrôlé et régulé par les autorités politiques et religieuses (l'Ordre, le Saint-Office, le clergé insulaire), soucieuses de maintenir intact le sentiment d'un contraste entre les civilisations que semblent effacer les associations commerciales qui transcendent les appartenances nationales ou confessionnelles. Ce singulier équilibre entre ouverture économique et clôture religieuse et mentale contribue alors à façonner une société originale, qui apparaît porteuse de la dualité inhérente aux frontières, c'est-à-dire à la fois ouverte, cosmopolite, et profondément hostile à toute différence religieuse.

  • La statue de Giordano Bruno dressée sur le Campo de Fiori, le procès de Galilée dont la mémoire est toujours présente à travers le théâtre ou les débats de l'Académie pontificale des sciences disent assez combien le destin de la Rome des XVIIe et XVIIIe siècles a été négativement associé à celui de la science moderne et de son avènement conflictuel. Les études réunies dans ce volume, résultat d'un programme collectif de recherche sur la genèse de la culture scientifique européenne, entendent apporter une nouvelle contribution non seulement au dossier de la révolution scientifique en milieu catholique, mais plus largement à celui des relations que chaque société entretient avec les acteurs et la production du savoir et de la science. La focale mise sur Rome, comme milieu social spécifique, comme capitale de la catholicité et comme centre d'une monarchie pontificale en profond renouvellement entre XVIe et XVIIIe siècle, permet de discuter les paradigmes classiques d'une historiographie qui a trop hâtivement relégué le milieu romain à la marge de toute forme d'innovation savante. Il s'agit aussi d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexions et de nouveaux chantiers sur les diverses configurations socio-intellectuelles au sein desquelles le travail savant a continué à faire de Rome un centre actif de travail et de production de savoirs.

  • Entre le début de notre ère et les années 260, l'appartenance à une association professionnelle, cultuelle ou funéraire a présidé à la définition du rang social de nombreux habitants de l'Italie et des Gaules romaines. Aussi ce livre porte-t-il au jour la place que les membres des associations romaines, les collegiati, occupaient dans leurs sociétés. L'appartenance à un collège faisait naître un sentiment de respectabilité, et permettait parfois d'acquérir un réel prestige. Cette respectabilité et ce prestige résultaient de l'insertion des associations dans les cités : le rang de collegiatus était de nature civique. L'association correspondait à l'un des groupes dans lesquels les collegiati nouaient des relations interpersonnelles, et l'interaction de ces multiples appartenances déterminait leur position sociale. Toutefois, le rang des collegiati, tel qu'il apparaît dans les sources disponibles, n'est pas une donnée objective. Il est au centre d'un discours épigraphique construit par les collegiati eux-mêmes. Les membres des associations se plaisaient à décrire leurs destinées comme des réussites. Cependant, leurs discours comportent des omissions, et des pans bien choisis du réel côtoient fréquemment l'exagération, la métaphore ou le fantasme.

  • Les notions de conquête ou d'acculturation constituent-elles des concepts opératoires capables de dégager la signification historique du parc balnéaire africain ? Ou faut-il repenser les processus d'hellénisation et de romanisation, notamment pour établir une périodisation de l'histoire maghrébine dans laquelle les thermes peuvent s'intégrer, mais qu'ils contribuent aussi à définir ? N'y a-t-il pas là matière à réfléchir sur la « crise du IIIe siècle » ou à remettre en cause l'idée d'une rupture liée à la « conquête vandale » ? Comment interpréter la typologie des édifices ? Que révèlent les nombreux bains asymétriques ou l'équipement des sources thermales et des demeures ? Quelle corrélation établir entre les monuments les plus prestigieux, de plan symétrique, et le dynamisme relatif des différents pôles économiques et politiques de l'Empire ? En quoi les thermes de plan semi-symétrique sont-ils symptomatiques des relations entre l'Afrique et l'Italie et en quoi rendent-ils compte des mécanismes de l'évergétisme et de la construction privée ? Quel est le rôle des thermes dans la cité ? Comment s'insèrent-ils dans l'urbanisme et dans la vie politique, en tant que lieux de rassemblement et de propagande ? Qu'en est-il de la permanence des activités sportives ? Comment s'organisent les chantiers, véritables laboratoires de formes architecturales, qui procèdent à l'érection des grands thermes ? Dans quelle mesure les thermes, microcosmes et scènes du pouvoir, offrent-ils aux luttes idéologiques un terrain de prédilection pour s'exprimer ? Telles sont les questions fondamentales et variées auxquelles la présente étude fournit des réponses qui outrepassent son strict cadre géographique et chronologique en s'appuyant en outre sur un catalogue archéologique et un corpus épigraphique rassemblés et harmonisés pour la première fois. Les notices des bains publics et privés, fondées sur une définition rigoureuse du vocabulaire, et les planches, réalisées selon un jeu d'échelles cohérent (1 : 500 ou 1 : 250), débouchent systématiquement sur un schéma qui résume une proposition de lecture de l'édifice.

  • Justicia est anima civitatis : les vingt-deux contributions rassemblées ici tentent de rendre aux villes une composante fondamentale de leur identité, l'exercice de la justice, tel qu'elles le revendiquent dès que le droit urbain prend corps à partir du XIIe siècle. De la Flandre à l'Italie du Nord et du Centre, la fameuse « Urban belt » de l'Europe ancienne a constitué le champ privilégié de cette recherche pour laquelle les historiens et les historiens du droit ont échangé leurs points de vue. Entre 1200 et 1500, des évolutions chronologiques parfois différenciées ont permis de cerner les transformations du droit écrit et le développement dynamique des nouvelles procédures. En favorisant le pénal, la question a été de comprendre quelles possibilités ont été offertes aux justiciables pour user de différents modes de résolution des conflits et comment les gouvernants des villes ont pu instituer des politiques judiciaires de type étatique. La justice est ainsi apparue comme un pan du lien politique et social des milieux urbains.

  • La papauté connaît, entre XIVe et XVIIe siècle, des évolutions remarquables qui coïncident avec l'affirmation de l'État en Europe occidentale. La recherche collective internationale dont le présent volume se veut l'écho, aspire à renouveler ce sujet historiographique déjà amplement labouré. Elle tente tout d'abord d'être un pont dressé entre les continents médiévaux et modernes, trop souvent isolés. Elle s'efforce ensuite d'enrayer une tendance traditionnelle à l'analyse distincte que l'on fait de la Curie et de l'État, de la ville de Rome, d'Avignon et des territoires placés sous la souveraineté temporelle du souverain pontife. Le thème retenu a été celui de la difficile et complexe notion de charge publique et d'office, du service du prince au service de l'État et de l'Église. Cette approche ciblée repose sur des études institutionnelles, biographiques ou prosopographiques et permet d'approfondir de manière inédite et originale nos connaissances de cette forme de pouvoir unique qu'est la papauté médiévale et de l'âge moderne.

  • Jusqu'à présent, les historiens de Venise se sont intéressés au groupe des cittadini en raison de la place tenue par les "citoyens originaires" dans la bureaucratie de la République. On se propose ici de dépasser cette image incomplète et schématique d'une noblesse de robe pour saisir, à l'aide de sources émanant d'institutions très différentes, les divers aspects du groupe des "citoyens". Le portrait collectif qui en résulte est complexe, parfois même contradictoire : le XVIe siècle constitue en effet un moment décisif où à l'ancien statut juridique des cittadini se substitue une identité "citoyenne" de plus en plus sociale, fondée sur l'honorabilité. La part féminine des groupes sociaux d'Ancien Régime est très rarement prise en considération par leur définition et leur statut. C'est particulièrement vrai quand il s'agit de citoyenneté, à cause des implications politiques du concept, même si celles-ci sont purement théoriques, comme dans le cas vénitien. Pourtant, dans les statuts urbains, les femmes de la ville font l'objet de normes légales régulièrement renouvelées qui réglementent leurs dots et veillent, par la même occasion, à la conservation des richesses de la cité. Mettant en évidence le fonctionnement de cette législation et utilisant les sources qui en dérivent, cette étude s'attache à placer en regard l'histoire des citoyennes et celle des citoyens dans la Venise de la première modernité.

  • Souverains et Pontifes, c'est-à-dire à la fois maîtres temporels d'un État s'étendant de Rome à Bologne au centre la péninsule italienne et chefs spirituels d'une Église qui s'affirme catholique, c'est-à-dire universelle, les papes de la Restauration - Pie VII, Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI - ont été, de la restitution des États de l'Église à la papauté en 1814 jusqu'à l'avènement du dernier « pape-roi », Pie IX en 1846, au centre d'un vaste et complexe dispositif institutionnel où quelques centaines d'acteurs - cardinaux, prélats et officiers de Curie - ont oeuvré à la fois à l'administration civile de l'État ecclésiastique à l'été de la Saint-Martin de son destin historique et au gouvernement de l'Église romaine à l'aube de sa reconstitution. À partir d'une analyse institutionnelle des différents dicastères dont se compose la Curie et d'une étude prosopographique de son personnel (soit un ensemble de 805 biographies individuelles : 158 cardinaux de Curie, 288 prélats référendaires et 359 consulteurs de congrégations et officiers mineurs, ecclésiastiques et laïcs, en poste entre le 4 mai 1814 et le 1er juin 1846), le présent travail se propose de mieux connaître et comprendre, de l'intérieur, l'organisation et le fonctionnement de la Curie romaine ainsi que les lentes recompositions et les silencieuses mutations qui l'affectent à l'âge des restaurations politiques et des révolutions libérales, des concordats et des missions et de la réaffirmation intransigeante de la foi et de la discipline catholiques.

  • À la fin du Moyen Âge, un véritable thermalisme prit essor en Toscane. De nombreuses sources chaudes et minérales furent captées et utilisées à des fins essentiellement thérapeutiques. Dans les campagnes, des bains - c'est-à-dire des bassins - furent aménagés et plusieurs stations thermales se formèrent pour abriter les curistes comme tous ceux qui se destinaient à les héberger, à les nourrir ou à les soigner lors de leur séjour. En prenant appui essentiellement sur la documentation des archives siennoises et lucquoises, cet ouvrage se propose d'étudier les formes de ce développement thermal : les caractéristiques et l'importance de l'habitat et des activités thermales, l'aspect des infrastructures balnéaires, le rôle des autorités communales (urbaines ou rurales) dans la mise en valeur et l'exploitation des eaux chaudes et des espaces thermaux, l'intérêt, enfin, des populations citadines pour des pratiques médicales et récréatives nouvelles et pour les profits du thermalisme.

  • Au XIIIe siècle, les pouvoirs médiévaux s'assimilent un ensemble de techniques rhétoriques élaborées au Moyen Âge central sous le nom d'ars dictaminis La cour sicilienne de l'empereur Frédéric II est, sous l'impulsion de Pierre de la Vigne, un laboratoire privilégié dans le processus de perfectionnement de cette prose politique rythmée. Alors que s'effondre la dynastie souabe, les héritiers de sa chancellerie transmettent à la postérité les textes les plus représentatifs de cette rhétorique impériale en créant une collection de dictamina : les Lettres de Pierre de la Vigne, auquel ce style emphatique et voilé d'obscurités métaphoriques sera désormais associé. Ce livre étudie une étape décisive de la formation du langage politique européen à partir de l'histoire des Lettres, envisagée dans ses différents aspects, de la création mystérieuse de la collection jusqu'à sa transformation en objet historique, en passant par l'analyse du milieu, de l'idéologie et des techniques rhétoriques des créateurs de ses textes, de leur impact et de leur interprétation contradictoire dans la société du XIIIe siècle. Il montre les procédures mises en oeuvre par les notaires ultérieurs pour exploiter ce « miroir rhétorique » et son poids dans la transformation générale du langage étatique européen au cours d'un long XIVe siècle (1270-1420), de l'Angleterre à la Bohême, de la France à l'Italie. En explorant ce continent du dictamen politique ultérieurement recouvert par la vague humaniste, on tente ainsi de progresser, sur la piste de Kantorowicz, dans la reconstitution des liens mystérieux unissant idéologie linguistique, droit et construction étatique à l'automne du Moyen Âge.

  • Le pontificat de Pie IX fut à la fois le plus long de l'histoire de la succession apostolique et celui du dernier "Papa-Re", entouré d'une Curie romaine chargée du gouvernement de l'Église et de ses États. L'échec des concessions « constitutionnalistes » de 1847-1848 puis l'exil à Gaète déterminèrent une restauration autoritaire, confirmant la Curie comme le conservatoire de pratiques de gouvernement spécifiques. Face au mouvement unitaire italien, la Curie multiplia les adresses théologiques et doctrinales, jusqu'à la réunion du premier concile oecuménique du Vatican ; la brèche de la Porta Pia parut alors solder le combat de l'histoire contre l'éternité. La réclusion de la Curie, partageant la condition d'un pape prisonnier de l'Italie, l'inscrivit dans une logique de gouvernement sans État, entamant un processus de spiritualisation forcée articulé sur l'ecclésiologie de la societas perfecta. Adaptations et réformes mûrirent au long du pontificat de Léon XIII, préparant la mutation définitive de la Curie. Il revint à Pie X, pourtant sans expérience curiale, d'en remodeler le visage (constitution Sapienti consilio, 1908) et d'entreprendre la révision des assises juridiques de l'Église (Codex iuris canonici, 1917). Ayant cessé de servir un pape qui fût aussi un roi, la Curie demeurait l'auxiliaire d'un successeur de Pierre dont le pouvoir pour partie ancré à une terre avait laissé place à une autorité renouvelée sur le monde.

  • Les archives ont permis de prendre une mesure globale des pèlerins dont les foules confluaient à Rome. Mais il est exceptionnel de pouvoir saisir l'expérience intime qu'a été, pour celui qui l'entreprenait, l'épreuve au jour le jour du long voyage vers la Ville éternelle. Les Mémoires de Gilles Caillotin, artisan sergier à Reims dans la première moitié du XVIIIe siècle, nous livrent la chronique quotidienne de son retour de Rome : parti le 1er septembre 1724, il rentre dans sa ville natale le 17 octobre après une marche de plus de 1600 kilomètres. Le narrateur décrit les « curiosités » des villes traversées, compare la qualité de l'accueil reçu dans les hospices, évoque ses rencontres avec d'autres marcheurs, tantôt bons compagnons, tantôt francs filous. Les émotions ressenties, les souffrances endurées remontent à sa mémoire. Par la précision de son récit, tout un univers surgit, placé sous le signe de l`éphémère : le pèlerin ne fait que passer.

  • À l'image d'un territoire urbain fixé dans ses contours depuis la fin du XVIe siècle, les structures de la propriété vénitienne sont dotées, aux XVIIe et XVIIIe siècles, d'une remarquable stabilité au bénéfice du patriciat. Elles n'en ont pas moins évolué sous l'effet de la conjoncture économique, de l'évolution démographique et des difficultés financières rencontrées par certaines familles entraînant une circulation des biens par la voie de la transmission intrafamiliale, des échanges matrimoniaux et des ventes. Ce sont ces mécanismes de circulation que ce livre entend explorer en portant, d'abord, l'attention sur le marché immobilier, sur son mode de fonctionnement dans le cadre d'une économie ancienne et sur son activité dont la relative atonie démontre la vigueur des mécanismes de conservation de la propriété. La reconstitution de la généalogie de maisons permet ensuite, à une micro-échelle, d'individualiser des espaces soustraits aux échanges et des biens qui ont vocation à circuler plus que les autres. Cette différenciation s'éclaire à la lumière des comportements patrimoniaux dont se dégagent, au-delà de la myriade des configurations et des mobiles individuels, des régularités dans le traitement appliqué aux biens au moment de partager l'héritage, de constituer la dot et d'arbitrer entre biens ruraux et biens urbains accréditant l'idée d'une hiérarchie interne au patrimoine. Enfin, le suivi des propriétaires permet de saisir l'articulation, différente selon les milieux, entre les pratiques d'accumulation et le cycle de vie, entre la part des investissements et celle de l'héritage dans la formation du patrimoine, entre la position dans l'échelle des fortunes et l'intensité des transformations qui contribuent à renouveler les propriétaires sans que la répartition de la propriété par groupe social en sorte transformée. Comprendre le rapport des hommes aux biens, c'est tenir compte de l'interaction constante entre des structures, des comportements économiques et des représentations sociales.

  • En partant du rôle-clé joué par Appius Claudius Caecus, cette étude renouvelle la vision de l'histoire sociale, institutionnelle et culturelle de la Rome médio-républicaine (fin IVe - début IIIe siècle av. J.-C.). L'époque à laquelle se situe l'activité publique de ce personnage correspond en effet à un moment essentiel de l'histoire de la Rome républicaine, lorsque le vieux conflit patricio-plébéien cède la place à une forme de consensus politique qui s'est constitué autour des valeurs communes d'une nouvelle noblesse, née du partage des magistratures entre le patriciat et l'élite de la plèbe, et qui s'est renforcé avec les premiers pas de l'expansion romaine en Italie, notamment en direction de la Campanie. Au cours de cette époque cruciale, encore souvent négligée dans les études récentes sur l'Antiquité romaine, la République romaine a connu d'immenses bouleversements à la fois internes et externes qui ont en grande partie jeté les bases de son avenir. Dans ce contexte se placent les réformes institutionnelles de la censure de 312, rendues si confuses par les multiples interprétations des Anciens et des Modernes. Cet ouvrage montre l'unité d'ensemble de ces réformes qui ont conduit à la réorganisation civique du peuple romain et de son aristocratie (équestre et sénatoriale) selon les principes de l'égalité géométrique. Depuis B. G. Niebuhr et Th. Mommsen, on considère généralement que le célèbre censeur a joué un rôle important dans l'introduction de l'hellénisme à Rome : dans quelle mesure la présence et l'influence de l'hellénisme en Italie ont-elles pu fournir des modèles culturels ou idéologiques aux réformes alors entreprises ? Appius Claudius Caecus peut ainsi devenir le point de départ d'une réflexion d'ensemble sur les institutions, la société et l'univers culturel de Rome à l'époque « médio-républicaine », et de cette manière fournir, entre les origines semi-légendaires du régime républicain et l'époque mieux connue de la République finissante, le « chaînon manquant » pour comprendre la mise en place, dans sa forme quasi définitive et accomplie, du système politique, institutionnel et idéologique de la République romaine.

  • L'ouvrage traite d'un objet classique - une cité et son contado - à l'aide des concepts mis au point par l'historiographie récente. Après avoir décrit le cadre territorial hérité de l'Antiquité et du haut Moyen Âge, elle analyse l'évolution de ce territoire et de ses institutions du Xe au XIIe siècle, notamment la naissance et la constitution d'une société féodale à laquelle s'intègrent même les « arimanni » , puis l'« incastellamento » et sa signification démographique et politique, enfin l'émergence de la commune et son évolution vers le podestariat. La seconde partie est dédiée aux campagnes, à l'évolution des rapports de production (notamment par le biais des contrats livellaires), enfin de l'économie rurale. La troisième partie est consacrée au XIIIe siècle, temps de crise : crise des fortunes nobiliaires, des communautés paysannes, des élites urbaines qui doivent intégrer les nouveaux riches. Politiquement, la crise aboutit à la domination d'Ezzelino da Romano (1237-1256). Le XIIIe siècle est « le temps des usuriers », qui se hissent au premier rang de la société ; les rapports de production se transforment (contrats agraires à durée limitée), le paysages aussi. On découvre ainsi les rythmes d'une société dans toute sa complexité.

  • L'effondrement final de la romanité en Afrique du Nord a longtemps été expliqué par ce que Christian Courtois appelait « l'insuffisante assimilation du monde berbère » : ceux que les Anciens désignaient par le nom de Maures se seraient, à partir de la fin du IVe siècle, détachés progressivement de la civilisation romaine, avant, grâce à l'aide de «Néoberbères» chameliers venus de Libye, de multiplier les révoltes à l'époque byzantine, préparant ainsi en quelque sorte le succès de la conquête arabe au VIIe siècle. Constamment réaffirmée depuis presque deux siècles, cette théorie n'était pourtant en fait qu'une hypothèse, qui n'avait jamais été vérifiée par une véritable recherche scientifique. Fruit d'une enquête de près de vingt ans entreprise pour mettre fin à ce paradoxe historiographique, l'ouvrage place pour la première fois les Maures eux-mêmes au centre de la problématique, en s'interrogeant longuement sur l'identité et la construction identitaire des populations que ce nom recouvrit du IVe au VIIe siècle. Après avoir établi le caractère mythique de la migration des Néoberbères, il met ainsi en évidence l'existence et la constitution progressive non d'une, mais de deux communautés maures, différenciées fondamentalement par leur rapport à la romanité et au christianisme, et il montre comment cette bipartition permet d'expliquer la nature et les incohérences apparentes des révoltes africaines des IVe-VIIe siècles, et aussi les réactions contrastées des «Berbères» face à la conquête arabe de 643 à 698.

  • À travers une analyse minutieuse du fonctionnement du circuit d'échange du blé et des différents contextes qui servent à l'expliquer, l'auteur montre comment les autorités pontificales du XVIe et du XVIIe siècle bâtissent et gèrent un système commercial spécifique, dont la logique repose sur une conception particulière de l'économie et de la société. La théologie morale des scolastiques, avec l'élaboration de la notion centrale de « juste prix », constitue le cadre théorique fondamental pris en compte pour saisir la rationalité d'institutions qui, comme les Annones d'Ancien Régime, ont été trop vite et trop souvent assimilées à des simples entraves à la libre expression des forces de marché. Le modèle romain d'« économie morale » ici proposé apporte ainsi une contribution au débat général, tant des historiens que des anthropologues, concernant les caractéristiques des économies pré-classiques et les outils analytiques pertinents pour leur interprétation.

  • Étape la plus emblématique du Grand Tour que les élites européennes accomplissaient au XVIIIe siècle, le voyage en Italie ne se réduit pas à une expérience de jeunes nobles complétant leur éducation. En temps de paix comme à la faveur des guerres, des Français de tous âges ont traversé les Alpes ou pris la mer avec les buts les plus variés. Riches ou pauvres, guidés par des modèles qui canalisaient leurs attentes, ils ont contribué à transformer le visage d'une terre engagée dans le processus unitaire en inventant des capitales, comme Milan, et en parcourant les Alpes ou le Sud marqué par les restes antiques. Terre des arts, de la culture classique et du catholicisme, l'Italie des Lumières est alors devenue le «laboratoire» d'une connaissance plus systématique de la nature, des hommes et de l'organisation des sociétés. Mais tandis que l'encyclopédisme fit place au seuil du XIXe siècle à des savoirs plus spécialisés, nobles et marchands, artistes et gens de lettres renouèrent avec un regard simplificateur et stéréotypé et le voyageur du XVIIIe siècle se mua en un touriste pressé et conquérant. C'est pour mieux comprendre le passage de ces formes complexes du voyage vers le tourisme que la présente enquête s'est attachée à dépouiller les guides, récits et journaux de voyage laissés par les Français sur l'Italie entre 1750 et 1815.

  • Alba Longa et sa légende demeurent pour la science une énigme : alors qu'elle explore les origines de Rome avec une intensité sans précédent, elle ne sait que penser de cette ville introuvable, de ce lac débordant, de ces forêts ombreuses, de ces rois fantômes. Quel rôle jouèrent les monts Albains dans la culture latiale ? A-t-on eu raison, depuis plus de cinq siècles, de chercher inlassablement Albe, cette cité d'où seraient venus les jumeaux fondateurs de Rome ? Quelles furent les relations entre ce territoire albain et Rome, entre la Ligue latine et la Ville ? Géographie historique et culturelle, sciences de la terre, archéologie, histoire des religions, philologie : le recours à un très large éventail de disciplines aboutit ici à une synthèse, d'où le souci de la réflexivité épistémologique n'est jamais absent. Pour comprendre le légendaire albain, il fallait le replacer dans son cadre. Les anciennes fouilles du XIXe siècle sont donc restituées dans leur contexte. Au-delà de ce qui a été conservé, émerge un continent perdu de la connaissance : des paysages disparus, des sites oubliés, des textes négligés, des rites méconnus et, avec eux, toute la richesse d'une véritable civilisation : en retour on comprendra mieux l'apport des plus récentes découvertes dans ce Latium préromain dont le massif Albain constituait précisément le centre. C'est là, sur le mons Albanus, moderne Monte Cavo, que les Anciens plaçaient Alba Longa et ses rois ; c'est là aussi qu' avait lieu une grandiose cérémonie religieuse, les Féries Latines, délaissées pourtant par la recherche moderne qui n'a su où situer les mystérieux sacra Albana. Des inventaires précis, des dossiers rassemblant les textes antiques concernés, donnés à chaque fois avec leur traduction, permettent de redonner à ces thèmes toute leur importance, et font de ce livre un exceptionnel outil de travail : la première synthèse française sur cet ancien Latium, naguère dit primitif, objet, depuis trois décennies, d'un grand mouvement international de recherche. Mémoire ou histoire ? À cette interrogation, aujourd'hui omniprésente, ce livre apporte une réponse qui constitue une contribution novatrice au débat actuel sur les origines de Rome.

  • Se è vero che la Forma Vrbis Marmorea di età severiana (inizio III sec.) continua ad essere la « forma » per eccellenza, ciò è dovuto, soprattutto, alla sua consistenza fisica (centinaia di frammenti che definiscono buona parte della topografia urbana) ; ma non è meno vero che frammenti minori di altre mappe, dall'origine e scopi diversi (sostanzialmente amministrativi), siano arrivati fino a noi, apportando nuovi dati tecnici ed interrogativi non sempre facilmente risolvibili. Negli ultimi vent'anni, alcuni di essi sono venuti alla luce nei più svariati contesti archeologici urbani, evidenziando quanto questa prassi cartografica fosse diffusa per ragioni soprattutto catastali e amministrative. Una osservazione fondamentale che scaturisce da questi documenti « minori » consiste nel fatto che attraverso di essi si intuisce un sistema cartografico riconducibile ad Augusto e alla sua opera di rinnovamento amministrativo della città. Una analisi comparativa di una certa ampiezza di tutti questi documenti viene ora tentata in modo esplorativo, ivi compresi i documenti grafici relativi a certi servizi come gli acquedotti extraurbani nella loro funzione di irrigazione dei fondi rustici. Come e fino a che punto questi documenti cartografici di grande impegno e, a volte, raffinatezza, dipendano da uno studio su base trigonometrica e, forse, astronomico-proiettiva, è uno degli aspetti più affascinanti e meno esplorati che attendono dagli studiosi nuove osservazioni ed approfondimenti.

  • Les sources vaticanes sur la Révolution française méritent une étude méthodique, tout comme le travail des théologiens romains, dans la réponse aux courants réformistes qui agitaient alors l'Église. L'enjeu est de comprendre les réactions du pape Pie VI Braschi et de sa Curie à la Constitution civile du clergé et aux développements de la Révolution. La Curie étudie en parallèle les événements de France et les actes du synode diocésain de Pistoie (1786). C'est une théologie romaine de l'Église qui se construit face au gallicanisme, au joséphisme et au jansénisme : la situation particulière de l'épiscopat français en exil permet au Saint-Siège de valoriser sa primauté de juridiction. Après une présentation de Pie VI et de son pontificat, le travail des congrégations particulières pour les affaires de France est suivi pas à pas, dans la préparation des brefs, dans les conséquences du schisme, de la Terreur, de la campagne d'Italie, jusqu'à la mort du pape à Valence (1799). Le « martyre » du pape prépare-t-il aux yeux du futur Grégoire XVI « le triomphe » de l'Église ?

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