Septentrion

  • La structuration des activités juridiques et médicales en Europe depuis le xviiie siècle a été jusqu'ici trop peu étudiée de manière conjointe, sous l'angle de leur professionnalisation et de leur inscription territoriale. L'ouvrage résulte d'une collaboration pluridisciplinaire entre historiens, sociologues et juristes. Après avoir présenté la notion de professionnalisation, dans ses dimensions historiographique et sociologique, les contributions analysent les modalités, les rythmes et les limites de la structuration de métiers liés au droit, à la médecine et à l'ordre public dans l'aire continentale ouest-européenne marquée par la tradition romaine (France, Espagne, Italie, Belgique, Allemagne). De manière originale, les professions libérales au sens strict sont rapprochées d'autres métiers d'ordre public (juges, policiers, gardes champêtres...).

  • Édifice religieux monumental, la cathédrale représente un symbole spirituel, patrimonial, culturel et politique. C'est pourquoi elle est confrontée, en temps de guerre, aux effets et à la violence de celle-ci : sa taille la désigne comme un objectif repérable de loin ; sa fonction religieuse en fait un symbole pour rassembler la population ; elle peut susciter au contraire une volonté de destruction, notamment iconoclaste, de la part de l'adversaire ; les cérémonies qui s'y déroulent pendant ou après les conflits implorent la protection divine, demandent la victoire, honorent les morts. Les enjeux politiques se mêlent aux dimensions spirituelles pour élever certaines cathédrales en symboles nationaux. Enfin, l'édifice est un lieu de mémoire des guerres, par ses cicatrices, ses mémoriaux, ses cérémonies du souvenir, voire de réconciliation. La situation des cathédrales en Europe occidentale des guerres de Religion jusqu'à nos jours - une période marquée par de nombreux et amples conflits - en témoigne.

  • Si l'histoire de l'éducation évoque souvent les élèves, elle en fait trop rarement des acteurs à part entière du système éducatif. La place des élèves renvoie pourtant à l'enjeu de la vie en démocratie. L'école est tout autant un moyen pour une société de former, informer et conformer la jeunesse, qu'une institution plurielle façonnée par celles et ceux qui la fréquentent. Ce livre, second tome de la publication d'un vaste travail collectif sur l'histoire de l'enfance et de la jeunesse scolarisées, vise à retrouver les élèves à travers leur adhésion ou leurs contestations de l'ordre imposé par l'école, lui-même changeant, et leur participation à la vie des écoles. Quatorze textes explorent la diversité des sources donnant accès aux actes et aux paroles des élèves de divers établissements. En accordant une place importante aux dernières décennies du xxe siècle, qui connaissent des développements décisifs, il s'agit aussi de donner toute sa profondeur chronologique à cette histoire.

  • Michel Debré, maître d'oeuvre de la Constitution de la ve République, premier chef de Gouvernement du général de Gaulle, a également été député de l'île de la Réunion de 1963 à 1988. Qu'allait donc faire un homme de cette stature à l'autre bout du monde ? Pourquoi s'est-il attaché à cette parcelle de territoire français au point d'y consacrer un quart de siècle de combat politique ? En quoi ce combat offre-t-il des points d'observation privilégiés de l'histoire de la ive et de la ve République ? A partir de sa thèse soutenue à l'IEP de Paris en 2002, Gilles Gauvin apporte des réponses grâce à une approche centrée sur les grands enjeux soulevés par la députation de Michel Debré : la nation, la République et la démocratie. Cette étude, qui identifie les problématiques majeures de l'histoire de la Réunion depuis 1946, a été réalisée à partir de nombreux fonds d'archives inédits, en particulier le fonds Réunion des Archives Michel Debré conservé au Centre d'Histoire de Sciences Politiques.

  • Lorsqu'il s'agit du statut des fonctionnaires, on oppose souvent la France à la Grande-Bretagne. Pourtant, dans l'Europe d'après-guerre, ces deux pays cherchent à élaborer un projet commun en matière de fonction publique, notamment dans le domaine culturel. Dans les deux pays, les missions du Louvre et du British Museum sont d'ailleurs les mêmes, mais leurs moyens diffèrent : organisation centralisée ou décentralisée, classement des postes ou des individus, recrutement de fonctionnaires ou de contractuels. Aux termes d'une comparaison entre ce que veut dire travailler au musée entre 1945 et 1981, avec ou sans service public, la singularité française apparaît ailleurs que dans le statut juridique de fonctionnaire. L'opposition entre les formes publique ou privée d'organisation muséale réside dans les aspirations sociales et professionnelles des gardiens et des conservateurs ainsi que les politiques d'emploi mises en oeuvre dans la sphère publique permettant ou non d'y accéder.

  • Depuis toujours le pôle Nord fascine. Territoire hostile, ce nest quau xxe siècle que les explorateurs atteindront cette destination mythique. Et pourtant, en 1595, le génial cartographe flamand Gérard Mercator publie, dans son atlas mondial, une planche audacieuse : Septentrionalium Terrarum descriptio.

    Déjà, la projection polaire déroute. Les continents senroulent autour de quatre îles qui forment une vaste surface circulaire, montrant que lAmérique est une proche voisine de lEurope et de lAsie. Au centre, un rocher surplombe le Polus Arcticus. Mercator fait cohabiter des représentations du territoire réalistes et même novatrices avec dautres, qualifiées de mystérieuses, voire de fantaisistes.

    En décortiquant ce document exceptionnel, Hamelin, Biondo et Bouchard traitent de la nordicité à travers différents thèmes tels lexploration polaire, le mythe du pôle Nord, lautochtonie ou encore la terminologie nordique. À leur tour audacieux, ils proposent des hypothèses sur la représentation de la banquise et abordent la question des cycles climatiques et du réchauffement actuel de lArctique.


    Un beau livre de 192 pages, en couleurs, imprimé au Québec dans un tirage limité.
    Au verso de la jaquette, sur un papier Cougar superfin, une reproduction de la carte originale permet de suivre en détail les auteurs dans leur voyage arctique.


    Spécialiste du Nord canadien, Louis-Edmond Hamelin est écrivain, professeur et géographe. Son ouvrage Nordicité canadienne est une uvre pionnière dans les recherches nordiques qui lui a valu le Prix du Gouverneur général en 1975. Le film Le Nord au cur, de Serge Giguère, brosse le portrait de la carrière de ce grand homme.

    Diplômé de lUniversité du Québec à Montréal et de lUniversité de Montréal, Stéfano Biondo est à lorigine de la création du Centre dinformation géographique et statistique de la Bibliothèque de lUniversité Laval, où il occupe la fonction de cartothécaire depuis 2005.

    Joë Bouchard est bibliothécaire à lUniversité Laval depuis 2009 après lavoir été à lUniversité de Moncton. Il détient une maîtrise en sciences de linformation de lUniversité de Montréal et une maîtrise en études littéraires de lUniversité du Québec à Montréal. Il sintéresse aux sources documentaires liées à la constitution de limaginaire du Nord.

  • L'étude du sel à travers les siècles depuis les temps anciens est faite par une approche pluridisciplinaire, où l'homme est face au sel pour sa santé, pour les croyances qui y sont liées et pour les richesses qu'il semble lui procurer. Le sel est un minéral indispensable à la vie et à la santé de l'homme et des animaux, il peut être curatif, mais trop de sel peut nuire. Ses propriétés multiples sont rapportées dans divers récits et ont engendré des légendes. Sa symbolique est forte, de la statue de sel du récit biblique au sel versé sur le sol de Carthage, mais parfois difficile à interpréter. De sa valeur, des échanges qu'il a suscités, le sel est produit, commercialisé et soumis à des taxes dès l'Antiquité ou à l'époque moderne, la célèbre gabelle : l'économie du sel rapporte, mais à qui ? Aux États ? Aux villes ? Aux familles ? Autant de pistes de réflexion que nous abordons dans ce livre qui ne manque pas de sel.

  • Les Juifs demeurent un mystère pour plusieurs. Et pourtant ils appartiennent à la grande et à la petite histoire du Québec depuis deux siècles et demi. Parti de Londres, c'est à Trois-Rivières qu'Aaron Hart jettera, au lendemain de la conquête de la Nouvelle-France, les bases d'une dynastie qui dominera un siècle d'histoire, à travers des réseaux familiaux se déployant jusqu'à New York. Lui et son épouse, Dorothée Judah, ont réussi au-delà de toute attente. Outre d'immenses biens fonciers, ils laissent en héritage les assises d'une nouvelle tradition judaïque.
    Leurs fils sont aussi différents que cela puisse être possible. Ezekiel Hart est ce député auquel on a refusé le droit de siéger à la Chambre d'Assemblée. Benjamin Hart a fait alliance avec le génial Moses-Judah Hays pour relancer la communauté sépharade de Montréal au moment de l'arrivée de Juifs ashkénazes. Moses Hart, l'aîné, est un véritable monstre, insatiable, arrogant, détestable, dont les excès de toutes natures mettront à rude épreuve la tolérance d'une population d'accueil résignée.
    Leurs descendants s'intégreront dans la société québécoise qui devient pour eux synonyme de liberté, d'égalité et de prospérité. À partir de l'histoire de la famille Hart, on découvre une communauté juive jusqu'ici ignorée et la réalité d'une population qui, loin d'être pure laine, s'est forgée dans un véritable creuset de métissage.

    Depuis les débuts de sa carrière, Denis Vaugeois s'intéresse à l'histoire des premiers Juifs d'Amérique, et plus particulièrement à celle des familles Hart et Judah. Il a choisi de raconter à la fois les moments forts de ses personnages et sa propre démarche d'historien, tout en prenant le temps de situer les grands événements de la trame historique. Il évoque au passage l'évolution formidable des outils de recherche. Il en profite aussi pour souligner l'aide reçue de la part des archivistes et des bibliothécaires et s'incliner devant la générosité de ses savants collègues. Fidèle à sa passion pour les documents iconographiques, et grâce principalement à la merveilleuse collection du Musée McCord, il a profité du savoir-faire de son éditeur pour présenter un livre dont l'équipe du Septentrion est particulièrement fière.

  • Henri Dorion et Jean-Paul Lacasse ont examiné à la loupe les nombreuses incertitudes qui concernent le territoire québécois, tant au plan de son contenant que de son contenu. Les statuts incertains de la côte du Labrador, du golfe du Saint-Laurent et des îles littorales du Nunavik font du Québec le territoire le moins précisément délimité de l'Amérique. Si ces régions constituent les principaux sujets horizontaux de l'ouvrage, la dimension verticale des pouvoirs est aussi traitée, comme les interventions des gouvernements fédéral et provincial sur le territoire en vertu de leurs compétences respectives.
    À la frontière du droit, de la politique et de la géographie, les auteurs ont voulu mettre sur la table des questions importantes qui impliquent aussi les communautés autochtones, la population en général de même que les entreprises de développement des ressources. Les auteurs se trouvent à rappeler aux autorités du Québec qu'il leur incombe une grande responsabilité : celle d'imaginer, pour les nombreuses incertitudes qui font l'objet de cet ouvrage, des solutions plus précises et stables que l'éternel statu quo.
    Titulaire d'une licence en droit et d'une maîtrise en géographie, Henri Dorion s'intéresse depuis plus de 50 ans à la question des frontières. Après avoir publié La frontière Québec-Terreneuve. Contribution à l'étude systématique des frontières, il a présidé la Commission d'étude sur l'intégrité du territoire du Québec de 1966 à 1972. Il est aussi l'auteur de Éloge de la frontière et de nombreux articles sur les questions territoriales.
    Maître ès Arts en géographie, docteur en droit et avocat, Jean-Paul Lacasse est professeur émérite à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa. Il a aussi oeuvré à divers titres auprès des milieux gouvernementaux, des affaires, de l'administration universitaire et des communautés autochtones. Auteur de nombreux ouvrages et articles, M. Lacasse a été secrétaire de la Commission d'étude sur l'intégrité du territoire du Québec.

  • Les pêcheurs de la France atlantique ont alimenté une population aussi nombreuse que mobile qui exploitait les richesses du Nouveau Monde. Ces visiteurs saisonniers ont pendant le XVIe siècle défriché avec ardeur les hauts bancs du golfe du Saint-Laurent ou bien dressé des installations sommaires sur les côtes de la colonie. Leurs navires s'en retournaient chargés de morues, d'huile de baleine et même de fourrures. Leurs fils les ont suivis et commencèrent à s'installer en Amérique. Parmi ces premiers exploitants, les Basques ont marqué l'imagination de nos contemporains. On les a vus comme d'intrépides gueules d'embrun. On les a imaginés en hardis marins sillonnant les mers sur des coquilles de noix, en audacieux baleiniers qui s'en prenaient à des cétacés des centaines de fois plus gros qu'eux, en de farouches corsaires qui harcelaient les équipages étrangers, mais la vérité se veut plus nuancée. Ce livre témoigne des grandes activités économiques qui les ont amenés et retenus en Amérique. Il veut aussi montrer la richesse et la diversité de cette expérience en Nouvelle-France.

    Historien intéressé au domaine maritime canadien, Mario Mimeault a participé à de nombreuses émissions de télévision portant sur le sujet et publié des articles dans des revues scientifiques ou de vulgarisation. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages et monographies, dont quelques biographies d'entrepreneurs en pêche du XIXe siècle et de l'Histoire de la Gaspésie en bref. En 2000, on lui décernait le Prix du Gouverneur général du Canada pour l'excellence en enseignement de l'histoire canadienne. Il termine actuellement un doctorat en histoire à l'Université Laval.

  • Comment un jeune garçon, né au début du xixe siècle dans une famille pauvre du Cambrésis, orphelin de père à trois ans, presque analphabète, promis à l'humble condition d'ouvrier tisserand, accèdera-t-il au pastorat et au statut de notable ? Parce qu'il était conscient du caractère exceptionnel de cet itinéraire, J.-B. Pruvot entreprit d'en retracer les étapes dans une Histoire de ma vie racontée à mes enfants. Il en évoque les moments importants, sa rencontre déterminante, à l'âge de l'adolescence, avec des prédicateurs évangélistes baptistes, dont le message le bouleverse, son ardent désir de prêcher un jour la « parole de Dieu », sa formation auprès de pasteurs américains à Douai, et enfin sa consécration comme pasteur baptiste en 1840, puis comme pasteur de l'église réformée de Verdun. Au-delà de ce témoignage personnel, qui s'étend sur toute une vie, car J.-B. Pruvot tint un journal jusqu'à sa mort en 1878, se profile toute une société en grande partie disparue, celle des petites gens des villages du Cambrésis, ouvriers-tisseurs, brodeurs, artisans-paysans, dans leur existence quotidienne, leurs combats contre la précarité, leurs affrontements, leurs solidarités ; on mesure le retentissement sur leurs destins des politiques qui se décident si loin d'eux : sous l'Empire le cauchemar du « tirage au sort » pour l'armée, les crises économiques, les guerres. De ce texte riche en notations concrètes, en anecdotes pittoresques, émane le sentiment d'une authenticité émouvante et savoureuse.

  • Le souci du paraître et des apparences imprègne nos sociétés occidentales. L'espace européen fut, dès le Moyen Âge, très actif dans l'élaboration de modes de paraître et d'apparences qui ont su s'étendre à d'autres espaces géographiques et culturels. L'apport croisé de différentes disciplines (histoire, histoire de l'art, sociologie, littérature, cultural et fashion studies) enrichit la réflexion sur la sémiologie du paraître et sur ses espaces d'expression du Moyen Âge à nos jours. Les contributions analysent différentes manifestations matérielles du paraître, allant des vêtements et parfums aux décors de table et d'intérieurs, en passant par les objets chinés, les collections d'art et les accessoires high-tech de communication. Elles questionnent différents signes et codes du paraître en relation avec l'âge, le sexe et la profession de leurs promoteurs, et en fonction du moment de la semaine et de l'espace dans lequel ils se manifestent. Elles abordent les échanges de modes de paraître entre différents espaces européens et intercontinentaux, la représentation des apparences des peuples d'espaces géographiques donnés, la question du paraître dans les intérieurs privés ainsi que la fonction emblématique de Paris comme espace de la Mode.

  • Comment améliorer « sa » police ? En regardant ce qui se fait « ailleurs » ; en l'adoptant, parfois. À rebours des historiographies nationales, ce livre fait découvrir l'histoire méconnue des circulations internationales des polices en Europe et à travers l'Atlantique. Il donne à voir les passeurs qui les animent comme les modèles qui se construisent dans les échanges, les transferts, les rejets ou les adaptations des systèmes policiers. Depuis l'Anglais Mildmay révélant le fonctionnement de la police parisienne en 1763 jusqu'à l'Américain Fosdick enquêtant sur la police des capitales européennes en 1913, des observateurs voyagent, étudient et décrivent les polices étrangères. Des administrateurs imposent des réformes justifiées par la supériorité supposée de ces polices voisines, d'autres les refusent énergiquement. Le débat sur la police déborde les limites des États. Neuf études de cas, de Buenos Aires à Paris, de Lisbonne à Rome, de Londres à Berlin, de Bruxelles, Genève ou New York, illustrent la richesse de cette histoire connectée des polices entre Ancien Régime et coopération moderne des polices contemporaines.

  • Si le parti radical naît en juin 1901, le radicalisme remonte aux années 1840, se présentant comme le versant démocratique du « parti républicain ». A ce titre, on le trouve dans l'opposition à tous les régimes qui se succèdent en France jusqu'à la fondation de la IIIe République qui réalise son idéal politique. Dès lors, les radicaux s'identifient au modèle républicain, rationaliste, positiviste, parlementaire, réformiste sur le plan social et attaché à la défense et à la promotion des classes moyennes indépendantes, groupe social émergent de la France au tournant des xixe et xxe siècles. Mais dès ce moment, les divergences de tactique ou de tempérament séparent un radicalisme intransigeant d'un radicalisme de gouvernement, davantage porté au compromis et au gradualisme. C'est ce clivage qui joue à partir des années 1930 et qui, à travers de multiples épisodes, conduit en 1972 à une scission qui fait passer la frontière entre droite et gauche au centre même du radicalisme. C'est le sens de cette longue histoire qui constitue un moment de celle de la nation française que le présent ouvrage s'attache à retracer et à rendre intelligible.

  • Si l'on dispose de travaux d'historiographie et d'épistémologie, de réflexions sur les finalités de l'histoire enseignée - enjeux de connaissance et de mémoire, formation intellectuelle et identitaire, critique et civique -, rares sont les recherches qui s'attachent à confronter les effets de la rencontre entre l'approche théorique et la vérification empirique. A partir d'une double enquête auprès des professeurs et des élèves de l'enseignement secondaire, cette étude aborde à la fois les modalités d'apprentissage et les comportements d'enseignement. Les élèves s'approprient les connaissances historiques (événements, concepts, entités) selon des modalités propres à la pensée naturelle, imageante, analogique, métaphorique, ancrée dans une mémoire collective qui fonctionne aux valeurs. Autant dire que ces processus paraissent peu légitimes aux yeux de la rigueur historienne, et souvent aux yeux des professeurs attentifs à respecter scrupuleusement les critères de la discipline : contextualisation, complexité, chronologie. Ces contraintes pèsent lourdement lorsqu'il faut les concilier avec celles de la situation didactique : attachement au programme, lutte contre le temps. Entre ces coutumes d'enseignement en vigueur dans les classes d'histoire et les processus d'apprentissage mis en oeuvre par les élèves, la rencontre se fait rarement de manière harmonieuse. C'est à ce point qu'il faut réfléchir si l'on veut dégager de nouvelles perspectives sur l'enseignement de la discipline.

  • Depuis les origines du christianisme, des femmes ont vécu une vie consacrée en dehors des ordres monastiques, suivant une voie personnelle et servant l'Église de diverses façons. Les Dames chanoinesses dans les Anciens Pays-Bas présentent des caractéristiques particulières tant par leurs origines, leur mode de vie et leur implantation. Cette particularité s'inscrit dans un certain archaïsme qui a traversé les siècles jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Leur attachement au culte d'un saint fondateur a constitué un facteur de rayonnement parfois en conflit avec d'autres ordres religieux ou avec les institutions cléricales. Violemment critiquées par le clergé, leur insertion sociale et leurs oeuvres charitables en ont fait un facteur social stable, souvent apprécié des populations. Elles furent aussi force de pouvoir et susceptibles de promotion politique. Leur survivance séculaire jusqu'en 1790 reste étonnante.

  • Cet ouvrage raconte l'histoire du Manoir Rioux-Belzile qui veille paisiblement depuis des temps immémoriaux sur un paysage mirifique en bordure du fleuve, au coeur même de l'ancienne seigneurie de Trois-Pistoles. En situant cette grande et belle maison dans ses environnements géographique, économique et social, ce livre raconte aussi l'histoire de Trois-Pistoles, de la Grève-Rioux et de la famille Rioux. L'histoire en somme d'une microsociété et d'un paysage évoluant au fil des générations d'un mode de vie agraire et traditionnel vers la société contemporaine, l'industrialisation rurale, le lieu de villégiature et les paysages qui nous sont aujourd'hui familiers à cet endroit. Le lecteur est donc convié à de multiples découvertes : une pêcherie sédentaire, un chalet d'été d'une valeur culturelle importante, une manufacture de chaussures Il pourra également rencontrer Olivar Asselin, Jules Fournier, l'important architecte que fut Omer Marchand, l'artiste en arts visuels Léonard Parent dit Basque et bien d'autres personnages inattendus et parfois hauts en couleur.
    Robert Larin est docteur en histoire et spécialiste de l'histoire de la France coloniale et des mouvements migratoires. Titulaire d'une maîtrise en architecture de l'Université de Montréal, Marie-Joëlle Larin-Lampron s'intéresse à la mise en valeur du patrimoine bâti et prépare actuellement ses examens d'admission à la profession d'architecte.

  • 1760, lAngleterre et ses colonies dAmérique se préparent à une invasion totale de la Nouvelle-France. La prise de Québec, lannée précédente, na été quun demi-succès puisque larmée française sest maintenant regroupée à Montréal et le long de la rivière Richelieu. Les autorités françaises espèrent que la colonie tiendra le coup en attendant quun traité de paix vienne mettre fin à cette guerre «mondiale». Il faut à tout prix une présence militaire française au Canada si on veut conserver cette colonie. Les autorités britanniques ne lignorent pas non plus; lenjeu devient ainsi le retour forcé de tous les militaires et de leurs dirigeants en France avant la fin des hostilités.
    Le grand coup est donné au cours de lété 1760 alors que trois armées britanniques totalisant plus de 18000 militaires et miliciens se préparent à assaillir Montréal. La première, réunissant 3800 hommes dirigés par James Murray, part de Québec en juillet. De son côté, Jeffery Amherst regroupe 11000 hommes et sapprête à descendre le Saint-Laurent. La troisième armée de 3400 hommes dirigés par le colonel William Haviland rencontrera la plus forte opposition. Elle sorganise au sud du lac Champlain et doit soumettre les postes richelains avant de rejoindre les deux autres.
    Le présent ouvrage regroupe la traduction de journaux de militaires et de miliciens qui ont participé à cette invasion par la rivière Richelieu. Le lecteur se trouvera au beau milieu de lenvahisseur et découvrira les véritables secrets qui conduiront larmée britannique au succès: son nombre supérieur et sa discipline stricte et sévère. Il connaîtra les détails de la vie quotidienne du siège de lîle aux Noix alors que les Français résistent durant près de 12 jours. Il y découvrira également la tragédie du fort de Chambly lors de lassaut du 4 septembre ainsi que létat dâme des premiers habitants complètement submergés par cette horde ennemie.
    Jusquà ce jour, peu de volumes de notre histoire nous ont placé au cur de cette armée britannique qui a modifié le développement de lAmérique du Nord et qui, encore aujourdhui, a laissé des conséquences irréversibles.

  • Environnement, Gouvernance, Territoire : aucun des trois mots-clés qui composent le titre de ce livre n'accepte de définition simple et unique. Cet ouvrage se propose de contribuer au débat d'idées engendré par un certain nombre d'actions qui cherchent à concilier l'environnement et le développement des territoires. En effet, dans la région Nord-Pas de Calais, les grandes questions environnementales s'inscrivent dans le contexte particulier de la reconversion, entamée il y a maintenant quarante ans, d'une région longtemps dominée par des activités économiques qui ont laissé un lourd héritage. Cet ouvrage est l'un des premiers en France à offrir une vision, certes partielle et nécessairement hétérogène dans ses composantes et ses approches, de plusieurs des champs majeurs de l'environnement, air, eau, sols à l'échelle régionale. Son intérêt à ce point de vue est double. D'une part de décrire de façon extensive la situation, les dynamiques, le jeu des acteurs autour de ces thématiques dans la région Nord-Pas de Calais, et de permettre ainsi de saisir dans le détail les multiples aspects, la difficulté et la complexité des enjeux qu'il recouvre. Mais il illustre également de façon très nette la pertinence du niveau régional pour appréhender les mises en oeuvre environnementales d'un point de vue opératoire, en tant que réalité collective, rarement explorées comme telles en France. Il esquisse un chemin vers une meilleure déclinaison de l'approche environnementale à ses différentes échelles, nationale, régionale, urbaine ou locale, voire plus fines, et donne ainsi un contenu concret au caractère multiscalaire de l'environnement, en quoi réside l'apport spécifique de la géographie par rapport aux approches de caractère sociologique, économique ou politique.

  • Avec la collaboration de Fernand Grenier
    Né près de Montréal en 1748, Pierre-Louis de Lorimier fut témoin de la fin du régime français au Canada avant de poursuivre, sous les autorités britannique, espagnole puis américaine, une carrière couronnée de succès.
    Comme plusieurs autres Canadiens, il est attiré par les vastes territoires qui sétendent au sud des Grands Lacs.
    Ses enfants seront avant tout des métis, les épouses successives de Lorimier étant des Indiennes dont Charlotte Penampied Bougainville, dorigine chaouanon, quil épouse en 1783. Établi en 1791 à Cap Girardeau sur les rives du Mississippi, ce couple compte parmi les citoyens les plus influents et respectés du petit établissement.
    Les trois textes qui forment le journal de Lorimier sont pour la première fois réunis, minutieusement retranscrits et savamment commentés. Ils sont dune grande richesse pour comprendre les enjeux qui confrontent les États-Unis naissant avec la Grande-Bretagne et le Mexique ainsi que le rôle essentiel des Indiens.
    Lorimier raconte, à sa façon, un large pan de lhistoire de lAmérique du Nord.
    Historienne, éducatrice et administratrice, Linda Nash sintéresse à lhistoire coloniale française et espagnole de la vallée du Mississippi. Elle vit à Jackson, Missouri, où elle combine sa passion pour la lecture, la recherche et les roses.

  • La Fédération de l'Éducation nationale occupait une place originale dans le paysage syndical français, jusqu'en 1992. Elle s'éteint alors en donnant naissance à l'UNSA Éducation et à la Fédération syndicale unitaire. Elle avait acquis une telle influence politique que les enseignants étaient associés à la définition des politiques éducatives. Cette organisation tirait-elle sa particularité de ce qu'on qualifie volontiers de corporatisme, de sa forte représentativité ou encore de son unité maintenue ? Le dépôt de ses correspondances, comptes rendus de réunions, photographies, enregistrements sonores au Centre des archives du monde du travail permet un nouveau regard. Fruit d'un travail pluridisciplinaire, cet ouvrage reproduit une sélection de documents et comprend une bibliographie exhaustive ainsi qu'une présentation des archives de la FEN. Historiens, sociologues et archivistes ont croisé leurs analyses sur les doctrines et les pratiques du syndicalisme enseignant et les ont confrontées aux avis et témoignages des acteurs, offrant ainsi un éclairage inédit. Comment la FEN parvenait-elle à préserver un univers et un horizon communs tout en s'accommodant d'une diversité de positions revendicatives, d'idéologies, de cultures professionnelles en son sein ? Le jeu des tendances notamment laissait libre cours à un rapport original aux autres organisations (syndicats ouvriers et étudiants, mutuelle...). Cette histoire de la conquête d'une autonomie de la société enseignante marque encore les mobilisations contre les politiques actuelles, que ce livre aide à comprendre.

  • Cette enquête sur les couturières jette la lumière sur une pratique artisanale peu connue et dont la compréhension repose sur des approximations. Exploitant une variété de sources, Suzanne Gousse prend comme point de départ les livres de comptes d'un marchand du XVIIIe siècle qui nomme les femmes avec lesquelles il fait affaire. Les vêtements tout faits n'étaient vendus dans la vallée du Saint-Laurent aux XVIIe et XVIIIe siècles que sur le marché de l'usagé. Le prêt-à-porter est apparu à Montréal pour fournir le marché de la traite des fourrures, dont la clientèle était essentiellement amérindienne et non pas coloniale.
    Contrairement à une idée largement répandue, les couturières n'étaient pas nécessairement pauvres, du moins au XVIIIe siècle, intégrées qu'elles étaient au milieu des artisans aisés et des commerçants.
    La formation en dessin de mode de l'auteure ainsi que son expérience dans la confection de vêtements historiques lui ont permis de mieux saisir toutes les dimensions de la pratique des couturières de Montréal présentes dans les sources écrites.
    «C'est en posant des questions inédites aux
    documents qu'on peut placer les femmes dans l'histoire, car les femmes sont dans l'histoire».
    - Micheline Dumont, extrait de la préface
    Formée en dessin de mode et en haute couture, Suzanne Gousse a d'abord travaillé dans des ateliers de costumes de théâtre, puis dans la confection privée sur mesure. Entre 1992 et 2005, elle s'est lancée dans la reproduction de l'habillement des anciens Canadiens pour les musées et les sites historiques. Elle a obtenu une maîtrise en histoire à l'Université de Montréal en 2009. Elle poursuit actuellement au doctorat.

  • Autant la haine comme support de la violence sociale s'impose-t-elle comme une évidence dans l'espace de la réflexion sur les sociétés, autant son approche historique souffre-t-elle de cette évidence même tant il est aujourd'hui difficile d'aborder ce sujet hors de l'obligation morale de la condamnation des auteurs ou de la compassion pour les victimes. C'est pourtant dans cette voie, celle d'une réflexion historique sur la haine, c'est-à-dire celle de la prise en compte de la complexité des phénomènes de haine, haines dites ou manifestées dans l'intérieur de la Cité, dans des contextes institutionnels et socioculturels précisément situés et décrits, et en investiguant les différentes formes de discours qui l'expriment, que s'engage le présent ouvrage. Il invite donc, au-delà de la certitude première que la haine est destructrice du lien social, à s'interroger certes sur les conditions de surgissement de la haine, et celles de son contrôle, mais également sur la possibilité de comprendre l'expression positive de la haine. « Positive », on s'en doute, dans tous les cas, pour ceux qui fondent leur raison politique sur la haine et le rejet de l'Autre, mais positive encore lorsqu'elle est invoquée dans un tout autre esprit, « haine des méchants » ou « haine de la tyrannie », à l'appui cette fois d'un ordre social considéré comme juste. Le croisement du regard de l'historien, étendu de manière inhabituelle de l'Antiquité au xxie siècle, avec ceux du musicologue ou du linguiste, dans une démarche pluridisciplinaire inaccoutumée, contribue ainsi à dégager les premiers éléments d'une réflexion historique sur la haine comme passion sociale.

  • De la boutique artisanale à l'atelier flexible, de la proto-industrie aux restructurations, les quatre siècles d'histoire des arsenaux de terre sont ceux des ingénieurs de l'Armement aux sources de la continuité de l'État et des « ouvriers de l'État » dont les privilèges, comme ceux de l'entrepreneur, redessinent l'Ancien Régime, et les statuts successifs les Empires et les Républiques, bref, les consensus nationaux. Les archives nationales et syndicales retracent l'élaboration de la rationalisation du travail ou du concept de « nationalisation » des programmes de gauche. Le syndicalisme naissant, le basculement vers le pacifisme des militants de 1918, l'engagement résistant de ceux de 1940, les révocations des années 1950, le pluralisme syndical de la fin du xxe siècle sont éclairés sous un nouveau jour. Étrange destin que celui d'hommes de paix travaillant pour la guerre ! Illustrissimes, l'on ignorait un peu de ce qu'ils furent : Danton, Thomas, Tillon, Gonin... Inconnus, ils sont parfois essentiels : Gervaise et Voilin, précurseurs de la CGT et de la gauche, les ingénieurs visionnaires Danzel ou Enjalbert... une multitude a contribué à façonner notre monde, militants des villes de manufacture et d'arsenal ou simples héritiers de dynasties ouvrières... Douze larges extraits de documents originaux dont 10 inédits, 32 illustrations, 24 graphiques et tableaux introduisent le lecteur dans cet univers qui n'est autre que le sien... et où la volonté politique l'emporte sur la fatalité, au rebours des idéologies dominantes.

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